TRADUIT DO TIBÉTAIN
En sanskrit, Chandra sûtra. — En tibétain, Zla-vai-Mdo {prononcez Da-vê-do). — En français, Sûtra de la lune.
Adoration aux trois joyaux. — Voici Adoration respectueuse aux trois
le discours que j'ai entendu une fois, vénérables joyaux. — Voici le discours
— Uhagavat résidait dans le pays de que j'ai entendu une fois : Bhagavat
Champavatl, sur le bord de l'étang résidait à Çrâvasti, à Jelavana, dans
àeMgrô-va-pô. En ccmomenl, Rihu, le jardin à'Anâthupindada. Ensuite,
Ylndra des Asuras^ se mit à couvrir en ce lennps-là, Hàliu-Graha, l'Indra
le disque de la lune et (à en obs- des Asuras, ayant saisi le fils de dieu
curcir) les rayons. Alors le dieu qui Lunus, le fils de d<eu Lunus tourna
existe, qui habile dans le disque de les pensées de son cœur vers l'auguste
la lune, ce dieu, effrayé, épouvanté, Bhagavat, et, a ce moment-là, il l'im-
rempli de tourment, se rendit au lieu plora parcelle Gàlhâ : «Je me pros-
où élait Bhagavat. Y étant arrivé, il « terne devant ce héros, le Buddha,
4 Le texte de ces Sùtras a été publié dans les textes tirés du Kanjur. Il y faut quelques rcclificalions que Ion trouvera parmi les NOTES EXPLICA- TIVES rejelées à la fin de ce travail.
adora avec la lôte les pieds de Bha- «délivre promptement tous (les
gavât, et se plaça à l'un de ses côtés. « êtres) ! Pour moi, déjà entré dans
Après s'être placé à son côté, le dieu « la bouche de ce (monstre), je viens
l'implora en ce moment-là par cette « chercher refuge près de toi. » —
gâthd (stanec) : oHiuddha, héros, je Alors, en faveur du fils de dieuLunus,
t'adore ; des dangers sont venus fon- Bhagavat adressa un commandement
dre sur moi; je le prie de m'accorder à V Indra des Asuras, Ràhu-Graha,
un refuge, la lune est venue se réfu- parcelle gâlhâ : «à cause de la com-
gier près de VArhat du monde, du passion du Buddha pour le monde, la
Sugata; ainsi, Buddha, les délices du lune a pris son refuge dans YArhat,
monde, délivre la lune {des étreintes) dans le Tathâgata : puisqu'il en est
de Râhu. — Bhagavat donna cet ainsi, que Râhu Graha laisse aller la
ordre : Râhu, (laisse aller) la lune lune. »
qui dissipe les ténèbres, qui donne Alors, YIndra des Asuras, Râhu-
au ciel serein sa clarlé : ne t'em- Graha, rendit, libre le fils de dieu,
parc pas d'elle dans celte atmosphère Lunus; puis, ayant perdu sa (tîère)
où elle siège majestueusement, douée contenance d'autrefois, il se rendit
d'une lumière blanche pariaitement prèsdcl'lndradcs \&mas,Yêmachitri
pure ; laisse aller au plus tôt cette ct , irisle, malade de désespoir, il vint
lampe des créalurcs. — Alors, en se placer à l'un de ses côtés. Quand il
toute hâte, Ràhu, dont le corps se fuUl'undcsescôlés,V<»mac/jï/ri,rin-
couvrit de sueur, épouvanté ct tout dra des Asuras, ditàl'lndra des Asu-
malade, (se retirant) avec trouble et raSi R a } lu Graha: « Par quelle cause
précipitation, laissa aller complète- „ Hâhu-Graha effrayé a-t-il aban-
A ce moment, le grand fils de Vi- a loul a fait triste : par quelle cause rochana (Boit) vit Ràhu, YIndra des „ est .n venu j c i épouvanté? » — Adjuras, lâcher en loute hâte le disque hu-Graha répondit : « C'est pour de la lune. L'ayant vu , il lui adressa < avo i r entendu cette Gâlhâ (de la la parole par celte gâthâ :« Par quel , bouche) du Buddha (me disanl) motif, toi, Râhu, ton corps se cou- , que si je ne lâchais pas la lune, ma vrant de sueur, eflrayé, malade, as- « icte se fendrait en sept morceaux, tu si précipitamment, en loule hâle, a et qu'il arriverait malheur à ma laissé aller la lune? — Ràhu, répon- « v ie. » — Fin du Sûlra de la lune, dit : le Buddha m'a dit ceci dans une (Bkah-hgyur, section Mdô, vol. xxx. gâlhâ : que si je ne laissais aller la Sûtra24«, fol. 596). lune, ma tète se fendrait en sept morceaux, et que, bien que vivant, j'éprouverais du mal. — Le grand fils de Virochana repartit : Hélas! les Buddhas, qui voient la vérité, sont des êtres merveilleux : ils n'ont qu'à dire unegâlhâ, elRâhu lâche la lune.
