LA LEGEJÎDE DE SIGURD
gique et inadmissible dans l'arrangement de la pièce française, et c'est dommage.
De Gunther, rien à dire ici : il est bien tel que l'a peint l'épopée, brave, glorieux, un peu crédule et inconstant de caractère. — Uta a sensiblement adouci,, éteint, l'aspect sauvage et la froide ambition de la reine Grimliild, sous son amour ardent et humble de nourrice. Il me semble qu'on aurait pu tirer de cette figure originale un parti plus important, qu'on aurait pu la lier, la mêler davantage aux péripéties du drame. — Quant à Hilda, la vierge blonde, elle a à peine le temps, au moment même où finit la pièce, de se montrer sous un aspect émouvant et de laisser apercevoir son bumeur farouche. Elle est restée amoureuse et devient jalouse, c'est tout : ses projets sanguinaires si subits surprennent un peu. En somme c'est un gracieux personnage, mais encore moins caractérisé que celui d'Uta, et sans qu'un lien suffisant peut-être le rattache à l'action principale.
Hagen est le seul personnage du drame qui soit sorti tout d'une pièce du Nibelunge-Nôt. Il a perdu à ce choix le caractère élevé et généreux que lui prête l'Edda, pour prendre un peu trop celui d'un brutal, envieux d'abord, traître ensuite, comme il en fallait toujours dans les
contes et les poèmes du moyen âge : du moins le côté bas et mauvais de sa nature ne se montre-t-il guère qu'au dénouement. C'était en effet un moyen tout indiqué, au point de vue scénique, pour expliquer l'horreur d'une aussi lâche trahison.
Et maintenant, il resterait à relever ce que MM. du Locle et Blau ont ajouté aux données anciennes pour atteindre cette vérité d'action et de vie , cette intensité de couleur qui est si frappante dans plusieurs passages de l'opéra. Mais dans une pièce conçue et exécutée de la sorte, on ne saurait séparer l'analyse du drame de celle de la musique. Je noterai donc seulement ici, d'une manière générale, avec quel soin et quelle justesse les auteurs ont observé le caractère du modèle, et avec quel bonheur ils ont ainsi rendu les épisodes par eux imaginés. Ce second acte, par exemple, qui nous transporte au lieu même où dort la vierge armée, en Islande, parmi les prêtres d'Odin et les cérémonies du culte barbare, et nous fait assister à l'arrivée des héros germains , aux lattes de Sigurd contre les génies mystérieux, à sa victoire enfin sur la flamme qui lui cache le palais de Brunehild. Ou encore la dernière scène, si élevée et si émouvante, où la valkyrie
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éclairée par la jalousie de Hilda, et devinant à quel détestable artifice est due la trahison de Sigurd, réussit, d'une façon aussi poétique que gracieuse, à effacer dans l'esprit loyal du héros les charmes du philtre qui l'avait si intimement pénétré... — C'en est assez pour montrer que les auteurs du livret français sont sortis à leur entier honneur des difficultés multiples que soulevait un pareil travail : cette restitution d'un passé si loin de nous et malheureusement si peu familier à la plupart des spectateurs ; et que même, bien loin de ne nous apporter, comme tant d'autres, qu'un pâle reflet des sources primitives, un tissu mal ajusté d'éléments mal compris ou mal éclairés, ils ont su se maintenir toujours dans l'esprit de ces données anciennes, et les faire valoir au besoin par d'heureuses et originales conceptions.