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Eh bien, puisqu'i-ci bas rien ne peut vous soi
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traire aux arrêts du destin, Guerriers qu'anime un espoir tén
rai - re É - cou - tez les dé - crets d'O - din !
servi en outre pour amener le ton de fa dièze majeur à celui d'ut majeur, qu'il voulait donner au solennel tutti de quelques mesures : «Ecoutez d'un dieu terrible L'arrêt inflexible!»
Ces changements de ton, dont on ne peut pas dire d'ailleurs que M. Rêver abuse, ajoutent en général beaucoup de couleur aux parties diverses d'une action. Leur fréquence ici est tout à fait
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motivée par la variété des sentiments que doit exprimer la musique ou des impressions qu'elle veut éveiller. Ainsi l'air assez court du grand prêtre^ qui suit la belle phrase du choeur^ est encore dans un ton différent : il débute en fa mineur et passe en mi en son milieu. Comme d'habitude, le dessin de l'orchestre, tout indépendant qu'il soit du chant, est intimement lié au texte. La première partie est sombre et mystérieuse : «Un seul de Brunehild rompra l'enchantement . . . Un seul héros au cœur de diamant...» Au-dessous de la mélodie expressive et tourmentée, deux clarinettes et les harpes, appuyées par les violoncelles soli, murmurent pianissimo une sombre broderie dont nous retrouverons plus loin plusieurs éléments, avec l'apparition de «la troupe ailée des esprits», et que troublent seuls trois appels du cor sacré que Sigurd fera retentir tout à l'heure. — La seconde partie est toute délicate et éthérée. La suave mélodie est accompagnée, toujours pianissimo et suivant un dessin analogue au précédent, c'està-dire une sorte de trémolo lent et varié, de deux flûtes seules, d'abord, auxquelles se joignent bientôt les clarinettes, les premiers violons, les harpes et les violoncelles : «... Et celuilà, plus pur que l'aube d'un beau jour, Vierge
de corps et d'âme, N'aura jamais subi le joug d'aucune femme, Ni murmuré jamais des paroles d'amour ! » Il fallait une telle musique à de telles paroles. — Un court ensemble du chœur (en ut comme plus haut), suit ce décret redoutable. Sigurd, le héros chaste, l'a écouté avec ravissement, et lance aussitôt cette phrase joyeuse et fière : « Prêtres, apportez-nous le cor sacré d'Odin! L'un de nous vers le burg va se mettre en chemin ! » Ceci ramène comme une explosion indignée de la foule, avec la reprise du grand ensemble allegro vivace (en la) «bientôt le kobold alerte ...» au bout duquel tous s'éloignent, escortant les prêtres, qui vont en procession chercher le cor divin.
Une petite page symphonique accompagne cette sortie : c'est une suite de modulations établies sur le premier motif religieux du chant des prêtres. Quelques-unes avaient déjà été esquissées au début de l'acte et pendant les chœurs. — Il y a un sentiment si juste, une originalité si pleine de grandeur dans ces dix-sept mesures, que je veux les citer ici comme un type des passages symphoniques de transition dont la partition offre plusieurs analogues, de la plus rare beauté :
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LA LEGENDE DE SIGURD Clar.
