Ibidem
La mesure de nos besoins, dit-il, doit être celle de notre fortune ; et si quarante écus sont suffisants pour conserver notre existence, posséder deux cent mille écus est un vol évident, une injustice. La propriété exclusive est un véritable délit dans la nature.
Le besoin est le seal titre de notre propriété. Il résulte de ces principes que, lorsqu'il est satisfait, l'homme n'est plus propriétaire.
Dans la société, la propriété s'étend au-delà des besoins naturels, parce que l'homme s'est créé une foule de besoins factices. Nos institutions punissent le vol, action vertueuse commandée par la nature même.
Citoyens dépravés, quels sont vos titres ? Vous avez acheté, payé, dites-vous, vos propriétés ? Malheureux ! qui avait droit de vous les vendre ? Elles ne sont ni à vous ni à vos vendeurs «,
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Au droit de voler il ajoute un autre droit, nou oins naturel à ses yeux, celui qui appartient à, l'homme de manger ses semblables :
Les hommes peuvent-ils se nourrir de leurs semblables ? Un seul mot résout cette question, et ce mot est dicté par la nature même. Les êtres ont le droit de se nourrir de toute manière propre à satisfaire leurs besoins. Si le mouton a le droit d'avaler des milliers d'insectes qui peuplent les herbes des prairies, si le loup peut dévorer le mouton, si l'homme a la faculté de se nourrir d'autres animaux, pourquoi le mouton, le loup et l'homme n'auraient-ils pas également le droit de faire servir leurs semblables à leur appétit ? Les anthropophages, qui ne sont point guidés par les institutions sociales ne font que suivre l'impulsion de la nature *.
Brissot ne s'en tient pas là : il développe sur d'autres points, d'une nature plus délicate, des thèses telles, et formulées en un tel langage, que l'historien, par respect pour ses lecteurs et pour lui-même, est obligé de les passer sous silence 3.
1. Recherches philosophiques sur le droit de propriété et sur le vol considéré dans la nature, par M. Brissot^e Warville. Chartres, 1780. In-i2.