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Histoire des Girondins, liv. XXXI

rapprocher Danton et les Girondins, et il se trouve que Danton n'y assistait pas. Le récit de Marat et celui de Mme Louise Fusil, dans ses Souvenirs d'une actrice i, ne laissent aucun doute sur ce point. La tentative touchante faite par la belle et bonne Mlle Candeille pour réconcilier Danton et les chefs de la Gironde, n'a donc existé que dans l'imagination de M. Michelet.

Nous ne pousserons pas plus avant la critique des erreurs dans lesquelles sont tombés les liistorieus de

1. Souvenirs d'une actrice, par Mme L. Fusil, t. I, ch. XX. — M, Michelet, dans la page que nous avons citée plus haut, parle des amours de Vergniaud et de Mlle Candeille; il revient encore sur ce sujet délicat aux pages 44 et 45 de son tome cinquième, et ici il se rencontre avec Lamartine (liv. XVIII) et avec M. Louis Blanc (tome VII, p. 271). Exact ou non, le fait importe assez peu à l'histoire; mais du moment où il plaisait à MM. Louis Blanc, Lamartine et Michelet de le reproduire, peut-être auraient-ils dû rappeler en même temps qu'en 1817 la Biographie des hommes vivants, éditée par Michaud, ayant fait mention de ce bruit, tout en déclarant ne pas y croire, Julie Candeille, alors Mme Simons, le réfuta, non sans succès, dans une brochure intitulée : Ré2wnse de Mme Simons-Can~ deille à un article de la Biographie, il juin 1817. « .Vaurais peine, dit-elle, à la page 4, j'aurais peine à me rappeler les traits de M. Vergniaud : je ne lui ai jamais x^^^^'lé. » Cette allirmation si précise, produite à une époque où vivaient encore un grand nombre de contemporains de Vergniaud, ne rencontra aucun démenti, M. Michaud rétracta soû article, et dans celui que publia quelques années plus tard la Biogi-aphie universelle (tome LX), il n'est plus fait allusion aux prétendues amours de l'orateur de la Gironde et de la belle et bonne Mlle Candeille. — Le lecteur trouvera de plus amples détails à ce sujet au tome II du beau livre de M. Charles Vatel sur Vergniaud. Nous saisissons avec empressement cette occasion de signaler les remarquables études consacrées par M, Vatel aux hommes de la Gironde : Vergniaud, 2 volumes in-8; Charlotte Corday et les Girondins, 3 volumes in-8; Dossier judiciaire de Charlotte de Corday ; — Dossier historique de Charlotte de Corday. Peu d'écrivains, parmi ceux qui se sont occupés de la Révolution française, ont mis un plus patient labeur au service d'une impartialité plus sereine.

la Révolution, au sujet des tentatives de rapprochement entre Danton et les Girondins. Il nous reste à remonter nous-méme aux sources et à établir, par rexamen et la discussion des documents contemporains, qu'il n'est pas \Tai que les Girondins aient repoussé les avances de Danton parce que sa main était tachée de sang, et qu'ils aient refusé une alliance, qui pour eux était le salut, alors qu'on leur demandait en échange une seule chose, de ne pas renouveler les souvenirs de Septembre.

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lû'en présence des dangers redoutables créés par la division des partis au sein de la Convention et l)ar la guerre ardente, acharnée qu'ils se livraient entre eux, quelques esprits plus sages ou plus modé- ]'és aient vu, dans un rapprochement entre les chefs des factions en lutte, une chance suprême de salut, l'unique moyen d'échapper à la catastrophe que tous \oyaient venir, rien de plus vraisemblable. Il y a pourtant ceci de remarquable qu'aucun document contemporain, aucun journal du temps, à notre conoaissance du moins, ne mentionne ces tentatives de réconciliation, un seul excepté. Ce témoignage isolé, et par cela même singulièrement précieux, parait avoir échappé jusqu'ici à l'attention des historiens. Aucun d'eux, en effet, ne cite ce passage du Journal deMarat, qui écrivait, quelques jours après le 10 mars 1793 :

« On ne parle aujourd'hui que de la réconciliation les deux partis qui divisent la Convention, comme du seul moyen de sauver la patrie. 11 est incontestable que, tant qu'elle sera déchirée par l'esprit de parti, elle sera dans l'impossibilité non seulement de sau-

ver l'État, mais de rien faire pour le bien public... Mais cette réconciliation, la veut-on de bonne foi, et le parti patriotique peut-il l'accepter en aveugle, en considérant qu'elle est proposée par le parti opposé dans un moment où il parait chargé de l'exécration publique dans la plupart des départements, et prêt à l'être dans tous les autres oîi les commissaires nationaux vont porter la lumière 1?» — Dans le numéro précédent, Marat avait signalé un fait très significatif. Il raconte que, le vendredi 15 mars, Guadet avait cherché à se concilier Danton par des flagorneries outrées ; la scène avait eu lieu en séance du comité de défense générale 2,

Il résulte donc du seul témoignage qui ait vu le jour au milieu même des événements, que les Girondins firent des avances à Danton, et Guadet, bien loin de jeter à la face de l'ancien ministre de la justice les souvenirs sanglants de Septembre, s'efforça de le gagner par les paroles les plus flatteuses. Le récit de Marat semble d'ailleurs confirmé par ce qui s'était passé, deux jours auparavant, à la Convention, où l'on avait vu un ami de Guadet, Boyer-Fonfrède, adresser à Danton un appel auquel celui-ci s'était empressé de répondre. C'était dans la séance du 13 mars ; Boyer- Fonfrède était à la tribune :

Je vous adjure, Danton, s'écria-t-il, au nom de la république, de déclarei* si vous ne venez pas de me dire que l'étranger avait un parti à Paris ; je vous adjure, Danton, au nom de la liberté, de déclarer si vous ne venez pas de me dire qu'en effet vous croyez que dimanche un mouvement contrerévolutionnaire avait été tenté. Je vous adjure, Danton, au nom du salut du peuple , de déclarer si vous ne venez pas de me dire qu'il fallait que la Convention prit une grande mesure, et que vous alliez la lui présenter vous-même.

Danton : Oui, je l'ai dit ; c'est vrai.

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