‹ La légende des GirondinsChapitre 189 sur 274 · T. II, p · texte numérisé non relu

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mune, tenue publiquement devant des tribunes regorgeant de spectateurs ? Pouvait-il ignorer que les commissaires de la majoiité des sections, ayant à leur tète Dobsent, pi-ésideat de la section de la Cité, avaient cassé, puis réintégré le maire, le procureur de la Commune et tous les membres composant la municipalité, après avoir déposé sur le bureau les pouvoirs qu'ils disaient tenir du peuple souverain; que vérification avait été faite de ces pouvoirs, et qu'il était résulté de leur dépouillement que trente-trois sections acaient donné à leurs commissaires des pouvoirs illimités pour sauver la chose publique i ? Pouvait-il ignorer que le comité révolutionnaire, créé par les commissaires de la majorité des sections, avait, dès le matin, à la première heure, lancé des mandats d'arrêt contre les deux ministres les plus connus pour leur attachement à la Gironde, contre Lebrun et Glavière, et qu'il avait envoyé une escouade de cent hommes au siège du pouvoir exécutif et dans les deux ministères des affaires étrangères et des finances? Pouvait-il ignorer ce qui s'était passé, à neuf heures du matin, à quelques pas de la salle de la Convention, aux Jacobins, où des commissaires des quarante-huit sections, réunis à ceux des autorités constituées du département, avaient formé un comité révolutionnaire de onze membres, chargé de prendre toutes les mesures de salut public qu'il Jugerait nécessaires ? Et si l'on veut qu'il ait ignoré ces choses — encore bien que pareille supposition soit évidemment inadmissible — ne suflit-il pas de rouvrir le procès-verbal même de la séance de la Convention, pour voir que Vergniaud avait nécessairement, comme ôous ses Collègues, une pleine connaissance du rôle insurrectionnel joué par les sections ? Au début de la séance. Garât, ministre de l'intérieur, annonce qu'il

i. Procès-verbal de la Commune, séance du 30 et du 31 mai.

existe une grande agitation dans Paris ; que la cause de ces troubles est la réintégration de la commission extraordinaire des Douze; et il ajoute : « Une assemblée composée de coininUsaires de sections, d'électeurs du 10 août, etc., s'est tenue cette nuit à l'Evêché, et paraît avoir donné l'impulsion à ce mouvement. » A Garât succèdent les membres du Département de Paris. Le procureur général syndic déclare que le mouvement extraordinaire qui se manifeste dans la capitale, doit être considéré comme \mQ insurrection morale, ayant pour objet la répœ-ation des calomnies répandues contre elle. Il termine en disant que toutes les autorités constituées du département de Paris viendront ce jour même à la barre detnander justice de Voutrage fait à la ville de Paris. C'était dire assez clairement que l'insurrection était dirigée contre les députés de la Gironde. Le maire de Paris paraît ensuite à la barre. « J'ai, dit-il, rendu compte ce matin au Comité de salut public de la situation de Paris ; de retour au Conseil général, j'y ai trouvé les commissaires de la majorité des sections de Paris, qui nous ont déclaré être chargés de suspendre la municipalité. Le Conseil, ayant vérifié les pouvoirs des commissaires et les ayant trouvés en règle, a quitté la séance. Un instant après, les commissaires nous ayant fait venir, nous ont déclaré qu'attendu que nous n'avions pas perdu la confiance de nos concitoyens, ils nous réintégraient provisoirement dans nos fonctions. Nous avons accepté avec reconnaissance. » Cependant, la journée s'avance ; de une heure à trois heures, le canon d'alarme retentit, en violation de la loi, par ordre d'Hanriot et du Conseil général révolutionnaire, qui lui-même obéit aux commissaires des sections. Une députation de ce Conseil général révolutionnaire est introduite. Le président demande aux pétitionnaires s'ils ont été nommés par les comités révolutionnaires et s'ils sont les mêmes qui ont cassé

et réintégré le Conseil de la Commune. Us répondent qu'ils ont été nommés par les assemblées générales des sections, et qu'ils représentent directement le peuple; puis ils donnent lecture de leur adresse : « Un grand complot \: ientd' éclater coniveldiUhevié et l'égalité; les commissaires des quarante-huit sections ont découvert les fils de ce complot ; ils en feront arrêter les auteurs et les mettront sou^ le glaive de la loi. Le peuple qui s'est levé le 14 juillet pour commencer la révolution, qui s'est levé le 10 août pour renverser le tyran de son trône, se lève une troisième fois pour arrêter les complots liberticides des contre-récolutionnaires. »

M. Yatel trouve-t-il donc que cette pétition était inoffensive? Qu'elle n'était ni injurieuse ni menaçante pour Vergniaud et ses amis ? Eh quoi ! les délégués, non d'une section isolée, mais les délégués du Conseil général révolutionnaire et du Comité central d'insurrection séant à l'Hôtel de ville, annoncent qu'un grand complot vient d'être découvert, que ses auteurs vont être mis sous le glaive de la loi, et que le peuple — le peuple du 14 juillet et du 10 août — est debout pour faire une révolution nouvelle et renverser les contre-révolutionnaires ! Et il n'y a rien là, suivant l'honorable avocat de la Gironde, qui soit à l'adresse des vingt-deux et des membres de la commission des Douze ! Rien qui puisse et qui doive émouvoir Vergniaud et ses collègues ! Guadet, heureusement pour sa mémoire, Guadet en jugea autrement. Il s'éleva avec vigueur contre les pétitionnaires, contre les commissaires des sections — c'est ainsi qu'il les appelle. « J'ai lieu, dit-il, de m'étonner que les sections de Paris nomment des commissaires pour aviser aux moyens de sauver Paris... Elles n'ont pas le droit de nommer des commissaires pour prendre des mesures générales de sûreté publique... » Il déclare que, « d'après les pouvoirs déposés

sur le bureau par les pétitionnaires, ce sont des àé- ^wié^ àe vingt-six sections seulement... » Vingt-six sections, c'était, dans tous les cas, la majorité des sections de Paris. Il ajoute que c'est une insun-ection véritable que les commissaires des sections ont organisée, et qu'elle est dirigée contre la commission des Douze !...

Et c'est après ce discours de Guadet, après la pétition des délégués du Conseil général révolutionnaire, ou plutôt, ainsi que Guadet vient de l'établir, des délégués de la majorité des sections, pétition qui déclare que le peuple est levé pour renverser les conspirateurs, c'est-à-dire les vingt-deux et les membres de la commission des Douze, et pour les envoyer sous le glaive de la loi, — c'est à ce moment, quand vibrent encore dans l'air le bruit du tocsin et le son du canon d'alarme, quand près de quarante mille hommes cernent l'Assemblée, c'est à ce moment que Vergniaud se lève, et devant ses amis frappés de stupeur, devant ses ennemis saisis de sui'prise et de joie, demande à la Convention de décréter que les sections de Paris ont hien 'mérité de la patrie !

Reprenant maintenant le texte de M. Vatel, que nous citions tout à l'heure, ne sommes-nous pas contraint d'écrire à notre tour : Lorsque Vergniaud provoqua une déclaration hono.able pour les sections, une accusation de complot s'était pt-oduite contre les vingt-deux, une pétition injurieuse pour eux avait été portée à la barre de la Convention. Il a proposé de répondre à des gens qui demandaient la tète de ses collègues et la sienne, en leur décernant des éloges : il a commis une

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