Ibid., n
de son nom, — monte à la tribune et entretient ses collègues de la condamnation à mort que le tribunal vient de prononcer contre Catherine Clerc : « Dans ce moment-ci, dit-il, on prépare le supplice à une femme qui a tenu des propos anticiviques. Cette femme n'était pas à elle-même lorsqu'elle a tenu ce langage. On dit qu'elle était dans le vin. Je demande qu'il soit sursis à l'exécution du jugement ».
Isnard prend la parole après Mazuyer, mais il se garde bien de s'associer à la demande de sursis. « Le tribunal extraordinaire, dit-il, s'est conformé à la loi ; mais la loi n'est pas assez précise ; elle est trop générale sans doute. Un citoyen qui tiendra des propos contre-révolutionnaires, avec dessein et connaissance, devra être puni ; mais il n'est pas dans votre intention qu'une femme qui ne connaît pas les matières politiques... » Et comme on murmure, il reprend : «Je ne parle pas de cette femme ; car, lorsqu'une loi est portée, je veux qu'elle soit exécutée ; mais c'est de l'imperfection de la loi, dont je me plains... C'est la loi qui a besoin d'être réformée. Nous sommes tous d'accord que celui qui, malicieusement et à dessein, prononcerait des propos tendant au royalisme soit puni de mort... i »
La Convention passe à l'ordre du jour ; et dans cette même séance, quelques instants auparavant, cette même Assemblée avait accordé le sursis demandé par deux patriotes, condamnés à mort par le tribunal criminel du département de l'Orne pour avoir tué un prêtre réfractaire.
C'est le vendredi 19 avril, que la Convention accordait ainsi à des assassins une faveur qu'elle refusait à une pauvre cuisinière, coupable d'avoir trop parlé. La ^eille au soir, le jeudi 18, elle avait renouvelé son bureau et prouvé une fois de plus que la majorité et