‹ La légende des GirondinsChapitre 201 sur 274 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

Le général Wimpfen, qui a commandé àCaen les forces départementales chargées de marcher sur Paris, et qui a vu de près dans le Calvados les députés de la Gironde, a remis sur eux à M. de Toulongeon, pour son Histoire de la France depuis la Récolutioa de 1189 1, une note à coup sûr peu bienveillante, mais qui ne laisse pas pourtant d'avoir la valeur d'un témoignage de première main. On y lit ce qui suit : « Louvet, Barbaroux, Guadet, eussent transigé, si on eût voulu leur céder la partie de la France (méridionale), de l'autre côté de la Loire, pour en faire une république à leur mode. Ils comptaient beaucoup sur les petites puissances de l'Italie avec lesquelles ils feraient des traités oflensifs et défensifs (ce qui prouve combien ces messieurs étaient hommes d'État). »

Un membre de la Convention, Paganel, dans un livre que nous avons déjà eu l'occasion de citer et où il se montre favorable aux députés de la Gironde, s'exprime ainsi, au sujet de leurs projets de fédéralisme :

On reprocha aux Girondins, comme crime de lèse-nation, d'avoir voulu constituer la France en république fédérative. Ce reproche est appuyé sur des faits et des aveux bien constants... Des hommes qui ont pu bien connaître les chefs du parti de la Gironde pensent que l'intérêt de quelques grandes cités leur avait suggéré cette pensée, et qu'ils s'y attachèrent avec une sorte de fanatisme, à mesure qu'ils reconnurent la nécessité de briser le sceptre de l'autorité municipale de Paris, si pesant, si honteux pour toutes les autres communes... Il est vrai qu'avant même la convocation de l'Assemblée législative, quelques hommes avaient conçu et tracé le plan d'une grande république fédérale... Ce système, qui ne semblait aux hommes sages qu'une conception philosophique, souleva de nombreuses contradictions, mê ne parmi les Girondins. Tous les bons esprits en général s'accordaient sur l'i-

\ 1. Publiée de 1801 à 1810, en 4 volumes in-4 ou 8 volumes

Un-8.

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nopportunité des circonstances... L'ambition des chefs résistait néanmoins aux bons conseils. Elle fut plus secrète, mais non moins ardente.. . Le fédéralisme était donc la pensée d'un petit nombre d'initiés. On le présenta comme le système et le but d'une faction '.

La vérité sur ce point délicat de l'histoire de la Révolution nous semble avoir été résumée avec exactitude dans un livre récemment publié, les Conventionnels d'Auvergne, par M. Marcellin Boudet ; et pour notre part, nous nous associons pleinement à ce jugement de l'honorable écrivain :

Il ne paraît pas que les Girondins aient jamais rien arrêté de définitif au sujet de la scission du territoire en États fédératifs. Ce serait toutefois pécher par l'excès contraire que de croire que le fédéralisme ait été un pur fantôme créé par les imaginations effarées. S'il n'a pas été transformé en plan définitif, si de la théorie il n'est pas passé dans les faits, c'est que d'abord les Girondins, comme les républicains d'aujourd'hui, étaient divisés sur ce point, et qu'ensuite le temps leur a fait défaut *.

Si les Girondins étaient divisés sur la question du fédéralisme, ils ne l'étaient pas, — ceux du moins qui avaient quitté Paris à la suite du 2 juin, — sur la nécessité de provoquer le soulèvement des départements contre la capitale.

« Si j'ai vu avec plaisir, écrit Buzot, le mouve- 'inent sublimeàes départements au mois de juin dernier, c'est que tous ils se portaient au centre, tous ils marchaient vers Paris pour briser les fers de la Convention, emprisonnée dans ses murs 3. » « L'es-

1. Essai historique et critique de la révolution française, t. II, p. 337, 348.

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