‹ La légende de Sigurd dans l'Edda, l'opéra d'E. ReyerChapitre 19 sur 24 · LA LÉGENDE DE STGURD · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE STGURD

Récit mesuré.

Hagen.

Bassons Cors

Tromp.

Tuba

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Des jeux guerriers que le tournoi com-

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men - ce devant le roi Gunther vous com-bat-trez i

ci ! — Pour ce com-bat lo-yal armez-vous de la

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lan - ce et pre-nez le glaive aus - si !

l'opéra d'e. REYER. — ACTE III. 183

Les guerriers s'élancent alors et se rangent, par couples, sur plusieurs lignes : ils se provoquent, se défient d'un air de bravade, puis s'attaquent en faisant bruyamment retentir leurs armes , en déployant toutes leurs ruses , leurs feintes de guerre , en étalant l'orgueil de leurs bras aux muscles de fer. Ce pas guerrier (en la bémol majeur) a pour dessin un rythme très accusé , très carré, composé d'une croche pointée et d'une double croche à chaque temps, qui produit un effet pesant et farouche jusque dans sa gaieté. Le motif principal est une gamme montante, vigoureux unisson, auquel succèdent des traits staccato d'un mouvement mesuré, et aussi des fusées de notes rapides comme des froissements d'armes. Sauf de courts passages doux et légers, ce divertissement a une couleur uniformément accentuée et rude. Les dernières mesures sont suivies d'un large unisson, andante mosso : c'est la barque des prêtres d'Odin, qui paraît au fond, sur le Rhin \ et comme Gunther demande à Brunehild si elle est prête à le suivre, celle-ci murmure simplement, non sans quelque mélancolie: «Oui!... J'obéis aux dieux, j'obéis aux dieux, maîtres de mon destin!...» — Quelques rappels de la phrase montante attachée à la victoire de Sigurd se

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font alors entendre ; puis les trompettes éclatent triomphantes, annonçant le héros lui-même, qui arrive à cheval au milieu d'une suite nombreuse de ses hommes, et réclame du roi, — en une phrase rapide et hardie, bâtie sur le même rythme et de même sorte que l'air dont Sigurd a salué Gunther en lui remettant Brunehild endormie, — «la promesse sacrée» qu'il lui fit « jadis pour ce jour glorieux ». — « Vers nous, c'est un dieu qui t'envoie !... » s'écrie Gunther d'un ton plein de joie et de gratitude, pendant que Brunehild tressaille au nom de Sigurd -, et la phrase, dont l'ampleur et la gravité sont soulignées par les altos et les bassons, semble bien exprimer le sentiment de révérence et d'admiration qui accueille Sigurd. « Le présent qui te peut envers moi délier... » reprend le héros, et à ces mots le motif de Hilda reparaît, mêlé à celui de la victoire de Sigurd, « c'est Hilda, c'est ta sœur que j'aime ! Hilda, qui dès longtemps a mon cœur tout entier î » Et comme Gunther se tourne aussitôt vers elle , ^ Hilda tranquille enfin et au comble de ses vœux, répond sans retard cette phrase résolue : «Adieu mon frère, adieu mon roi!... Hilda suivra Sigurd dans la paix, dans la guerre ! »

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«0 Brimehild », s'écrie Guntlier/ « prends leurs deux niains Et réunis-les dans la tienne ! » et — pour que le cœur de la déesse abusée, ce cœur où l'image de Sigurd sauvé jadis par son dévouement est toujours restée vivante , achève de se briser à jamais, — le couple heureux s'écrie à son tour, sur une chaude broderie des flûtes, clarinettes et hautbois avec les violons : « Oui ! que notre bonheur soit ton ouvrage , ô reine !... » Brunehild répond d'une voix entrecoupée par l'émotion et pénétrée d'un pressentiment indéfini , tandis que l'orchestre lui jette comme un défi ironique le motif de l'amour de Hilda pour Sigurd : « Le Ciel... à vos amours... donne... d'heureux destins!...» Mais sitôt qu'elle a pris la main du héros, un coup de tonnerre éclate et tous deux tressaillent violemment et se regardent avec effroi, comme si un poison brûlant eût soudain pénétré leur être , tandis que d'âpres montées des violoncelles soulignent le motif de Brunehild, gracieux ailleurs , ici émouvant et expressif. Le charme de cette pression est du reste rompu avec le mouvement qui l'a fait naître, et nul, si ce n'est Hilda et Uta, n'en a rien aperçu. « La foudre au ciel serein est un heureux présage î... » déclare le roi, et il invite Sigurd à le suivre avec la princesse

sur la rive où les prêtres « vont célébrer un double mariage ».

C'est avec une grande reprise du choeur entier, « Frappons les airs joyeux de hurrabs et de cris ! » au bruit des chants de fête « Gloire à Gunther ! . . . Bonheur et longs jours à la reine !... » et toujours enveloppé dans une harmonie brillante et rapide, que le cortège nuptial s'éloigne et disparaît. Il ne laisse sur la place que Uta, — et ceci donne un intérêt aussi dramatique qu'imprévu à cette dernière scène de l'acte, — Uta seule clairvoyante, et exhalant en imprécations l'impuissance et l'horreur d'une épouvante dont le contraste avec la joie qui éclate de toutes parts est des plus saisissants et des plus terribles. L'effet mystérieux produit par l'union des mains de Sigurd et de Brunehild n'a pas échappé à son observation anxieuse. « Ciel ! le voile fatal s'est-il donc déchiré?... » a-t-elle pensé aussitôt. Maintenant elle voit clair dans l'avenir réservé à la trahison dont la ruse a été la cause originelle. « La mort plane sur notre tête! ô jour de sang!... » tels sont ses premiers cris pendant que l'orchestre rappelle le motif saccadé de son récit mystérieux du premier acte. Un peu plus loin, au fort des chants du peuple, quand le cortège a dis-

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paru, sa voix s'élève encore, sauvage et désolée : « Ah ! je lis dans les cieux ! leurs destins sont écrits. Elle plane sur eux, la mort sanglante et pâle! Dieux sans pitié... je vous maudis !...» et l'harmonie cependant précipite le motif de l'expédition d'Islande, comme un remords peutêtre , au-dessus d'un vigoureux unisson des instruments à cordes. Enfin, quand la fougue joyeuse des cris de gloire « éveille » partout «les échos de l'air», Uta sur une dernière malédiction: «Jetez-moi dans l'ombre infernale... Dieux au cœur de fer ! . . . » tombe inanimée en se tordant les bras.

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