Réfutation de l'Histoire de France^ de Vabbé de Mont
LA. feÉGENDE DES GIRONDINS 205
religieuse, tandis que Robespierre faisait une profession de foi hautement spiritualiste, Guadet, dans un discours que nous avons eu occasion de citer plus haut, faisait entendre une protestation empreinte du plus grossier matérialisme l. Le l'^'" juin 1792, le corps municipal de Paris ayant pris un arrêté contre la procession de la Fête-Dieu, Brissot se hùta d'y applaudir. « Les progrès de la philosophie, disait-il, sont rapides et consolent les vrais patriotes des tracasseries de l'esprit de parti, des intrigues des courtisans ambitieux et des fureurs des faux amis du peuple. La municipalité de Paris vient de prendre un arrêté extrêmement philosophique et que les vœux de tous les bons citoyens sollicitaient ardemment 2. » — « La religion du législateur, écrivait-il quelques jours après, c'est le culte de l'humanité ; ses bonnes œuvres, ce sont de bonnes lois ; son paradis, c'est sa patrie, s'il la rend heureuse : il est sur de faire son salut, s'il sauve l'État 3, — Camille Desmoulins, qui suivait alors celui qu'il appelait son cher Robespierre, se prononça, au contraire, contre l'arrêté : Je crains, dit-il, dans la Tribune des patriotes, que Manuel n'ait fait une grande faute, en provoquant l'arrêté contre la procession de la Fête-Dieu. Mon cher Manuel, les rois sont mûrs, mais le bon Dieu ne l'est pas encore ^. » — « Si j'avais été membre du comité municipal, ajoutait Camille, j'aurais combattu cette mesure avec autant de chaleur qu'eût pu faire un marguillier. »
gaillard, par M. Laurent (de l'Ardèche). Lettre XI«, p. 326. — Louis Blanc, Histoire de la Révolution, t. VI, p. 299.
1. Voy. ci-dessus l'analyse de la séance du 26 mars 1792 à la société des Jacobins.
2. Patriote français, n» du 4 juin 1792. — La Fête-Dieu tombait, en 1792, le 7 juin.