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Le Patriote français, n° du 26 avril

4. Et non celle du 28, comme le disent à tort les auteurs i de V Histoire parlementaire de la Révolution., t. XIV, p. 145. \

des « âmes viles », incapables de concevoir qu'on pouvait être aimé du peuple sans intrigue ou le servir sans intérêt ! « Comment, ajoutait-il, comment l'aveugle-né peut-il avoir l'idée des couleurs, et les âmes viles deviner le sentiment de l'humanité et les passions vertueuses? Comment croiraient-ils aussi que le peuple peiit lui-même dispenser justement son estime ou son mépris ! Ils le jugent par eux-mêmes, ils le méprisent et le craignent ; ils ne savent que le calomnier pour l'asservir et pour l'opprimer i. »

La lutte n'était pas moins ardente dans la presse qu'à la tribune des Jacobins. Robespierre avait raillé assez agréablement « les académiciens et les géomètres que M. Brissot proposait à la société pour modèles et qui, s'ils avaient combattu et ridiculisé les prêtres, n'en avaient pas moins courtisé les grands et adoré les rois, dont ils avaient tiré un assez bon parti ». Des applaudissements et des rires avaient souligné cette allusion à Condorcet qui, tout récemment encore, était administrateur du Trésor public, aux appointements de vingt mille livres. La vengeance de V académicien géomètre ne se fit pas attendre, et, dans son numéro du 28 avril, la Chronique de Paris annonçait que, sous prétexte de vouloir la liberté, rien que la liberté, Robespierre voulait le pouvoir, rien que le pouvoir. Elle le montrait se faisant nommer maire de Paris et partageant le ministère entre ses amis, parmi lesquels elle faisait figurer M. Pellenc, confident intime du comte de Lamarck, dont on connaissait les relations avec la cour. « La nomination des personnes désignées, disait la Chronique, n'est point une plaisanterie; on assure qu'il en est sérieusement question au château, parce

1. Réponse de Robespierre aux discours de MM. Brissot et Guadet du 25 avril 1792, prononcée, à la société des Amis de la Constitution, le 27 du même mois, et imprimée par ordre de la société.

qu'elles sont d'un parti qui a toujours été opposé à la guerre. » Et en même temps qu'elle représentait Robespierre traitant avec la cour, la feuille de Oondorcet l'accusait de faire écrire par Marat que le moment était venu de le proclamer tribun du peuple. Dans le numéro du 29 avril, Robespierre était appelé insensé, fougueux bavard, Jupiter denuntiator, intrigant, Mazaniello, etc.

De son côté, le Patriote français s'exprimait ainsi dans son numéro du 28 avril :

Qu'il paraisse donc ce nouveau Mazaniello^ ce tribun désiré; qu'il lève entièrement le masque; que du haut de sa tribune sanglante, il demande la tête des consxnrateurs désignés par la voix publique^ c'est-à-dire par la voix de ses complices et de quelques imbéciles adorateurs qu'il a égarés... Patriotes éclairés, vrais amis de la liberté, ces images vous elfrayent. Rassurez-vous : vos tribuns présomptifs sont aussi lâches qu'atroces, aussi stupides qu'ambitieux; les poignards de la calomnie sont les seuls qu'ils emploient, et ils ne massacreront que des réputations.

Brissot terminait en accusant ouvertement Robespierre d'être l'auteur des divisions qui affligeaient la société des Jacobins :

Trois opinions, disait-il, partagent le public sur M.Robespierre. Les uns le croient fou, d'autres attribuent sa conduite à sa vanité blessée ; un troisième parti le croit mis en œuvre par la liste civile. Nous ne croyons jamais à la corruption qu'elle ne soit bien prouvée ; mais nous croyons aussi que soit folie, soit vanité, M. Robespierre est évidemment l'auteur de la division qui déchire la société ; et que le seul moyen pour lui de reconquérir sa réputation, est de se réconcilier avec les vrais amis de la liberté et de la constitution, de ne plus accaparer la parole aux Jacobins, d'abjurer cette manie de dénonciations que jamais il ne prouve, et de permettre enfin que la société s'occupe de questions importantes, et non pas des querelles de MM. Robespierre et CoUot d'Herbois. Certes, ces débats sont scandaleux ; ils doivent combler de joie les aris-

tocrates ; mais quel en est l'auteur ? Et que n'ont pas fait pour les éviter ceux qu'on accuse si ridiculement de conjuration * ?

Une polémique si ardente ne pouvait manquer d'avoir son contre-coup à la société des Jacobins. Aussi, la séance du 30 avril tut-elle encore plus agitée que celle du 25. Lasource, qui occupait le fauteuil, ayant voulu empêcher Robespierre de s'expliquer, fut insulté par plusieurs membres et notamment par Legendre, qui s'écria : « Monsieur le président, je suis forcé de demander la parole contre vous. Je demande la parole contre le despotisme du président ». Robespierre lui-même quitta la tribune, s'approcha du bureau et parla à Lasource avec des gestes violents. Le tumulte devint extrême. Tout le monde était debout. Les femmes placées dans les tribunes appelaient coquim le président et ses amis 2.

De la fin d'avril jusqu'au 10 aotit, la lutte entre la faction Brissot et la faction Robespierre alla s'aggravant de jour en jour.

Le 10 mai, la séance des Jacobins fut si orageuse, que le président dut se couvrir. Obligé de combattre pendant trois quarts d'heure pour obtenir la parole, Robespierre déclara que, pour monter à la tribune, il fallait autant de courage que pour monter à la brèche. Il traita les membres du parti Brissot àe perfides iiitrigaats. « Aujourd'hui, s'écria-t-il, tout est confondu ; la signification des mots est presque changée, et ceux qui se targuent du nom ào, patriotes, à peine en ont-ils l'apparence. Tout en feignant de défendre

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