‹ La légende de Sigurd dans l'Edda, l'opéra d'E. ReyerChapitre 14 sur 24 · L'OPÉRA D'E. REYER. - ACTE SECOND · texte numérisé non relu

L'OPÉRA D'E. REYER. - ACTE SECOND

Autant le premier acte de Sigurd semble rempli^ par endroits^ de menus faits, d'intentions dérobées, d'indications caractéristiques, mais dont la portée échapperait aisément à qui n'aurait pas prêté toute son attention, autant l'acte suivant procède par grandes masses et par larges et lumineux points de vue. Aussi le musicien, dont la verve créatrice pouvait dès lors donner pleine carrière à l'inspiration, a-t-il du même coup, et sans effort, atteint le grandiose et même le sublime. Ce sont là des mots qu'on ne saurait trop prudemment peser, sans doute, et il ne convient pas de les prononcer à la légère, de peur d'en pervertir misérablement le sens. Ici pourtant, dans ces scènes dont le caractère de grandeur, l'accent puissant et poétique, ont ému et frappé les âmes les plus rebelles et les plus fermées à l'action de l'art musical, je n'en trouve pas d'autres pour exprimer le sentiment qu'elles me font éprouver, et pour résumer équitablement leur mérite exceptionnel.

Le lieu de la scène est du reste merveilleusement propre à produire les hautes impressions cherchées par le compositeur ; le spectacle est solennel et d'un grand effet. Nous sommes en Islande, non loin de la mer, mais au milieu d'une immense forêt (il y en avait encore à cette époque dans ce pays aujourd'hui si complètement dénudé), parmi de sombres dolmens, dans la partie sacrée réservée aux prêtres d'Odin et à leur peuple. Au moment où la toile se lève, une cérémonie sacrée s'accomplit. Les prêtres invoquent les dieux, les dieux farouches et cruels du "Walhall ; le grand prêtre présente à Fréia, la brillante et charmante déesse, des couronnes de fleurs, des guirlandes de feuillages, qu'apportent en procession des vierges aux vêtements blancs -, le peuple, prosterné à quelque distance, mêle ses prières et ses chants à la voix de la troupe sacrée. Telles on se figure, avec plus de convention, il est vrai, mais non moins de poétique simplicité, les grandes scènes des Choéphores ou d'Œdipe. Tout ce spectacle, complètement en dehors des données légendaires, fait le plus grand honneur aux librettistes sagaces qui l'ont imaginé et qui ont prévu l'effet qu'on en pouvait tirer.

On ne saurait trop le répéter, et les œuvres

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des maîtres sont là pour en faire foi en maint endroit : les motifs qui font le plus d'effet, qui nous frappent davantage par leur vérité et leur caractère, sont les plus simples et les moins chercliés. On pense qu'il a fallu bien peu se mettre en frais d'imagination pour les inventer, et l'on serait presque tenté, à les prendre isolément, de les taxer de platitude et de pauvreté ; mais il se trouve, en somme, qu'il faut n'être pas absolument le premier venu pour en avoir fait usage, et que ces thèmes si simples sont encore passablement neufs et originaux. Tel le début de Don Juan, ou le tutti du bal dans le même opéra, tel le début de la symphonie en ut mineur, tel le chant des prêtres d'Odin au second acte de Sigurd. — Le motif, bâti sur deux notes seulement à la tierce (par exemple : si ô, ré 6, ré; si, ré, ré, si, ré...) est d'une vigueur pleine de solennité, avec quelque chose d'âpre et de sauvage qui correspond à merveille aux prières adressées à la farouche divinité de ces peuples. — Mais il est aussi des dieux bienfaisants, que l'amour invoque et non la crainte : pour les célébrer, voici aussitôt une délicieuse phrase de cor, d'une suavité pénétrante, une des plus idéales inspirations de la partition, et toujours sans recherche ni mièvre

prétention. Ces deux motifs si différents se succèdent ou se mêlent dans tout le début de l'acte, avec beaucoup de grâce et de largeur de style. D'abord l'ensemble des instruments principaux attaque la première phrase forte, pour s'effacer ensuite comme en se perdant... un arpège très doux des harpes l'interrompt \ puis commence le chant du cor solo, accompagné des clarinettes et des altos, avec des pizzicati des contrebasses. Bientôt les bassons reprennent, de leur côté, le premier motif, insistent, chassent le second après un nouvel accord des harpes ;

Andante sostenuto.

Cor solo Clarin.

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l'opéra D'e. REYER. — ACTE II, 144

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