LA GIRONDE ET LA. GUERRE
Ce sont les Girondins qui ont pi'écipitéla France dans la guerre. Louis XVI ne la voulait pas; Robespierre, Marat, Camille Desmoulins y étaient opposés ; seuls, les chefs delà Gironde y ont poussé, et l'ont rendue inévitable. Motifs antipatriotiques qui portaient Brissot et ses amis à désirer la guerre. — Les Girondins ont inauguré le système de propagande révolutionnaire, d'appel à l'insurrection jeté à tous les peuples; ils ont déchaîné contre la France une coalition formidable, et ils n'ont paru sur aucun champ de bataille.
L'étude du projet de constitution élaboré par les Girondins nous les a montrés professant les doctrines les plus jacobines, poussant aussi loin que Robespierre le mépris de la vraie liberté, et, à la veille de disparaître, présentant à la France un plan de gouvernement, qui fut leur testament politique et qui restera comme un monument de folie démagogique, ne rachetant ses défauts et ses %'ices sans nombre que par une seule qualité : il était impraticable.
De même que la constitution montagnarde du 23 juin 1793, « cette œuvre absurde, informe, monstrueuse 1 » avait été précédée par la constitution girondine, non moins absurde, non moins informe et monstrueuse, de même, sur un autre terrain, dans
1. Histoire du gouvernement parlementaire, par M. Durgierde Hau»anne, t. !«', p. 292.
une question d'une importance également capitale, celle de la guerre, nous voyons encore les Girondins précéder les Montagnards, et, selon leur habituelle tactique, chercher à les gagner de vitesse i.
Précipiter la France dans une guerre contre l'Europe, en 1792, dans l'état où étaient alors les esprits, ce n'était pas seulement appeler sur notre pays des dangers extérieurs redoutables, c'était, à l'intérieur même, ouvrir la barrière à tous les excès, à tous les crimes. Il était évident, et nul n'a pu, à cette date de 1792, se faire illusion à cet égard, il était évident que la guerre au dehors aurait nécessairement son contre-coup au dedans ; qu'elle allait envenimer les haines, surexciter les passions ; que chaque revers aux frontières soulèverait dans nos villes des cris de vengeance et de mort ; que la populace affolée apercevrait partout des ennemis et des traîtres, et croirait obéir, au milieu des plus abominables massacres, à la voix de la patrie menacée.
Il est donc peu de responsabilités aussi terribles, dans l'histoire de la Révolution, que celle qui pèse sur les auteurs de la guerre déclarée le 20 avril 1792 ; guerre formidable, qui portait dans ses flancs les hécatombes des champs de batailles de la République et de l'Empire, les massacres de Septembre et leë échafauds de la Terreur. Or, les véritables, les seuls auteurs de cette guerre, ce sont les hoiiunes d'État de la Gironde. 11 ne saurait subsister le moindre doute sur ce point.
Et tout d'abord, il est certain que si les puissances étrangères ont quelquefois songé, en 1791 et 1792, à effrayer la France, elles n'ont jamais eu sérieusement l'intention de l'attaquer. Plusieurs d'entre elles avaient même vu, à l'origine, sans trop de déplaisir, une révolution qui avait pour effet d'affaiblir cette maison