CF Vincent, Revue archéologique, t. 2., p
La donnée de l’inceste divin peut donc se présenter sous deux formes dans les mythes en action. Or, la légende de Sémiramis nous en offre précisément les deux formes dans ses différentes versions. Si certains récits montrent la reine légendaire éprise de son fils Ninyas, d’autres, non moins populaires dans l'antiquité, prétendent qu'elle était la fille de Ninus et que, après avoir épousé son propre père, elle autorisa ces sortes de mariages incestueux, demeurés en usage chez les Perses. #4 C’est ainsi que dans la religion de la Phénicie Adonis naît du commerce de Cinyras avec sa fille Myrrha. 385 Au reste, cette dernière version est la plus conforme à l’enchaînement général de la légende complète, telle que la rapportait Ctésias. Fille d’un être ichthyomorphe, Dercéto, la déesse colombe, Sémiramis, épouse un dieu-poisson, Ninus = z#nu; sortie du principe humide, de l’abîme primordial, la déesse ignée est fécondée par l’action de ce principe.
384. Conon. ap. Phot., Biblioth., p. 132; Macrob., In somn. Scip., 2., 10. 385. Apollodor., 3., 14, 3; Hygin., Fab., 58, 164, 251 et 271; Lact. Placid., Fab., 10., 9, 10.
Ainsi, de rapprochements en rapprochements, nous sommes parvenu à nous rendre compte de l’origine de la légende de Sémiramis et de la conception de ce personnage divin introduit dans l’histoire, mais dont le véritable caractère avait été déjà fort bien reconnu
386 et par Movers. #7 Il ne nous reste plus, pour compléter cette étude, qu’à
par Creuzer examiner le nom même de Sémiramis, à rechercher quelle pourrait en être la forme réelle et l’origine; car ce nom n’est pas une invention des Grecs; on nous affirme qu’il était employé par des populations indigènes en Assyrie et à Ascalon.
Diodore # dit : ëvoua Seuipauuv, émép èot Karà Ty Tüv Ebpor diilexTtov Tapwvoaouévoy &md T@v mepiorepév. Et dans Hésychius nouslisons : Zeuipœus, mepiorepà ëperoc ëMmmiori. Ces deux passages ont fort embarrassé les interprètes. Bochart # a torturé le nom de Sémiramis pour y trouver le sens indiqué par Hésychius; il suppose que Yeuipaus est pour Zapiuaus, qu'il tire des deux mots arabes #15, « montagne, » etsele=, « colombe; > mais cette étymologie forcée, comme ne le sont que trop souvent celles du même savant, a été depuis longtemps abandonnée, et avec juste raison. Dalberg °° s’est tenu dans des données beaucoup plus vraisemblables quand il a proposé de reconnaître comme élément essentiel du nom le mot syriaque Fsaæ « colombe. » Et il n'est guère douteux que ce ne soit à la ressemblance de ce mot avec le nom de Sémiramis que font allusion les explications de Diodore et d’Hésychius. Mais est-ce bien la véritable étymologie, et n'est-ce pas plutôt une allitération postérieure, par laquelle on aura cherché à trouver une parenté entre le nom de la déesse et le mot par lequel on désignait oiseau qui était son symbole? Deux choses me paraissent militer principalement en faveur de la dernière façon de voir : c’est d’abord que somira, « colombe, >» n’expliquerait l’origine que d’une partie du nom de Sémiramis, et semble bien réellement, au point de vue de la philologie, être avec ce nom dans un rapport d'allitération plutôt que d'étymologie; puis que le mot duquel il s'agirait de faire dériver Yeuipauis, n’a laissé aucune trace de son existence en hébreu, en phénicien ou en assyrien, et n’apparait que dans un idiome de date comparativement très-récente.
Il faut donc chercher une autre étymologie et une autre explication pour le nom de Sémiramis. Et pour notre part, nous croyons qu’il n’y a rien de mieux à faire que d'en revenir à celle que dès le seizième siècle avait proposé Jacques Capelle. Mais il est nécessaire, avant d'aller plus loin, de citer les remarques si judicieuses de M. le comte de Vogüé °° sur les principales formules qui expriment le rapport du dieu femelle avec le dieu mâle dans la religion des Phéniciens et la manière dont le second élément de la dualité sort de l’unité primitive.
« La première formule que nous rencontrons est celle qui est répétée si souvent dans les inscriptions carthaginoises, dans lesquelles Tanit est nommée 52-15. Cette expression
386. Symbolik, 1. 4., ch. 3., 6 1; t. 2., pp. 33 et suiv. de la traduction Guigniaut. 387. Die Phœnizier, t. 1, pp. 631 et suiv.