‹ La légende des GirondinsChapitre 188 sur 274 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

nonce comme ennemis de la patrie les Brissot, les Vergniaud, les Gensonné et leurs amis ; l'Assemblée a été envahie par les pétitionnaires et par les sansculottes qu'ils traînent à leur suite. Le moment est arrivé pour les Girondins de périr à leurs bancs, de racheter par leur mort les faiblesses de leur vie... On les cherche en vain à leurs bancs, soudain devenus vides, et d'où l'émeute n'a même pas eu la peine de les chasser.

Quelques-uns pourtant sont restés, et parmi eux Ducos, l'un des secrétaires. Quand le président a mis aux voix la suppression de la commission des Douze, Ducos s'est levé avec affectation, votant avec la Montagne, qui ne pouvait croire à une si indigne lâcheté i.

Louvet raconte dans ses Mémoires, que Rabaut Saint-Etienne ne cessait de répéter, en se dirigeant vers les Tuileries, le njatin du 31 mai : Illa suprema dies ! L'histoire dira que dans cette Jommée suprême, Guadet et un petit nombre de ses collègues exceptés, tout a fait défaut à la Gironde, tout, même le courage.

Un écrivain que nous citons d'autant plus volontiers que le point de vue auquel il est placé est différent du nôtre, M. Charles Vatel a publié en 1879, deux volumes de Recherches histonques sur Vergniaud. Plusieurs pages de cet ouvrage 2 sont consacrées à examiner et à justifier la conduite de l'orateur de la Gironde dans la séance du 31 mai. Si savant et si

i. Pnihomme, Histoire des révolutions de France^ L V, p. 59. ,

j 2. Vergniaud, manuscrits , lettres et papiers, pièces pour g la plupart inédites, classées et annotées, par C Vatel, t, II, f p. 158 i 170.

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habile que soit le plaidoyer, il ne nous a point convaincu. Et d'abord, M. Vatel ne parle pas de la singulière attitude de Vergniaud faisant écarter la motion de Valazô, relative à la lecture du rapport de la commission des Douze. Il n'a qu'une ligne sur la proposition de Vergniaud, faisant voter l'impression et l'envoi aux départements de l'adresse ultra-démagogique des sections. « Plus tard, dit M. Vatel, lorsque l'horizon s'assombrit de nouveau, il demande avec insistance l'évacuation des tribunes, l'envoi aux départetements d'une adresse tendant à la mise en jugement des vingt-deux. » Et c'est tout. Pas un mot d'explication sur cette démarche que M. Louis Blanc (t. VIII, p. 377) déclare à juste titre inconcevaUe. — En revanche, M. Vatel s'étend longuement sur la motion de Vergniaud, déclarant que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie. Il y voit un coup de politique habile et se refuse à y reconnaître un acte de faiblesse ; mais voici que, dans la page même où il formule ce jugement, il écrit les lignes suivantes :

Lorsque Vergniaud provoqua une déclaration honorable pour les sections, aucune accusation contre les vingt-deux ne s'était produite, aucune pétition injurieuse pour eux n'avait été portée à la barre de la Convention. S'il avait proposé de répondre à des gens qui demandaient la tète de ses collègues et la sienne, en leur décernant un éloge, si banal qu'il fût, il aurait comntiis une bassesse *.

Ces paroles sont la condamnation de Vergniaud. M. Vatel établit très bien, en effet, que la proposition du député de la Gironde intervint dans la soirée, sur les cinq heures environ 2. Or, à ce moment, pouvaitil ignorer ce qui s'était passé le matin à l'Hôtel de ville, dans la séance du Conseil général de la Com-

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