Histoire de la Terreur, t. VII, p
Girondins 20
La Convention nalionale, considérant que le salut du peuple est la suprême loi, décrète que, sans avoir égard à l'inviolabilité d'un représentant de la nation française, elle décrétera d'accusation celui ou ceux de ses membres contre lesquels il y aura de fortes présomptions de complicité avec les ennemis de la liberté, de l'égalité et du gouvernement républicain, résul tant des dénonciations ou des preuves écrites, déposées au Comité de défense générale, chargé des rapports relatifs aux décrets d'accusation à lancer par la Convention.
En proposant et en votant ce décret, Birotteau et ses amis croyaient faire un coup de partie. Ils estimaient que la suppression du principe de l'inviolabilité était sans danger pour eux, puisqu'ils disposaient de la majorité, et ils se berçaient de l'espoir que cette mesure leur permettrait de se débarrasser de leurs adversaires de la Montagne, Combien ils étaient loin de se douter qu'avant d'atteindre Danton et Robespierre, le décret du 1" avril choisirait ses premières victimes sur les bancs de la Gironde I
A cette date du 1" avril, le tribunal criminel extraordinaire ne fonctionnait pas encore. Il a tenu sa première audience le 6 avril seulement. De quel côté se sont élevées les réclamations et les plaintes contre ces retards ? Qui a montré le plus de hâte à voir ce redoutable tribunal commencer ses séances, à voir se dresser l'échafaud? C'est encore la Gironde. « Et vous, mes collègues, s'écriait Lasource, dans cette même séance du l" avril, souvenez-vous que le sort de la liberté est entre vos mains ; souvenez-vous que le peuple veut la justice. Il a vu assez longtemps le Capitole et le trône; il veut voir maintenant la roche Tarpêienne et l'échafaud. Le tribunal que vous avez créé ne marche pas encore. Je demande qu'il rende compte tous les trois jours des procès qu'il a jugés et de ceux qu'il a instruits ; de cette manière on saura s'il a fait justice i. »