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enfin le chœur éclate avec tout T orchestre, dont la basse est puissamment marquée par les trombones. — Voici comment est composé ce chant religieux si caractéristique ; trois invocations successives, chacune terminée un demi-ton plus
haut, et chacune suivie d'une prière en quelque sorte conjuratrice (à Laquelle se joint le peuple, mais sans en suivre le motif). « Dieux terribles qui vous plaisez Dans les nuages embrasés,... Qu'en vos mains dorme le tonnerre ! — Dieux farouches dont les autels Sont rougis du sang des mortels,... Laissez fléchir votre colère! — Dieux cruels qui volez la nuit Sur un char parla mort conduit, . . . Détournez vos yeux de la terre ! » Cependant le blanc cortège des jeunes filles s'avance pour parer l'autel. Les harpes résonnent à plusieurs reprises, puis le cor ramène son doux accompagnement comme en sourdine, et le grand prêtre, ému et inspiré, déride un moment son front sévère et semble ouvrir son âme pour glorifier « Freïa, déesse de l'amour». Ce chant sublime, ce chant vraiment incomparable, et qui peut compter parmi les plus nobles et les plus pures créations de l'art musical, est dessiné d'après le rythme et dans les données du motif de cor, mais avec une plus libre et grande allure. Un accompagnement très délicat et extrêmement soigné, le soutient : de quelques instruments seulement, les clarinettes, d'abord, en même temps un alto solo, et par instant les flûtes. Puis, à cette phrase plus chaude et plus pressante « Déesse charmante
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Reçois cette ofFrande avec un sourire : Par toi tout aime et tout respire...», un violoncelle solo, puis deux, étalent leurs notes timbrées, et les bassons, appuyés aux dernières mesures par le tuba, ramènent discrètement le motif du chœur. — Le mouvemeut de tout cet ensemble (en ré b. mineur) est un andante soutenu, qu'il faut se garder de ralentir, car ce serait lui ôter son caractère, et une pareille musique ne souffre pas les effets improvisés. Le cor solo avait ébauché son motif pendant quelques mesures de silence de la mélodie ; il le répète ensuite au long pour ramener la reprise du premier chœur, qui s'étale cette fois dans toute sa puissance.
L'orchestration de cette page, beaucoup plus brillante et nourrie aussi, est traitée tout à fait magistralement : chaque invocation des prêtres seuls, soutenue à l'unisson par les basses, est traversée, à chacune des trois mesures, comme par un éclair rapide et éblouissant, une gamme chromatique descendante des flûtes et violons (pour les deux premiers temps), terminée par les clarinettes et les altos, dont l'effet est intense. Quant aux prières qui répondent à ces invocations, et pour lesquelles le peuple entier se joint aux ministres des dieux, le dessin en est
suivi à Taigii par ces mêmes instruments, en trilles successifs, tandis que la basse (bassons, trombones, altos, violoncelles et contrebasses), déroule au-dessous un trait en octave, vigoureux, bien marqué, ininterrompu, rapide, mais assez mesuré pour que chaque note se détache bien. Ce procédé, très classique, ajoute beaucoup d'ampleur aux grands ensembles ; il leur donne de la cohésion et de la couleur. Beethoven s'en est plus d'une fois servi • Gluck également, d'une façon remarquable et pleine de charme, mais jamais plus heureuse et mieux appropriée qu'ici *.
