‹ La légende des GirondinsChapitre 113 sur 274 · Patriote français, n» du 8 juin · texte numérisé non relu

Patriote français, n» du 8 juin

4. La Tribune des patriotes, ou Journal de la majorité, par Camille Desmoulins et Fréron.

La légende qui se complaît à représenter les Giron-', dins se séparant de Robespierre pour rester fidèles à ] la cause de la justice et de la liberté, et qui donne j pour mobile à leur guerre contre la Montagne, leur ; horreur des massacres de Septembre, est donc con-^ damnée par les faits, réduite à néant par les dates. ■ Les faits et les dates, il est vrai, n'embarrassent guère ; les amis de la Gironde, et nous allons en fournir une \ preuve nouvelle. '\

S'il est un épisode qu'ils soient parvenus à faire \ universellement accepter et que tous les historiens, \ même les historiens royalistes, se transmettent main- ] tenant de l'un à l'autre comme une vérité incontes- \ table et incontestée, c'est cdui dans lequel on nous \ montre les Girondins, au plus fort de leur lutte aveci la Montagne, entourés d'ennemis, à la veille de périr, ; n'ayant plus qu'une seule chance de salut, et la sacri-; fiant, sacrifiant leur vie plutôt que de transiger aveC: l'honneur ! L'histoire de la Révolution présente peu] de situations plus dramatiques et qui soient mieux! faites pour inspirer l'admiration et la sympathie. Les 1 Girondins voient grandir de jour en jour l'audace et"? le nombre de leurs adversaires; leur chute, c'est-à-dire leur mort, paraît inévitable. C'est à ce moment? que leur arrive soudain un allié inattendu et dont^ l'appui est pour eux le gage assuré d'une victoire^ certaine et d'un triomphe éclatant. Danton leur offre ; son concours; il leur apporte son éloquence, sa popu-, larité, son audace; et, en échange, que leur demande-;! t-il? une seule chose, qu'ils veuillent bien ne pasi réveiller les souvenirs de Septembre ; qu'ils consen- ] tent seulement à se taire, ils sont sauvés ! Sans hé-.^ siter, en hommes qui tiennent le succès pour peu dej

chose et la vie pour rien, quand l'honneur est en jeu, les Girondins repoussent la main que Danton s'obstine à leur tendre. Ils refusent de se sauver, au prix d'un lâche silence. Ils périront, mais du moins ils n'auront pas, ne fût-ce qu'un jour, fait un pacte avec le crime! Potius moH quam fœdari !

La scène est belle sans doute, mais elle n'est pas vraie. Recherchons d'abord comment elle est née, comment elle a grandi peu à peu pour arriver enfin à son complet épanouissement. Nous établirons ensuite (lu'elle doit être reléguée du domaine de l'histoire (lans celui de la légende.

C'est M. Thiers qui, le premier, a esquissé cette scène des Girondins refusant de faire alliance avec Danton, avec l'homme de Septembre.

On essaya, dit-il, de s'entendre avant l'ouverture de la Convention nationale, il y eut diverses réunions dans lesquelles on proposa de s'expliquer franchement et de terminer des disputes funestes. Danton s'y prêta de très bonne foi, parce qu'il n'y apportait aucun orgueil, et qu'il souhaitait avant tout le succès de la révolution. Petion montra beaucoup de froideur ai de raison, mais Robespierre fut aigre comme un homme blessé : les Girondins fiers et sévères comme des hommes innocents, indignés, et qui croient avoir dans les mains leur vengeance assurée. Barbaroux dit qu'il n'y avait aucune illiance possible entre le crime et la vertu, et de part et l'autre on se retira plus éloigné d'une réconciliation qu'avant ie s'être vu ♦.

De ce qui n'était, chez M. Thiers, qu'un simple crayon, Lamartine a fait un tableau plein de chaleur et d'éclat; il occupe, dans son ouvrage, plusieurs pages auxquelles nous renvoyons le lecteur 2.

D'un ton plus austère, d'un coloris plus sobre, M. Lanfrey, dans son Essai sur la Révolution fran-

i. Histoire de la Révolution, t. III, p. 18.

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