‹ La légende des GirondinsChapitre 160 sur 274 · Moniteur du 9 avril · texte numérisé non relu

Moniteur du 9 avril

Que la Convention ait organisé un gouvernement révoiutionnaii^e complet, avec tous ses organes, depuis le Comité de salut public, en haut, jusqu'aux comités de surveillance, en bas ; qu'elle ait multiplié les lois de sang et mis la liberté et la vie de tous les honnêtes gens à la merci des plus lâches dénonciateurs, et qu'elle ait fait ces choses avant le 31 wiai 1793, c'est-à-dire avant la chute des Girondins, le Bulletin des lois est là pour l'attester : c'est à lui seul que nous avons emprunté les traits du tableau qui précède. Dira-t-on que ces mesures liberticides, ces lois de proscription et de mort, sont, il est vrai, contemporaines de la Gironde, mais qu'elle y . est restée étrangère et qu'elle ne saurait, par suite, en porter la responsabilité ? Certains liistoriens n'ont pas reculé devant cette aOirmation ; ils sont même allés plus loin : ils ont représenté les Girondins s' opposant à ces lois, les combattant avec énergie, et prenant en main avec un courage héroïque la cause de la justice et la défense de la liberté. Nous sommes ici au cœur même de la légende : pour en démontrer la fausseté, il nous sufllra d'ouvrir le Moniteur, comme il nous a suth tout à l'heure d'ouvrir le Bulletin des lois.

Une considération domine tout le débat. Les lois dont nous venons de donner l'énumération ont été votées du 10 août 1792 au 31 mai 1793. Or, pendant toute cette période, les Girondins ont disposé de la majorité, à l'Assemblée législative et à la Convention. A l'Assemblée législative, la Montagne ne comptait guère qu'une vingtaine de membres, groupés sur l«3s hauts bancs de la salle, autour de Chabot, de Ba-

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sire et de Merlin i. Les membres du côté droit étaient beaucoup plus nombreux ; mais, au lendemain du 10 août, la plupart d'entre eux avaient dû renoncer à siéger 2, et les Girondins étaient restés maîtres absolus des délibérations du Corps législatif. A l'ouverture de la Convention, la majorité leur appartient également, ainsi que le prouve la constitution du bureau dans la séance du 20 septembr-e, avec Petion pour président, et pour secrétaires Brissot, Vergniaud, Condorcet, Lasource, Camus et Rabaut-Saint- Ëtienne. Ils la conservèrent jusqu'au 31 mai, comme le démontrent les trois élections présidentielles qui précédèrent cette date ; le 18 avril, Lasource est nommé président ; le 2 mai, Boyer-Fonfrède ; le 16 mai, Isnard. Lors de ce dernier vote, le candidat de la Montagne ne put réunir que 132 suffrages 3. Comment, dès lors, la Gironde ne porterait-elle pas la responsabilité des lois décrétées par l'Assemblée législative, du 10 août au 20 septembre 1792 ; par la Convention, du 20 septembre 1792 au 30 mai 1793? Comment admettre que ces lois aient été votées sans elle ou malgré elle ?

Cette première observation suffît, si nous ne nous trompons, pour détruire sur ce point la légende. Mais il faut montrer, non seulement que ces lois n'ont pas été votées malgré les Girondins, mais que toutes, sans exception, ont été votées par eux, et que les plus importantes sont dues à leur initiative.

Ainsi en a-t-il été tout d'abord pour la création du Comité de salut public. L'idée de cette création appar-

1. Beaulieu, Essais historiques sur la révolution de France^ t. IV.

2. Mémoires du comte de Vaublanc, ch. xvni. — Mémoires de M. E.-A. Hua, avocat au parlement de Paris, dé- -puté à l'Assemblée législative ; publiés par son petit-flls E.-M. François Saint-Maur, p. 90.

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