‹ La Légende de Saint Ursule Princesse Britannique et de ses Onze Mille Vierges d’apres les Anciens Tableaux de l’ Église de Sainte-Ursule a Cologne Reproduits en Chromolithographie PubliéeChapitre 159 sur 179 · LES PEINTRES DE L’ECOLE DE COLOGNE · texte numérisé non relu

LES PEINTRES DE L’ECOLE DE COLOGNE

La ville de Cologne, qui joua un si grand réle sous les Césars et dans les premiers siécles de l'ére chrétienne, sut se maintenir au moyen age a l'état de république toujours jalouse de sa liberté. Comme elle avait commandé autrefois aux cités de la Germanie, elle dominait alors encore les villes allemandes tant par le déploiement de son commerce que par sa suprématie dans les arts.

De nombreuses corporations religieuses s’étaient établies dans cette ville qui comptait nombre de patriciens parmi ses habitants. Ce qui servit 4 assurer la prééminence de Cologne ce fut ce vaste commerce qui la mit en rapport direct avec les régions transatlantiques les plus éloignées.

Les excursions lointaines des négociants colonais, la part que les chevaliers prirent soit aux croisades, soit aux expéditions des empereurs allemands, furent autant d’occasions dont les artistes profiterent pour connaitre les oeuvres d’art des peuples qu ‘ils visitaient, et épurer ainsi leur gout en face de ces productions nouvelles.

Lorsque Cologne devint comme le temple de l'art, alors archevéques, archidues, chevaliers, riches négociants, dotérent la ville d'une magnificence qui éclipsa les autres villes d’Allemagne. Kglises, monuments, tableaux, vases, objets d’orfévrerie, faisaient de la vieille cité agrippine comme la Rome chrétienme de Allemagne.

Les arts comme l'industrie, obligés de se plier aux régles de la corporation, conserverent un type tout particulier qui distingue la maniére de faire des artistes colonais de celle des autres pays.

Examinons quelques-unes de ces particularités. Les peintres s'adonnent a reproduire avec scrupule les modéles qu’ils ont sous les yeux. Ce sont des formes sveltes et élancées, des tétes rondes pleines de charme. Les vétements des femmes, riches en couleur, se signalent par la pureté du gout. Les plis bien accusés se brisent anguleusement. Les personnages debout reposent tout le poids de leur corps sur les jambes mémes, ce qui laisse entrevoir une pose inclinée, quasi de travers ; les jambes sont fortement écartées. Les pieds des femmes disparaissent sous la longueur des vétements, les épaules sont peu saillantes, les

mains et les doigts trés-effilés.

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A l’époque la plus brillante de cette école, les arts se consacraient a la parure de églises, aussi les peintures couvraient-elles les murs des temples, des abbayes comme des plus modestes chapelles.

La miniature, qui fut longtemps l’unique occupation des moines, donna naissance aux tableaux de chevalet et d’autel. Au commencement du quinzitme siécle, ce genre de peinture, par son importance et sa beauté, laissa bien loin derriére lui tout ce qui avait paru jusqu’alors. Les précicux restes que Cologne posséde de cette époque en portent témoignage.

Kst-ce par modestie ou pour obéir aux régles de la corporation que les peintres n’ont indiqué ni le nom ni la date de leurs ceuvres? Voila une question qui n’est point encore résolue. On rencontre bien ga et la quelques réflexions isolées des chroniqueurs et des documents officiels qui signalent différents noms d’artistes, mais sans indiquer leurs ceuvres '.

Kn comparant attentivement les ceuvres des différentes époques, ceuvres sauvées de I’ oubli, nous sommes arrivés 4 avoir une idée du développement de la peinture au moyen age et a établir un tableau chronologique.

C’est ainsi qu’a l'aide de documents officiels, nous savons que de 1570 4 1378 vivait a Cologne un célébre peintre, Wilhem Van Herle, et que de 1402 4 1451 brillait un autre artiste encore plus illustre nommé Stephan Lochner.

C’est ace dernier qu'on altribue le tableau d’autel qui décore maintenant la cathédrale de Cologne, Ce tableau représente |’Adoration des Mages et sur les volets les patrons de la ville, sainte Ursule et ses compagnes, saint Géréon avec sa brillante escorte.

