Mémoires de Mme Roland, édition Dauban, p
3. Minute de l'appel nominal retrouvée par M. Mortimer- Ternaux. Histoire de la Terreur, t. VII, d. 304.
Rabaut-Saint-Étienne, frère de Rabaut-Pommier, n'a pas montré moins de faiblesse. Dès le matin, et pendant qu'il se rendait à l'Assemblée, ses collègues avaient été frappés de son abattement i. Comme rapporteur de la commission des Douze, il a pris la parole pour répondre à Danton, qui venait de demander que l'on mit aux voix, par appel nominal, la question de savoir si la commission serait révoquée. Les vociférations des tribunes achevèrent de porter le trouble dans son àme, et lorsque enfin on lui cria de conclure : « Eh bien ! dit-il, je conclus à ce qu'il n'y ait plus de commission des Douze, parce que je veux qu'il y ait un centre unique. Je demande que le Comité de salut public soit chargé de toutes les recherches et qu'il soit investi de toute votre confiance ^. » C'était abandonner le poste dont la garde lui avait été remise ; c'était jeter les armes sur le champ de bataille.
Mais c'est à Vergniaud, surtout, qu'il était réservé de tenir une conduite vraiment inexplicable. Valazé, à qui son attitude dans la journée du 31 mai doit faire pardonner quelques-unes de ses défaillances, venait de réclamer la lecture du rapport préparé par la commission des Douze. « Je demande, avait-il dit, que cette commission tant calomniée, et dont l'utilité est bien évidente, puisqu'elle a été créée pour rechercher des complots qui se décèlent d'une manière si hideuse, soit appelée pour rendre compte des renseignements qu'elle a recueillis. » La motion de Valazé est combattue par Thuriot, un des membres les plus exaltés de la Montagne, et par Vergniaud. « La Convention, dit Vergniaud, ne doit pas entendre le rapport de la commission, parce que ce rapport heurterait nécessairement les passions, ce qu'il faut éviter dans un jour de fermentation 3, »