‹ La légende des GirondinsChapitre 17 sur 274 · Bibliothèque philosophique et législative, t. VI, p · texte numérisé non relu

Bibliothèque philosophique et législative, t. VI, p

3. Ces théories étranges de Brissot furent l'objet d'un remar-

Si étranges qu'elles fussent, les théories de Brissot parvenaient à peine à le tirer de l'obscurité ; elles ne lui donnaient pas la fortune. Il court après elle en Suisse, en Hollande, en Angleterre ; il multiplie les livres, les brochures, les traductions ; il travaille au Courrier de l'Europe, qui se publie à Londres ; il fait avec un sieur Vingtain un commerce de libelles, et prête les mains notamment à la propagation d'un écrit infâme intitulé : le Diable dans un bénitier l. En 1783, il se fait remettre une somme de 13,335 livres pour fonder à Londres un lycée, à l'imitation de celui qui avait alors tant de succès à Paris : le lycée anglais reste sur le papier 2; mais les 13,000 li-

quable article publié, le 6 mars 1792, dans le vingt-quatrième supplément du Journal de Pa)-is. Cet article était anonyme, et les auteurs de VHistoire parlementaire de la Révolution^ MM. Bûchez et Roux, t. XIII, p. 433, l'attribuent au poète Roucher. C'est une erreur. L'article avait pour auteur l'abbé Morellet, qui l'a réimprimé, en 1818, dans le 3* volume de ses Mélanges de littérature et de philosoj^hie.

1. Brissot se défend, dans ses Mémoires, d'être l'auteur de ce libelle. Qu'il ait travaillé à le propager et qu'il ait été associé au commerce du sieur Vingtain, c'est ce qu'il n'est pas permis de mettre en doute après la lettre écrite par M. Vingtain à M. Brissot de Warville, d'Ostende, le 3 avril 1784. Cette lettre fut publiée par Morande, en 1791, parmi les pièces justificatives du supplément n» 21 de V Argus patriote, Brjssot répondit longuement à Morande, et prouva sans peine que ce dernier était un personnage méprisable; mais il n'essaya même pas de réfuter les preuves écrasantes pour lui que renfermait la lettre de Vingtain. — Voyez l'Histoire parlementaire de la Révolution, t. XII, page 10 et suivantes.

2. Nous avons sous les yeux le prospectus de Brissot, seize pages in-octavo, sous ce titre :

Lycée de Londres, ou Assemblée et Correspondance établies à Londres pour la réunion et la communication des gens de lettres de tous les pays, avec le Journal, ou Tableau périodique de Vétat actuel des sciences et arts en Angleterre; dirigé par

J.-P. Brissot de Warville.

vres ont disparu, et le prêteur accuse Brissot de les avoir employées pour ses besoins personnels ^. -En dépit de son talent, qui était réel ; de son énergie de travail, qui était énorme ; de son esprit d'intrigue, qui était prodigieux, Brissot se trouvait donc, à la veille de la révolution, sous le coup d'une de ces réputations équivoques qui ne permettent plus à un homme de prétendre à une situation honorable dans une société régulière. Il avait même dû prendre le parti de quitter la France, et en 1788, il était allé en Amérique avec le dessein de s'y fixer pour toujours 2. Mais, à la première nouvelle de la révolution, il comprend que l'heure de la revanche a sonné pour lui ; il revient à Paris et fait paraître, le 29 juillet 1789, le premier numéro du Patriote français. C'était un coup de niaitre que de faire ainsi de ce nom de patriote, alors si populaire, le synonyme de son propre nom ; coup de maitre surtout de la part d'un homme qui avait dans son passé des histoires à ce point compromettantes, que, dans les pamphlets, les journaux, les affiches, le mot vol et le verbe voler allaient être remplacés par le mot brissotement et par le verbe brissoter 3 ! Rendons d'ailleurs cette justice au rédac-

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