— Fin du Sùtra de la lune.
(Bkah-hgyur, section Mdo, volume xxvr\ Sûlra 28 e , folio 409).
ment la lune.
« donné la lune? Sa contenance est
Je ne sais si le premier de ces deux sûtras a son équivalent dans la littérature sacrée des Buddhistesdu sud; mais le deuxième, en même temps que le Surya-Sûtra qui lui correspond, existe en pâli. Ces deux ouvrages font partie de la classe de livres qui comprend les formulaires d'exorcismes ; ils sont intitulés Chanda Pirit et Surya Pirit (protection de la lune, protection du soleil, en exorcisant Râhu). Je regrette de n'avoir pas le texte pâli de l'un au moins de ces deux ouvrages ; mais il existe une traduction anglaise du Chanda pirit, digne de toute confiance ; car elle est d'un homme aussi consciencieux que savant, feu M. Gogerly, de la mission Wesleyenne de Ceylan. Les nombreux travaux de ce savant missionnaire, disséminés dans des recueils locaux rarement égarés parmi nous, ne sont guères connus en Europe. M. Spence Hardy cite dans son Manuel du Buddhisme, la traduction du Chanda Pirit d'après Y Ami de Ceylan où M. Gogerly l'avait insérée ; et," pour qu'on puisse comparer le texte pâli au texte tibétain, je reproduis cette traduction en français, m' efforçant de suivre l'anglais de M. Gogerly d'aussi près que possible :
Voici ce que j'ai entendu : Buddha résidait dans le jardin d'Anatha pindika, à Jetawany, près de Sawati A ce moment, le dieu Chaoda (la lune) fut saisi par l'Asur Râhu (c'est-à-dire la lune fut éclipsée). — Alors le dieu Chanda se rappelant Buddha, prononça à ce moment celte stance : ô victorieux Buddha! je t'adore, tu es parfaitement délivré du mal! je suis en détresse : sois mon refuge! Alors Buddha adressa cette stance en faveur du dieu Chanda : Râhu ! Chanda a pris son refuge dans le saint Talhâgata, laisse aller Chanda ! Buddha a compassion du monde. Alors l'Asur Râhu laissa aller le dieu Chanda, et s'enfuit immédiatement près de Wepachitti (le chef des Asurs), puis se tint tremblant et épouvanté à son côté. Quand Wepachitti adressa à
• Ces noms diffèrent légèrement des noms cités dans la traduction du Sùlra tibétain : cela tient non-seulement aux particularités de la transcription anglaise à laquelle je n'ai pas louché, mais encore à ce que la forme pâlie diffère de la forme sanskritc. C'est la forme pâlie que M. Gogerly a voulu et a dû reproduire; et c'est la forme sanskritc que j'ai suivie.
Râhu la slance suivante : Rahu, pourquoi avez-vous soudainement laisse' Chanda? Pourquoi ôtes-vous venu tremblant, et vous tenez-vous ici effrayé? Ma tête, répliqua Rahu, se serait fendue en sept morceaux; je n'aurais point eu de bien-être dans ma vie: c'est là ce queBuildlia m'a dit dans une stance : autrement, je n'aurais point laissé aller Chanda'.
* L'identité du Chandra Sutra tibétain et du Chanda Pirit pâli est frappante, surtout si l'on songe au nombre d'intermédiaires par lesquels les textes originaux ont passé pour arriver au lecteur sous la forme qui vient de lui être présentée. Car, si le texte pâli est, selon toutes les apparences, original (et il n'est arrivé au lecteur qu'à travers une traduction anglaise), le texte tibétam est une traduction du sanskrit, et d'un sanskrit qui, peut-être, représentait lui-même un texte primitif pali. Une ressemblance si parfaite est une preuve indubitable d'antiquité : les deux sutras sont restés intacts au Nord et au Midi, tels qu'ils étaient avant la séparation du buddhismt en deux fractions, séparation qui remonte loin dans le passé; car elle paraît dater du règne d'Açôka-le-Juste, que les calculs le plus généralement admis placent dans le m* siècle avant notre ère, et dans le m e siècle de l'ère buddhique. Du reste, la sobriété et la simplicité de nos deux récits sont, sinon une preuve certaine, au moins un grave indice d'antiquité. C'est là un caractère remarquable et rare dans le buddhisme : la compassion et la puissance du Buddha sont mises en relief, dans nos sutras. d'une manière claire et saisissante, mais sans les développements exagérés, la prolixité fatigante, et surtout les efforts déréglés d'imagination que les buddhistea n'ont pas tardé à rechercher, comme va le prouver l'étude de notre légende sous sa deuxième forme.
• Spcncc Hardy, A m an mil ofBudhism, p. 46-47.