Mélanges d'archéologie orientale, pp. 53 et suiv
signifie proprement faces, persona Baalis, et M. de Saulcy *? l’a très-heureusement traduite, le premier, manifestation de Baal. M. Zotenberg a démontré qu’elle renfermait en outre une idée d'association conjugale. Tanit ne diffère donc pas essentiellement de Baal; c’est pour ainsi dire une forme subjective, de la divinité primitive; une deuxième personne divine, assez distincte de la première pour pouvoir lui être associée conjugalement, mais pourtant n'étant autre que la divinité elle-même dans sa manifestation extérieure. »
« La seconde formule est plus explicite encore : Astarté, la déesse de Sidon, associée dans l'inscription d’Eschmunazar au Baal de Sidon, est qualifiée de Dy3-0v, nomen Baalis. L'abstraction est plus forte que dans l'exemple précédent : à Carthage, la déesse était une personne divine, ici elle n’est pour ainsi dire plus qu’une locution théologique; c’est Baal, moins sous un autre aspect que sous un autre nom, et pourtant la personnalité est devenue assez distincte pour qu'en désignant l’ensemble des deux divinités mâle et femelle, Pauteur de l'inscription ait employé le pluriel : il les appelle n37%-()35K, « les dieux des Sidomiens. > >»
« Astarté est la personnification du nom divin, de ce nom auquel toutes les religions de l'antiquité ont attribué une puissance mystérieuse; c’est comme un ñ11-DÙ ayant pris corps. Déjà dans la Bible cette expression se trouve employée dans une acception active qui la rapproche plus de z#men que de nomen : elle s'applique aux manifestations extérieures de la puissance suprême; c’est par la vertu du Dÿ divin qu’agit l'ange chargé de communiquer avec les hommes; c’est le D qui réside dans le temple de Jérusalem; mais tandis que les Juifs conservent à cette expression sa valeur abstraite, les Phéniciens lui donnent une existence distincte : ils en font une divinité spéciale par une opération semblable à celle qui leur à fait diviniser la face de leur dieu. On ne saurait nier, d’ailleurs, l'analogie qui existe entre ces deux termes 9523-00 et 952-12. Déjà Gesenius #* avait rapproché l’une de l’autre les deux expressions 117-D% et 111"-B, à une époque où les inscriptions phéniciennes étaient ou inconnues, ou mal expliquées, et ne pouvaient avoir aucune influence sur son esprit : les textes épigraphiques donnent une grande valeur à ce rapprochement, qui à son tour jette une vive lumière sur l’origine des mythes phéniciens et la manière dont ils se sont développés. On saisit pour ainsi dire sur le fait la transformation d’idées qui a créé le panthéon : on voit comment les abstractions primitives ont donné naissance au polythéisme. Chez les Hébreux, les notions de 7omen Domini, numen Domini, facies Domini, ne détruisaient pas plus l’unité divine que les expressions encore plus figurées de vox Domini, manus Domini : chez les Phéniciens, il en était de même au début, mais les notions primitives se sont altérées tout en conservant les formules qui les exprimaient autrefois; l’idée de la déesse femelle a surgi, idée qui dédoublait pour ainsi dire la puissance créatrice sans détruire son unité essentielle, mais qui ouvrait la porte à toutes les erreurs et à tous les abus du polythéisme pratique. »
Ces remarques sont excellentes et révèlent le plus juste sentiment de l'esprit religieux de l'antiquité. Mais il ne faut pas les borner aux Phéniciens; elles doivent être étendues à tout l’ensemble commun des religions de la Syrie et du bassin de Euphrate et du Tigre.