Brusquement, l'harmonie change de ton (et passe en fa majeur) ; le motif religieux est interrompu net par un appel de cors et de bassons dans la coulisse; c'est celui qui précède Sigurd. Sigurd approche en effet avec ses deux compagnons. Ils ont débarqué sur cette côte désolée et cherchent leur route «le glaive à la main. » On les entend non loin invoquer celle qu'ils veulent délivrer : leur chant martial et vif, en
^ (( On peut rapprocher cette scène admirable, dit M. Wilder (art. cité) d'une situation analogue de la Prise de Troie, mais l'auteur de Sigurd s'est souvenu avant tout d'Iphigénie en Tauride, non pour imiter l'œuvre du vieux maître, mais pour y puiser une inspiration supérieure. »
l'opéra l'e. REYER. — ACTE II. 445
trio très également rythmé^ «0 Brunehild, ô vierge armée ...» est la phrase que nous avons notée plus haut, à la fin de l'acte précédent, celle qui caractérise l'expédition des deux princes en Islande. — Quels profanes, s'écrie le grand prêtre, sur un accompagnement à contre temps, plein de nerf et de netteté, quels audacieux portent ici leurs pas ? Le peuple stupéfait et courroucé ouvre en ce moment ses rangs aux trois guerriers, qui entrent en scène et exposent le but de leur voyage, toujours dans ce rythme relevé et entraînant. Magnifique est le cri, l'obsécration du grand prêtre à cette nouvelle. (Le ton revient au ré bémol et reprend la mesure de 6/4, tout en gardant le mouvement alerte qui le précède.) L'accompagnement de cordes et de bassons, frémissant comme le remous de vagues agitées, mais surtout la phrase même, donnent par l'expression et la vérité du dessin une vie extraordinaire à l'image représentée. L'impression qu'inspire cette musique haletante a quelque chose de poignant :
Moderato.
■ Grand Prêtre Tremblez! — les esprits in- vi-sibles vont sor-
SS
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tir me-na-çants, terribles, Des arbres, des rochers et des
lacs de ces bois. Tremblez ! C'est à la mort
que vous marchez tous trois !
Une autre phrase^ du même caractère, suit celle-ci et la complète: «Ceux par qui ces dolmens déjà furent franchis Ont semé les déserts mornes De leurs os blanchis ...» Le peuple avait déjà répété le premier de ces deux motifs ; cette fois les prêtres se joignent à lui : c'est un ensemble foudroyant qui crie aux étrangers trop confiants « Tremblez, tremblez, c'est à la mort que vous marchez tous trois ! » Mais les trois héros ne savent pas trembler ; un moment interdits, leur premier appel sera leur seule réponse : « 0 Brunehild, ô vierge armée ... !» La phrase est cette fois un demi-ton plus haut, et accentuée par un trait continu et bien marqué des basses. — Insensés ! que faut-il donc pour les arrêter ? De tous côtés partent des menaces
l'opéra d'e. REYER. — ACTE II. 147
nouvelles, de plus terribles prédictions : « Bientôt le kobold alerte Et l'elfe à la robe verte Vont semer ces bords sacrés De vos membres déchirés ; Et vos corps sans sépulture, Outragés, mis en lambeaux, Vont devenir la pâture Des vautours et des corbeaux ! » — Tout le passage a un relief remarquable. Le ton a changé (c'est celui de fa dièze mineur) et le mouvement est devenu allegro vivace, ayant juste une vitesse triple de la précédente. Le motif est pris par les différentes parties de voix et de personnages successivement, d'abord en petits groupes de notes légères et rapides, staccato^ mais piano, avec un accompagnement dans le même caractère, et notamment les arpèges des basses, que nous retrouverons plus loin, à l'apparition même de? esprits annoncés ici. L'ensemble s'élargit ensuite et prend de l'ampleur et de la puissance, tout en gardant le même mouvement rapide et oppressant, sur ces mots : «Et vos corps sans sépulture. . . » que les prêtres attaquent à leur tour, se joignant à la foule. — Cependant, une fois encore, le chant ardent des guerriers du Rhin interrompt le chœur, avec un nouvel accompagnement qui en varie l'effet : c'est une charmante broderie des violons, au-dessus de laquelle les hautbois, les clarinettes et les bassons suivent spécialement
la mélodie. — «Eh bien» s'écrie le grand prêtre, vaincu par cette indomptable volonté que rien ne peut décourager, «écoutez les décrets d'Odinî» Cette phrase, comme la plupart des récitatifs purs de la partition, est d'un accent large et d'un dessin original. Le musicien s'en est
Récit.
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Le Grand Prêtre