BASSESSE
LA LÉGENDE DES GffiONDINS 335
La journée du l^' juin fut relativement calme. Les ateliers étaient rouverts; chacun avait repris ses ctccupations ; l'orage de la veille semblait fini i. A la Convention, un projet d'adresse aux Français, présenté par Barère et relatif aux événements du 31 mai, était adopté presque sans opposition, et l'Assemblée s'occupait ensuite de changer les noms féodaux de plusieurs communes.
Tandis que les députés girondins vaquaient à cette iuoftensive besogne, les membres du Co/iseil général I écolationaaire et ceux du Comité révolutionnaire créé par le peuple du département de Paris disposaient tout pour transformer en une victoire complète le demi-succès du 31 mai. Grâce à la vigueur et à r habileté des mesures prises par les adversaires de la Gironde, la journée du 2 juin se termina par l'adoption d'un décret, aux termes duquel la Convention ordonnait la mise en état d'arrestation de vingt-neuf de ses membres : Gensonné, Guadet, Brissot, Gorsas, Petion, Vergniaud, Salle, Barbaroux, Chambon, Buzot, Birotteau, Lidon, Rabaut-Saint-Etienne, Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve, Lehardy, Lesage (d'Eur<d-et-Loir), Louvet (du Loiret), Valazé, Kervélégau, Gardien, Boileau, Bertrand-Lahodisnière, Viger, Mollevaut, Henri Larivière, Gomaire, Bergoeing ; — et de deux ministres, Clavière, ministre des contributions publiques, et Lebrun, ministre des affaires étrangères.
1. Chronique de Paris, n» 154. — Le Patriote français, nr du 2 juin 1793. — Adolphe Schmidt, Tableaux delà révolution française, publiés sur les papiers inédits du départe nent delà police secrète de Paris, t. !•', p. 374.
Sans entrer dans le détail des événements qui marquèrent cette journée, il nous faut voir si les Girondins ont racheté par leur énergie, le 2 juin, la faiblesse dont ils avaient fait preuve le 31 mai.
Le matin du 2 juin, les principaux d'entre eux, au nombre de vingt environ l, étaient réunis, rue des Moulins, chez leur collègue Meillan, député des Basses-Pyrénées. La plupart y avaient passé la nuit, étendus sur des chaises 2. n y avait là Brissot, Yergniaud, Gensonné, Guadet, Buzot, Petion, Salle. Grangeneuve, Barbaroux, etc. 3, Au lieu d'aller à la Convention, ils résolurent d'attendre, afin de prendre un parti, suivant la tournure des événements. C'était, comme au 31 mai, déserter le champ de bataille à l'heure décisive ; c'était se vouer, par excès de prudence, à une défaite certaine. Barbai-oux fut le seul qui comprit ce qu'une pareille conduite avait de honteux. Malgré les efforts que l'on fit pour le retenir, il alla à son poste, à son devoir 4. Meillan se rendit aussi à l'Assemblée, promettant à ses collègues de leur envoyer des nouvelles d'heure en heure 5, Vergniaud l'accompagnait ; mais, à la différence de Barbaroux qui resta jusqu'au bout, il ne tarda pas à quitter la salle, sans avoir rien tenté pour sauver ses amis. Il était présent quand Lanjuinais demanda que les autorités révolutionnaires fussent cassées ; il ne se joignit point à lui, ne prononça pas une parole, si bien que, lorsqu'il se retira, — il était à ce moment une heure de l'après-midi ^,