Recherches sur le culte de Vénus, pp. 68 et suiv
virile ou d’un jeune homme efféminé. Nous l'avons suivie tout à l’heure dans les religions de l’Asie, en y montrant le côté belliqueux et presque masculin qui, chez toutes les déesses féminines, s’y joint au côté voluptueux et lascif. Il nous serait facile de continuer l’histoire de la propagation de cette donnée après son passage dans la Grèce, où le même caractère fondamental d’androgynisme appartient à toutes les déesses viriles et farouches, armées et guerrières, comme Âthéné, que les hymnes orphiques qualifient positivement d’androgyne, 288 Ou chasseresses, comme Artémis, adorée dans le Pont sous le nom de
ITptamivn *° et représentée à ce titre sur un tétradrachme d'argent de Démétrius 2, roi
de Syrie, barbue et environnée de phallus. *° Les Lacédémoniens adoraient Artémis
Orthia, *" et ce nom implique l'emploi du même symbole. ?
Enfin en Lydie on rencontre Artémis Kokoivn * et en Attique Artémis Kokœvic, °4 dont l'appellation doit se rattacher à la même origine et avoir la même signification que celle de Aphrodite Colias. Si des mythes purement divins nous descendions au cycle des légendes héroïques, nous y reconnaîtrions bien vite la même idée dans les histoires de jeunes filles qui prennent des vêtements d’éphèbes, Leucippé, ** Procris la chasseresse, épouse de Céphale, 296 ]3 sœur de Narcisse, qui, suivant une tradition béotienne, s’habillait comme son frère et laccompagnait à la chasse. 7 Ce sont autant de traditions grecques, et par suite gracieuses et poétiques, de la divinité féminine des religions de l'Asie occidentale, avec son double aspect, qui décèle une confusion des deux sexes.
Le caractère ambigu de cette divinité et ses deux faces contrastantes sont indubitablement en rapport avec sa nature lunaire, car la lune était considérée par les anciens comme essentiellement douée des attributs des deux sexes. °° Dans la religion chaldéo-assyrienne cet astre, suivant le point de vue auquel on le considère, est en même temps un dieu mâle, Sin,” et une déesse féminine triforme, Gula.%°° Et Sn, adoré encore par les habitants de l’Assyrie pendant toute la période romaine, 3°" était aux yeux des païens de Harrân, où son culte se maintint postérieurement à la naissance de l’islamisme, tenu pour un être hermaphrodite. 3°* Dans le troisième mémoire de la série de recherches de mythologie comparative que nous inaugurons aujourd’hui, nous étudierons un curieux récit, prove-
288. Orph., Hymn., 32., v. 10; cf. Ch. Lenormant et de Witte, Él. des mon. céramogr., t. I, p.180.
289. Plutarch., Lucull., 13; cf. de Witte, Rev. numism., nouv. sér., 1864, p. 30.
290. Frœlich, Ann. reg. Syr., pl. 10., n° 25; Duane, Coins of the Seleucide, pl. 14., n° 1; Mionnet, Descr. de méd. ant.,t.5., p.58, n° s00; Suppl, t. 8., p. 44, n° 232; Richter, Über die Attrib. des Venus, p-15; Nouv. ann. de l’Tnst. arch., t.1., pl. D.
291. Pausan. 3. 16, 5 et 6; Clem. Alex., Protrept., 3., p.35, ed. Potter.
292. Il faut consulter sur le sens du mot èp66 ; ce qu'a dit Bœckh, Expl. ad Pindar., p. 335.