Gunther et Hagen se regardent, fortement embarrassés, et la situation touche au comique pour un instant. « Lequel de nous va tenter Taveuture ■? » s'écrie le roi, qui serait fort empêché de remplir les conditions prescrites par les dieux. — « Qui de nous?... » dit Hagen à son tour. — « Moi ! » répond Sigurd, calme et confiant : « J'ai gardé mon âme ingénue A la fiancée inconnue. . . C'est moi qu'en ses décrets Odin veut désigner. » Ce joli air, au rythme si élégant, respire la joie et la jeunesse. L'accom-
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pagnement fait en même temps apparaître, pour la seconde fois, le motif de la victoire de Sigurd, que nous avons rencontré déjà aux dernières pages de l'acte P''. Les violoncelles, qui l'amènent, suivent ensuite le chant avec grâce. — Cependant, remarque Hagen, la déesse doit appartenir à qui la délivrera. . . Guntlier la perdra-t-il donc "? Xon, répond Sigurd, répétant à peu près la phrase mélodique précédente *, « Brunehild ne me verra pas ! » Sous tes armes, sous ton casque, « sans lever la visière », je la conquerrai pour toi, ô mon frère : vierge et pure, j'en fais serment, je l'amènerai dans tes bras ! —Et moi je jure, dit Gunther, « Quelque prix que Sigurd réclame. Je jure de combler ses vœux î » et il change d'armure avec le héros. En ce moment commence au loin le délicieux, le séraphique chœur (en sol majeur) qui accompagne le retour des prêtres avec le cor sacré d'Odin. «Déjà descend vers nous la blanche théorie», dit Hagen. Le cortège s'avance doucement, invoquant le dieu sévère, le dieu de la foudre et des orages. Il semble avoir abjuré désormais toute indignation, renoncé à tout reproche : au contraire, ses vœux implorent le succès de l'audacieux dont rien n'a pu ébranler le courage. Ce chœur, « Toi qui du sein des
nuages. . . », est certainement une des perles les plus pures de la partition. D'abord la mélodie en est d'un charme exquis, puis les différentes parties, se succédant et se croisant sans se mêler, l'orchestre, si intéressant par lui-même, dans sa délicate simplicité, tout est disposé avec cette netteté et cette largeur de conception qu'il faut toujours revenir à louer chez M. Keyer et qui donnent tant de caractère à ses ensembles. Quelle poésie et quelle distinction dans cette phrase de quatre coryphées, phrase dont les hautbois, les flûtes avec les altos font tout l'accompagnement : « Dieu qui donnes la victoire Souris dans ta gloire A ce guerrier fort, Qui vient, quittant sa patrie, Pour la valkyrie Affronter la mort. » Et quelle grandeur dans ce cri des prêtres « O puissant Odin ! » qui domine l'ensemble !
Cependant Sigurd s'est désigné comme prêt au combat, et le grand prêtre lui présente le cor en proclamant l'usage que le héros en devra faire. La phrase (en ré bémol) « Si l'épouvante ne te glace. . . » exprime bien tout le danger et l'horreur de l'entreprise. Elle commence pianissimo, s'élève sur les mots « Sonne trois fois ce cor sonore » et éclate comme une fanfare victorieuse avec les dernières mesures : « A
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ton troisième appel le palais va surgir ! » Les instruments à cordes, qui accompagnent le motif, apportent avec eux comme un grondement d'orage lointain, précurseur des esprits irrités qui vont arrêter Sigurd. — « Sur vos vaisseaux, vous, quittez cette rive », reprend le grand prêtre, se tournant vers Guntlier et Hagen. Les esprits se chargeront de ramener Sigurd, s'il est vainqueur. Et terminant par une phrase solennelle (en ut), dont l'accompagnement est le même que la reprise du premier chœur religieux, avec les trois gammes chromatiques descendantes des flûtes, clarinettes et altos, sifflant fortissimo comme des jets de lumière, il ajoute: «Telle est des dieux la volonté terrible ! » — Les deux guerriers font leurs adieux à Sigurd et partent, tandis que le chœur, invoquant de nouveau Odin comme à sa dernière rentrée, s'éloigne lentement de son côté, et perd derrière les arbres sombres les dernières notes de son chant paisible et pénétrant.
Sigurd est demeuré seul. Nous sommes au point culminant du drame. Le héros divin, bravant dans la sereine fierté de son âme les forces conjurées de la nature et du ciel, apparaît ici plus grand que partout ailleurs ; et il semble
