‹ La légende des GirondinsChapitre 200 sur 274 · Mémoires de Mme Roland, p. 267. I · texte numérisé non relu

Mémoires de Mme Roland, p. 267. I

LA LÉGENDE DES GIRONDINS 35i

core cette question délicate ; mais quand nous l'aurions décidée affirmativement, devrait-on nous regarder comme des citoyens malveillants f II faudrait en même temps faire le procès à CondiUac, à Helvétius et à Rousseau. Plus le lien social s'étend, dit ce dernier, plus il se relâche. Aux questions de Chabot, nous voudrions qu'on substituât celles-ci de l'auteur immortel du livre de l'Esprit :

« Si l'on doit limiter la grandeur des villes ?... Si, par une ligue fédérative. plus parfaite que celle des Grecs, un certain nombre de républiques ne se mettaient pas à l'abri et de l'invasion de l'ennemi, et de la tyrannie d'un citoyen ambitieux? — Si, dans la supposition où l'on partageât en républiques un pays grand comme la France, où l'on assignât à chacun des Etats un territoire à peu près égal ; où c« territoire fût circonscrit et fixé par des bornes immuables ; où sa possession enfin fût garantie par les autres républiques ; est-il à présumer ([u'une de ces républiques put asservir les autres, c'està-dire qu'un seul homme se battît avec avantage contre huit cent trente-deux * ? »

A la même époque, Gorsas insérait, sous le titre de Correspondance étrangère, des lettres de Londres, dont on l'accusa d'être l'auteur, ce dont il se défendit assez mal, et dans lesquelles son correspondant, présenté comme un patriote modèle, un ennemi de tous les trônes et de toutes les superstitions, conseillait aux Français de s'organiser un bon gouvertiement fédératif 2.

Si, dès les premiers temps de la Convention, Buzot, Gorsas, Rebecqui, Brissot, Mme Roland et les députés qui subissaient son influence, étaient portés à donner la préférence au gouvernement fédératif sur le gouvernement unitaire, les événements qui suivirent ne purent que les confirmer dans leur opinion. Violemment attaqués par le peuple de Paris, par la Commune et par les sections, soutenus au contraire avec

1. Le Courrier des départements, par A.-J. Gorsas, député à la Convention nationale, t. XVI, p. 165.

2. Histoire parlementaire de la liévoliition française^ par Bûchez et Roux, t. XX, p. 48.

chaleur par un certain nombre de départements, ils se rattachèrent de plus en plus à un système qui détruisait l'influence de Paris, au profit de celle des départements. Le^ Mémoires deBuzot en fournissent la preuve en maint endroit.

Le reproche qu'on nous fait d'être fédéralistes, dit-il, doit bien étonner les Américains, dont nos adversaires mêmes recherchent en ce moment l'utile alliance. Le fédéralisme estil donc un monstre qui doive révolter ? Est-ce donc un crime que de chérir un gouverneinent sous lequel l'Amérique vit heureuse et libre ? Pauvres gens, ils ne savent pas ce que c'est, et vont toujours leur train, comme s'ils en savaient quelque chose ! Le fédéralisme est peut-être, pour les vastes pays où l'on veut réunir les avantages d'une liberté bien ordonnée dans l'intérieur, avec ceux d'une réunion puissante de toutes les forces de l'Etat à l'extérieur, le mode de gouvernement républicain qui convient le mieux à un grand peuple : c'est l'opinion de Montesquieu et de J. J. Rousseau, qui mérite bien assurément d'être discutée; et quand onn'aurait, pour la soutenir avec force auprès d'une nation sage et éclairée, que l'exemple des Elats-Unis de l'Amérique, cela ne suffirait-il pas pour lui obtenir la plus respectueuse attention * ?

Buzot dit encore, dans un autre passage de ses Méynoires :

Je ne cherche point à voiler mes opinions. La république en France n'était possible, en supposant les qualités morales qui y manquaient, que sous des formes à peu près semblables à celles du gouvernement américain *.

Buzot ajoute, il est vrai ; « Quelle que fût mon opinion, je n'étais pas condamnable pour elle... Jamais nos actions, nos discours n'ont annoncé des projets de naturaliser en France le gouvernement de l'Amérique. » Il n'en reste pas moins qu'il était animé de convictions fédéralistes ardentes et profondes.

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