Joiirnal des débats et delà correspondance, n<" 192 et
2. Le Défenseur de la Constitution, par Maximilien Robespierre, paraissait le jeudi de chaque semaine. On souscrivait chez Pierre-Jacques Duplain, libraire, cour du commerce, rue de l'Ancienne-Comédie-Française. — P -J. Duplain, membre du Comité de surveillance de la Commune, a été l'un des principaux organisateurs des massacres de Septembre.
3. L'article de Robespierre remplit près de 40 pages dans la troisième livraison du Défenseur delà Constitution ; il a été reproduit dans VHistoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XIV, p.397etsuiv.
d'Orléans. Brissot lui succéda et renchérit encore sur ces engagements et ces menaces. Ces faits, révélés le surlendemain, 1" août, à la société des Jacobins, y produisirent une sensation extraordinaire. Robespierre présidait. Plusieurs membres demandèrent que le nom du traître Brissot tut rayé des registres de la société, et Anthoine (de Metz), dont les relations intimes avec Robespierre étaient bien connues, s'exprima en ces termes :
Je dénonce, moi, non pas aux tribunaux, mais au peuple, à la France entière, à la nation, J.-P. Brissot et la compagnie qui l'entoure, qui a fait déclarer la guerre avant que rien ne fût prêt pour la guerre ; lui, qui a constamment persécuté les patriotes et détaché M. Vergniaud de leur parti... Les intrigants de cette législature suivent exactement la même marche que ceux de l'Assemblée constituante : ils ont pris le masque qu'a laissé, sur la porte des Feuillants, cette minorité hypocrite de la noblesse, en partant pour la frontière; ils n'emploient, comme eux, l'apparence du patriotisme que pour parvenir à fonder les bases de leur élévation et de leur fortune particulière. J'appuie donc la motion qui vous a été faite de rayer M. Brissot de la liste de vos membres, et je demande que nous rejetions de notre sein toute cette écume impure '.
A la veille du 10 août, la guerre, une guerre implacable était donc déclarée entre les chefs des deux factions. Commencée dès le mois de novembre 1791, elle avait pris, bien avant le mois de septembre 1792, un caractère qui rendait toute réconciliation à jamais impossible. En présence de ce fait indéniable, que devient la thèse des historiens qui placent après le 10 août seulement l'origine de la lutte entre les girondins et Robespierre?
S'il est certain que la rupture entre les Brissotins et les Robespierristes date de la fin de 1791, il ne l'est
1. Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution, n° 242. — Révolutions de Paris, n» 216.
pas moins que les mofcifs de cette rupture doivent être I cherchés ailleurs que dans les prétendus sentiments ' d'indignation et d'horreur éprouvés par Vergniaud t et ses amis à la vue des usurpations et des violences j de la Commune, — qui n'existait pas encore. A la fin \ de 1791 et dans les premiers mois de 1792, Brissot .; et les députés de la Gironde, maîtres de l'Assemblée l législative, étaient maîtres de la France ; Robespierre î et Danton, hors de l'Assemblée, et par suite hors du { pouvoir, voulaient le conquérir, et pour cela il leur ;■ fallait détruire, à la société des Jacobins et dans le : peuple, l'influence des Brissotins : de là, entre les ] deux factions, une lutte dont les acteurs, d'un côté ^ comme de l'autre, s'inspirèrent uniquement de leur \ intérêt personnel et de leurs passions de parti. En ce J qui concerne les Girondins en particulier, bien loin j qu'ils l'aient entreprise et soutenue pour faire pré- ■ valoir les idées d'ordre, de modération et de justice, J il leur est arrivé plus d'une fois, au cours de cette l lutte, de professer des opinions plus démagogiques î que celles de Robespierre lui-même et d'aller plus i loin que lui dans les voies révolutionnaires, préoccu- \ pés qu'ils étaient avant tout, suivant le mot de Bris- | sot, de gagner de vitesse sur leur adversaire l. Ainsi ] en a-t-il été, par exemple, dans la question de la l guerre, ainsi encore dans la question du bonnet rôuge. 1 C'est Brissot qui invita les citoyens à se parer du ■ bonnet de laine et à en faire le signe du patriotisme 2. i Robespierre protesta, et on le vit, dans une séance 1 du club des jacobins, le 6 mars 1792, jeter à terre le i bonnet rouge qu'un membre trop zélé avait cru pou- ■ voir placer sur ses cheveux poudrés 3. Sur la question |
1. Sur le mot de Brissot et les circonstances dans lesquelles il fut prononcé, voy. ci-dessus, page 59.