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Girondins 12
sassinat du 21 janvier, comme le nom de la Commune au souvenir des massacres de Septembre.
Un homme s'est trouvé qui, pendant toute la durée du procès de Louis XVI, a défendu, sans faiblir un instant, la cause de la justice et de l'innocence. C'est Lanjuinais ; et certes, s'il suffisait du courage d'un seul pour racheter les faiblesses de tous, son incomparable héroïsme pourrait peut-être obtenir grâce pour la lâcheté de ses collègues. N'est-ce pas là précisément ce qui est arrivé? Presque tous les historiens, et M. Mortimer-Ternaux lui-même, se sont complu à faire de Lanjuinais un girondin l, et ils ont ainsi fait bénéficier Vergniaud et ses amis de l'estime et de l'admiration qui s'attachent si justement à la mémoire du député breton.
Pendant près de trois mois, Lanjuinais n'a pas cessé d'être sur la brèche, et, avec une énergie à nulle autre pareille, il a lutté jusqu'à la dernière heure pour arracher Louis XVI à l'échafaud.
Il a proclamé hautement que la Convention n'avait pas le droit de juger Louis XVI.
Il a démontré que ses membres « ne pouvaient être à la fois, dans la même affaire, et législateurs, et accusateurs, et juges, surtout ayant publié d'avance leur avis, et quelques-uns avec une férocité scandaleuse. »
1. «Lanjuinais, l'intrépide girondin..» (Mortimer-Ternaux, Histoire delà terreur., t. VII, p. 402). — M. de Barante est, croyons-nous, le seul historien de la Révolution qui ne soit pas tombé dans cette erreur regrettable qui fait de Lanjuinais un Girondin. « Lanjuinais, dit-il, ne savait rien du projet des Girondins et n'appartenait point à leur parti. » {Histoire de la Convention nationale, t. IV, p. 176).
Il a réclamé pour l'accusé le droit de récuser ceux qui s'étaient d'avance prononcés contre lui.
Il a demandé le rapport du décret par lequel les membres de la Convention s'étaient constitués juges de Louis, déclarant ce décret insensé et barbare.
II a demandé également le rapport du décret qui avait ordonné le vote par appel nominal. « C^t appel nominal qu'on vous a fait décréter, disait-il, et qu'on ne me soupçonnera pas de redouter pour moi ; cet appel si terrible en cette salle, en cette ville, quand une faction puissante et audacieuse réclame le supplice avec tant d'éclat et de fureur, pourriez-vous y persister, quand la loi la plus sage commande un scrutin secret et silencieux? Vos contemporains, la postérité, le ciel et la terre vous le reprocheraient comme une lâcheté insigne et impardonnable. »
Le 16 janvier, avant que l'on procédât à l'appel nominal sur la question de savoir quelle peine Louis avait encourue, il a supplié ses collègues d'être du moins conséquents avec eux-mêmes : « Vous invoquez sans cesse le Code pénal, dit-il ; vous répétez sans cesse : Nous sommes jury. Eh bien, c'est le Code pénal que j'invoque; ce sont ces formes du jury que je demande, et auxquelles je vous supplie de ne pas faire d'exception. Vous avez rejeté toutes ces formes que peut-être la justice et certainement l'humanité réclamaient : la récusation et la forme silencieuse du scrutin, qui seul peut garantir la liberté des sutl'rages... Je demande, aux termes de la loi, qu'il faille pour la condamnation les trois quarts des suffrages. »
De ces courageuses motions de Lanjuinais, il n'en est pas une seule qui ait été appuyée par la Gironde. Aussi bien, le représentant d'il le-et- Vilaine, — nous l'avons déjà dit, et le moment est venu d'en fournir les preuves, — n'appartenait pas au parti girondin.
C'est pendant la session de l'Assemblée législative
que ce parti s'est formé : Lanjuinais ne siégeait point à cette assemblée ; et, s'il en eût été membre, il n'aurait certes pas imité, en présence des massacres de Septembre, le silence prudent des Girondins, et il ne se serait pas, comme eux, réfugié dans une lâche abstention.
Retiré à Rennes depuis la clôture de l'Assemblée constituante, il ne vint à Paris que pour prendre part aux travaux de la Convention. Quelques jours après son élection, et, avant de partir pour la capitale, il s'était rendu à la Société des amis de la constitution. Les Jacobins de Rennes mirent à dessein en délibération la prestation du serment de haine aux rois et à la royauté ! Il combattit énergiquement la proposition, et, n'ayant pu la faire rejeter, il refusa le serment i.
Cette attitude le séparait des Girondins au moins autant que les Montagnards. Les premiers, en effet, depuis le 10 août, faisaient parade, au njème degré que les seconds, de leurs sentiments antimonarchiques. Dans leurs journaux, comme à la tribune, ils se faisaient gloire d'avoir préparé la chute du trône, et ils disputaient à Robespierre et à Marat l'honneur d'avoir été les auteurs du 10 août. Lanjuinais ne se cachait pas pour condamner les événements de cette journée et pour en déplorer les conséquences 2. Aussi, tandis que les Girondins inauguraient les séances de la Convention, en appelant au fauteuil de la présidence et au bureau des secrétaires, Petiou, Camus et Rabaut-Saint-Étienne, ses anciens collègues de la Constituante, ils n'avaient garde de lui accorder leurs votes. Il en fut de même jusqu'à la chute de la
1. Notice historique sur la vie et les ouvrages du comte Lan Juinais, député aux états généraux et à la Convention, pair de France, membre de Vlnstitut, etc., par M. Victor Lanjuinais, ancien ministre, p. 15.