que le musicien, pénétré de cette image, ait voulu, pour la représenter, se surpasser luimême et planer plus haut que jamais. L'air de Sigurd, comme les morceaux symphoniques qui le suivent et les phrases qui s'y trouvent mêlées, tout est empreint d'une poésie et d'une noblesse rarement égalées : c'est senti et c'est vrai. — Les phrases mesurées du début « Le bruit des chants s'éteint dans la forêt immense » atteignent les plus purs récitatifs de Gluck. Il est impossible d'évoquer une impression plus juste et plus intime de la situation. « Tout est ombre et silence, dit Sigurd, et je me sens au cœur l'audace d'un héros ! » Pourtant les plus vaillants succombent s'ils ont les dieux contre eux: qu'une dernière pensée du moins, s'il faut mourir, soit pour celle dont l'image a envahi désormais toute entière l'âme du guerrier qui va braver la mort. « Esprits, gardiens de ces lieux vénérés. . . » ; la douce phrase se déroule au-dessus d'un trémolo des clarinettes et des violons en sourdine, que traversent seuls deux appels du hautbois. Puis vient la suave, l'exquise mélodie « Hilda, vierge au pâle sourire...», comme un murmure caressant et presque timide, souligné par le trait des violoncelles et de la clarinette. C'est à peu de chose
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près le lac limpide d'harmonie qui nous a arrêtés presque au début de l'ouverture : En dehors de quelques rappels du motif de l'amour, de Hilda, avec ses trois notes émues^ c'est en effet celui de Sigurd pour Hilda qui se développe par deux fois dans son ampleur si simple et si poétique; sur ces mots : « C'est ton doux nom que viendra dire Sur ma tombe la nuit en pleurs. » Mais c'est trop songer à la mort, pour qui sent son cœur brûler d'ardeur et sa force redoubler en face du danger. Subitement^ le mouvement est devenu allegro con fuoco, et l'orchestre nous emporte comme en un tourbillon à travers le monde du fantastique et des enchantements. Divers thèmes caractéristiques ont été employés par le musicien pour colorer et illuminer ces pages magnifiques où le chant s'allie si heureusement à la symphonie et à la danse. Le plus fréquent, qui gronde un peu partout, rapide et haletant, comme pour figurer généralement les efforts des esprits invisibles, est celui que nous avons entendu pendant la phrase du grand prêtre : « Tremblez ! les esprits... vont venir, menaçants, terribles!... » Un autre, plus puissant et plus poignant, s'ajoute souvent à celui-ci : tantôt fort, tantôt faible, comme les coups de vent de l'ouragan déchaîné ; il a été
esquissé dans raccompagnement du récit du barde au premier acte. Plusieurs motifs spéciaux apparaissent encore en divers endroits, celui des nornes par exemple. — « Elfes, kobolds, esprits ! » s'est écrié Sigurd , « je viens à vous!... » et il sonne une première fois le cor qu'il porte attaché à sa ceinture. Au loin le son retentit en se perdant. Le ciel s'obscurcit tout à fait et la forêt entière semble ébranlée par un vent impétueux. Soudain un rocher disparaît devant le héros, et trois lavandières apparaissent, plongeant dans une fontaine un long vêtement blanc. Un très original, très romantique dessin de triolets, joués staccato par les clarinettes, les bassons et les cordes, accompagne toute cette apparition et reviendra plus loin avec les mêmes personnages. — « Pourquoi, » leur crie Sigurd, «vos yeux sont-ils remplis de larmes?... » Les nornes se lèvent et lui montrent le linceul qu'elles préparent. «Pour qui? parlez!...» Elles font signe que c'est pour lui et disparaissent dans les ondes. En même temps un rythme sautillant et narquois se fait jour et semble annoncer la course insaisissable des kobolds, nains malicieux, gnomes barbus, qui habitent sous la terre. «Fantômes, » dit hardiment le héros surpris, mais point troublé, «vos pré-
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sages de mort ne m'arrêteront pas ! » et il se prépare à sonner une seconde fois du cor sacré. Brusquement des valkyries aux armes étincelantes et dont les épées lancent des éclairs apparaissent de tous côtés et, forçant Sigurd à se défendre, cherchent à lui arracher son talisman. Le tonnerre gronde au loin, les épées s'entrechoquent; des gammes de flûtes, de clarinettes et de bassons se croisent par instants au milieu des bruissements de ce tourbillon d'harmonie. Alors les kobolds surgissent à leur tour, semblent jaillir du sol et se joignent aux valkyries pour assaillir l'ennemi qui les brave. Sigurd a fort à faire à se défendre de tous côtés à la fois, mais sa vaillance et son sang-froid tiennent pied: «Je vous vaincrai, peuple sans nombre !... » et malgré une troupe nouvelle de lutins bigarrés qui mène une ronde folle autour de lui, au milieu de lueurs fulgurantes et fantastiques, son épée réussit à lui frayer un chemin. Il s'adosse à un roc et fait retentir enfin le cor enchanté qui seul peut le sauver d'un tel assaut. — Les sombres profondeurs du bois disparaissent soudain : un lac s'ouvre, mirage enchanteur aux bords couverts de roseaux. Des elfes en sortent lentement et entourent Sigurd, en cherchant à l'enlacer, à le séduire par leurs
caresses, à T entraîner dans leurs danses voluptueuses vers le lac perfide. Un chœur invisible, sans accompagnement, fait entendre une sorte de murmure très doux et très suave, aux harmonies étranges et recherchées : c'est le développement de la mélodie lente esquissée dans l'une des premières pages de l'ouverture.
