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l'opéra d'e. REYER. — ACTE I. 117
Encore ici on ne peut qu'admirer l'accent généreux et hardi qui relève tous ces récits. — Le tutti de l'orchestre reprend sur le dernier mot, auquel répond le motif brillant de Sigurd. * Hilda conte alors l'origine de son amour, elle rappelle la défaite et la mort de son père, sa propre captivité , si humiliante. « Un vengeur vint, calme et superbe !... Sa beauté sévère est celle des dieux; L'éclat de ses yeux fait trembler la terre. Du glaive d'airain Dont s'arme sa main Jaillit un feu sombre... Sigurd brisa nos fers. Puis, tout sanglant encore. Sans daigner seulement sur nous lever les yeux. Calme et fier, il reprit son chemin glorieux. » — Il m'est impossible de m 'arrêter à toutes ces phrases , dont la musique revêt chacune d'une originalité appropriée et caractéristique sans toutefois que l'unité imposée par la situation en souffre le moins du monde. Cette unité, c'est la no-
1 Toute cette partie de la scène , depuis la reprise fortissimo de Fcrchestre jusqu'à la fin du récit, c'est-à-dire quelques mesures avant ces mots : « Ma mère, tu connais le mal qui me dévore », a été coupée à l'Opéra. Vous remarquerez que c'est précisément l'explication de l'amour de Hilda pour Sigurd, explication très claire et très nécessaire pour l'intelligence de ce qui suit et en particulier de l'alliance de Sigurd et de Gunther, nœud de l'action.
blesse et la fierté des sentiments de Hilda, dans son admiration douloureuse, qui l'établissent. — Enfin un dernier cri éperdu : « Il n'a pas vu... que je l'aimais ! » ramène dans toute sa force le motif en trois notes de cet amour fatal. Puis les femmes des guerriers s'efforcent de consoler la princesse: «L'espérance a ton âge, Hilda : souris comme elle ! Souris , le gai printemps sur ta lèvre est en fleurs...» Cette page paraît trop courte tant elle a de charme et de fraîcheur enjouée, tant la phrase des premiers violons et des hautbois marque d'élégance et de finesse. — Cependant la nuit tombe, un appel lointain du cor annonce la fin de la chasse et provoque une dernière reprise du chœur du début avec son rythme de timbales à la basse : « le roi Gunther part aux feux du matin... » et les femmes sortent lentement pour laisser la place aux guerriers.
La scène n'est pourtant pas finie. Hilda attend de sa nourrice plus et mieux que la banale sympathie de ses femmes. Uta, en effet, sait prévoir l'avenir, interroger le sort: l'amour de la princesse ne lui a pas échappé •, elle l'a lu depuis longtemps dans son cœur, et elle s'écrie pleine de joie, comme le motif de Sigurd sonne
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plus éclatant que jamais: «Hilda, Sigurd ici bientôt viendra, Et d'un ardent amour bientôt il t'aimera ! » Puis reprenant sa gravité mystérieuse, elle explique à sa fille attentive ce qu'elle a fait et ce qui reste à faire. Cet air remarquable, un des plus vigoureux, des plus colorés qu'on ait jamais écrits dans ce sens , semble comme soulevé par un souffle impétueux de verve, qui frappe toujours très vivement les auditeurs les moins préparés. Nul , en effet , dans la partition, n'est plus clair dans sa conception , plus solide et plus assuré dans son développement ; nul ne montre mieux cette préoccupation si constante chez M. Reyer, d'embrasser, de saisir tout d'une main la situation qu'il traite, de la serrer de près, sans rien laisser dans le vague et au hasard , mais en accusant au contraire le dessin d'un trait hardi, vif et bien en lumière. Il est certain qu'il est arrivé ainsi à des effets saisissants , et celui-ci en est un. — La mélodie, développée identiquement à deux reprises, — parce qu'il y a comme une symétrie d'idées et d'action dans les deux parties du discours d'Uta, et que l'une est la suite et la conséquence de l'autre, — est bâtie à la fois sur le thème caractéristique de la personne même d'Uta et sur celui qui a pour mission de
faire penser au philtre fatal composé par elle pour enchaîner l'âme de Sigurd et la donner toute à Hilda. Ces deux motifs ont d'ailleurs de grands rapports entre eux et se mêlent volontiers tout en gardant leur personnalité. — «Je sais des secrets merveilleux...», dit d'abord Uta..., «soumettant à nos volontés les êtres invisibles. J'ai conjuré l'esprit de l'air D'aller vers Sigurd au cœur fier Et de lui porter la pensée De venir au burg de Gunther. » Mais une fois venu, il faut encore chasser de son esprit toute image étrangère : « ...En invoquant Freïa trois fois, J'ai cueilli dans l'ombre des bois Des plantes merveilleuses...» — J'ai dit l'accent plein de nerf et de vie qui inspire tout ce morceau, si intéressant à étudier de près. Mais plus d'une nuance frappe au passage et pourrait être signalée : ainsi l'accompagnement de flûtes et de violons en sourdine de la reprise : «Par une belle nuit d'été...» au-dessus du large dessin de la mélodie par les clarinettes. Ainsi encore, on peut remarquer que l'harmonie, écrite dans le ton de ré d'un bout à l'autre, passe néanmoins, au milieu de sa course , du mineur au majeur : et ceci caractérise, semble-t-il, la différence entre le projet, l'essai, et l'action même, action victorieuse et