Ce tableau, que l’on date de 1410, nous sert de point de départ, pour établir notre ordre chronologique et nous permet de jeter un regard rétrospectif, de porter notre pens¢ée sur les temps postérieurs a ce tableau.

Kn considérant attentivement les ceuvres de l’école colonaise, nous avons une base pour histoire générale de l'art et pour lV'appréciation des autres écoles. i

On est tout d’abord frappé des rapports qui existent entre les couvres des peintres colonais, surtout celles de Stephan et de ses successeurs, et les ceuvres des peintres flamands tels que Van Kyck et ses successeurs. Si nous obseryons que dans les tableaux des artistes flamands, surtout des Van Eyck, des Hemling, des Rogier Van der Weyden figurent souvent les églises de Cologne, tandis que nous ne voyons jamais dans les tableaux des colonais des églises flamandes, il est bien permis de présumer que l’école de Cologne a servi non-seulement a développer la peinture allemande, mais aussi celle de la Flandre. Voila pourquoi les peintres de Maéstricht étaient placés au méme rang que les artistes colonais.

L'école de Cologne a toujours conseryé ses earactéres distincts, poursuivant lidéal du sentiment religieux dans toute sa délicatesse et sa pureté avec une exécution achevée, mettant tous ses soins a perfectionner les teintes claires. Les Flamands au contraire suivent la pente du réalisme, s'attachant a la reproduction exacte des corps terrestres et matériels.

' Les Artistes de Cologne, par J. J. Merlo Cologne, 185°).

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De méme que |'Adoration des Mages du Colonais Stephan est le type de son école, de méme l’Adoration de l’Agneau de Van Eyck est le type de I’école flamande.

Quant aux procédés employés par les peintres colonais, voici le résultat de nos observations :

Jusqu’au quinziéme siécle les peintres n’ont employé que des couleurs a la détrempe. C’était a l'aide de ces couleurs qu ils peignaient sur des tablettes de pierre, sur des toiles fines, sans couche préalable, enfin sur des panneaux en bois qui avaient regu une couche.

Les couleurs 4 la détrempe s’appliquaient minces et transparentes ; pour les lumiéres seulement les couleurs étaient empatées.

Les tableaux, confectionnés le plus souvent sur des panneaux en bois de chéne, recevaient d’abord une couche de platre, sur laquelle on tendait une toile fine et mince, puis on recouvrait cette derniére d’une couche de blanc a la colle. Il arrivait souvent qu'on enduisait également de platre le derriére des panneaux afin de préserver le bois contre les variations de la température. Aussi partout ob l'on a fait usage de cette préparation, les tableaux nous sont parvenus dans un état de conservation parfaite. Ces tableaux étaient aussi enchassés dans des cadres a bords saillants.

Les grands tableaux d’autel se reliaient 4 des volets peints des deux cétés; mais la peinture extérieure était naturellement inférieure a celle de lintérieur, Cet agencement avait pour but de mieux conserver le sujet principal et ménageait la surprise, lors de ouverture du tableau a l’époque des grandes solennités.

Les tableaux 4 doubles battants furent appelés triptyques et ceux a simple volet diptyques.

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Au premier les peimtres se bornaient 4 reproduire la forme humaine dans une action queleonque sur un fond entiérement rouge, bleu, gris ou vert. Pour rompre la monotonie et animer ces fonds uniformes on y substitua un fond orné de fleurs, d’étoiles ou d'autres petits dessins. Plus tard vinrent les fonds d'or, a instar des tableaux byzantins : avant que Vor fit enticrement séché on ornementait le fond a Vaide d'un poingon, Le nimbe des saints fut d’abord inerusté, puis les cercles, les bords furent plus tard reproduits en relief.

Dans notre vaste collection de tableaux anciens qui appartiennent tous aux différentes époques du moyen Age, nous possédions un sujet ot le nimbe d'une madone a |’Enfant Jésus était peint en bleu clair, indice de Vimitation du blea de ciel ou de lair.

Dans des tableaux plus récents on trouve des arbres, des édifices, puis des vues, des paysages entiers.

Il n’est pas sans intérét de remarquer comme la perspective fut mal comprise des anciens.

Le point de vue était pris en ayant, par conséquent les raccoureis étaient dirigés vers le premier plan du tableau au lieu détre dressés vers le fond.

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