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Le petit motif de danse si légèrement présenté par les flûtes et les premiers violons en sourdine, semble un égrènement de perles brillantes et limpides. Le mouvement de toute cette scène contraste complètement avec celui qui nous emportait tout à l'heure : c'est un andante dont chaque temps équivaut tout juste à une des mesures entières précédentes. Mais bientôt le torrent, un moment arrêté, reprend sa fougue de plus belle , tandis que Sigurd sonne du cor •pour la troisième fois. La tempête déchaînée siffle et fait rage. En même temps, des flammes jaillissent et le lac se change lentement en une fournaise ardente, de plus en plus vive et étendue. Les trois nornes ont reparu , sortant du lac de feu, et avec elles le joli motif de triolets légèrement piqués par quatre harpes, avec les clarinettes et les bassons. Elles vont chercher Sigurd au milieu des esprits dont les efforts tâchent vainement aie retenir, et lui montrent le palais enchanté qui a surgi au milieu du lac et apparaît comme embrasé derrière un rideau de flammes. Avant de l'atteindre, il faudra encore au héros vaincre les monstres fantastiques qui en gardent les abords : Mais qui pourrait l'arrêter désormais ? « Mon cœur bat de joie...», s'écrie-t-il dans son impatience*, «au combat.
au combat î . . . » et il se précipite à travers les flammes. — Derrière lui la fournaise pâlit et s'éteint, des nuages s'amoncellent • encore un moment les différents motifs des esprits se succèdent avec rapidité, puis, brusquement, un roulement de tam-tam retentit, et aussitôt, maestoso , dans une ampleur puissante, éclate avec les bassons , le tuba et les basses le motif qui annonce au loin la victoire de Sigurd... ; puis tout se perd et se tait.
Ainsi se termine , sur une conclusion triomphante, cette partie si neuve et si originale de l'œuvre, d'un grandiose si sincère, si ému par endroits, ailleurs d'un fantastique si pittoresque, partout d'une expression si juste, d'une netteté de conception si pleine de style. C'est là une de ces pages de maître qui ne périssent pas, parce qu'elles sont inspirées par un génie mûr et consommé.
Le second tableau , devant lequel les nuages se dissipent, nous montre Brunehild endormie, tout armée, au milieu de la grande salle de son palais. L'orchestre a gardé le mouvement maestoso (et le ton de fa dièze majeur) ^ après quelques mesures où se dessine doucement une
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phrase étrange et mélancolique , répétée encore un peu plus loin, et qui semble un coup d'oeil prophétique jeté sur l'avenir de la vierge guerrière dont le malheur va naître avec le réveil, — après quelques rappels éloignés des motifs rapides attachés aux kobolds, aux esprits de la forêt sacrée, esquissés légèrement par les flûtes et les cors ou les clarinettes, — vient une page toute ravissante de délicatesse et d'expression : c'est la première ébauche du motif caracté* ristique de Brunehild , une des plus radieuses inspirations du maître. Ce motif est citante par les clarinettes d'abord , puis par les hautbois, sur un trémolo très doux des violons ^ Il est repris ensuite pianissimo, et complètement développé cette fois par les flûtes, le cor anglais et les clarinettes, avec des arpèges de harpes, en un mouvement andante (et dans le ton de sol bémol majeur) *, pour finale, un trait délié des harpes , aussi piano que possible, sur lequel se détachent les flûtes et les clarinettes en une
1 Par quelle aberration toute cette page a-t-elie toujours et impitoyablement été supprimée à l'Opéra? sans doute pour le plaisir de soulever l'indignation de tous les musiciens et donner plus d'attrait aux Concerts du Dimanche qui l'ont immédiatement recueilli. Notez que le morceau n'a que 27 mesures.
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gamme descendante^ accentuant chaque temps et comme se perdant, mourant dans un lointain harmonieux. Viennent alors quatre mesures de triolets piqués par les bassons : ce sont les trois nornes. Elles montrent le chemin à Sigurd, qui entre Fépée à la main, aux accents victorieux des trompettes, des trombones et des basses. Brunehild, désarmée par elles, repose toujours, et Sigurd s'approche avec ravissement...
Il faut avouer que le musicien a manqué là une belle occasion de développer les périodes brillantes d'une aimable cavatine *, mais notre héros est peu habitué à perdre son temps en vaines paroles. Une petite phrase lui suffit, soulignée par les flûtes et les hautbois : « Quel sourire charmant pare sa lèvre en fleur ! » Puis il baisse sa visière, selon la promesse faite au roi, et étendant son épée au-dessus de la valkyrie, il l'appelle par deux fois : «ô Brunehild, éveilletoi!.. . » non à pleine voix, mais avec une grâce et une douceur toutes pénétrées en quelque sorte, ce qui fait beaucoup plus d'effet, du moins quand le chanteur comprend la situation.
Sigurd s'est écarté un peu : Brunehild ouvre les yeux, et descend lentement de son lit.
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comme éblouie^ comme ravie par l'air qu'elle respire, par la vie qui renaît en elle. Puis sa joie, sa reconnaissance, s'exhalent dans cette invocation si poétique que j'ai citée plus haut d'après l'Edda et que les modernes arrangeurs de ces poèmes, de ce côté du Rhin ou de l'autre, n'ont eu garde d'omettre. Le chant de la valkyrie délivrée est bien à la hauteur du texte original, il a le caractère, la largeur, la puissance qui conviennent au personnage et à la situation. La mélodie coule sans effort, sans recherche d'effet, et domine en s 'unissant à lui, mais avec pleine indépendance, l'accompagnement majestueux et nourri dont le thème caractéristique de Brunehild constitue naturellement, sous divers aspects, l'élément principal. — Développé d'abord tout au long et avec force pour l'éclatant début: «Salut, splendeur du jour !...», il s'efface un moment devant une suite d'arpèges des clarinettes et des harpes à ces mots: «Dieux, abaissez sur nous des regards favorables...» Il se transforme, plus loin, avec grâce : « Salut terre, salut nourrice au sein fécond... » Tout le morceau est andante, mais sans lenteur (en fa dièze majeur).
Cependant Brunehild jette les yeux autour
d'elle, étonnée de n'apercevoir pas son libérateur : « Mais quel guerrier vaillant et fort...?» dit-elle, tandis que l'orchestre rappelle le motif net et franc de l'expédition en Islande. Puis, à l'aspect de Sigurd immobile et méconnaissable : « 0 mon sauveur silencieux», s'écrie-t-elle doucement, « La valkjrie est ta conquête. Et ne crains pas qu'elle regrette Près de toi les palais des cieux ! ». C'est la plirase délicate et sereine que nous avons entendue dans les dernières pages de l'ouverture, et aussi dans l'air du barde : elle est ici en ré bémol majeur, et accompagnée simplement par les arpèges discrets du cor anglais, des clarinettes et des flûtes.
Dans les pages suivantes, Brunehild « dénouant sa ceinture » gage d'amour et de foi, invite le héros à prendre place à ses côtés, tandis que les esprits vont les transporter tous deux dans son pays: «A ton foyer paisible assise, Elle vivra, fière et soumise, En t'aimant jusqu'au dernier jour... » Fière et soumise ! Comme tous ces morceaux peignent bien ce double caractère de la déesse femme ! Cette page même ferait presque paraître trop humble ou résigné cet amour si chaste, s'il n'était relevé par une sim-
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plicité aussi émue. La mélodie, toute de douceur et de sérénité, est accompagnée pianissimo par les instruments à vent suivant le chant, et par des arpèges d'altos. Enfin Brunebild sentant le sommeil regagner ses yeux, s'étend sur sa couche en murmurant encore « La valkyrie est ta conquête... » et s'endort.
Aussitôt Sigurd relève la visière de son casque, s'élance vers le lit et en monte les degrés; puis il s'écrie, tirant son épée et la plaçant au côté de Brunehild : «Glaive, séparemoi de la vierge guerrière ! Perce mon cœur, ô noble fer. Si m'étendant sur cette couche A ce voile sacré je touche ! » Cette belle phrase rend remarquablement l'effet saisissant de grandeur et de noblesse que produit l'acte légendaire du héros. Le chant très large et planant tout le temps sur des notes voisines, de même couleur, si je puis dire, est en outre appuyé par les puissants accords des cors et des trombones.
Le mouvement allegro vivace de la page suivante accentue encore, par son brusque contraste, la solennité de la phrase. C'est ici le thème alerte et rapide des kobolds et des lutins qui est repris, pendant que, Sigurd commande aux esprits vaincus de le porter auprès de Gunther.
Le palais s'évauouit, le lit se change en nacelle, les trois nornes reparaissent, et l'acte finit sur un court larghetto que dominent deux rappels du motif de la victoire heureusement remportée par le héros.