‹ La légende des GirondinsChapitre 204 sur 274 · Archives municipales de la ville de Caen · texte numérisé non relu

Archives municipales de la ville de Caen

res, le compte rendu qu'ils firent dans chacune des cinq sections achevèrent d'enflammer les esprits, et ce fut par un vote formel et unanime que, ce même jour 7 juin, l'insurrection fut décidée 1.

On organisa sur-le-champ l'assemblée chargée de la diriger. La chose se lit d'ailleurs sans dilïiculté et comme d'elle-même, par la réunion des trois autorités administratives du département, du district et de la commune, auxquelles on adjoignit quelques délégués des sections. Le général Wimpfen, commandant de la place de Cherbourg, se trouvait alors dans le Calvados. Originaire de Bayeux, ancien député de la noblesse du bailliage de Caen,il était lié d'amitié avec M. Chatry de Lafosse, président du tribunal de commerce et membre de l'assemblée d'insurrection 2. Sur la proposition de M. Chatry le général fut appelé au commandement des forces insurrectionnelles : il accepta.

It

1. Souvenirs de Vinsurrection normande, dite du fédéralisme en 1793, par M. Frédéric Vaultier, ancien doyen de la Faculté des lettres de Caen; publiés pour la première fois, avec notes et pièces justificatives, par M. Georges ManceL Caen, iS58. — La publication de M. Mancel mérite l'une des premières places parmi les monographies locales qui se multiplient depuis quelques années en province, et qui montrent enfin la révolution telle qu'elle a été. C'est là en effet qu'il faut la voir, non plus drapée comme à la Constituante ou à la Convention dans des phrases de rhéteur, mais dépouillée de tous ses oripeaux, mais prise sur le vif et mise à nu, dans sa brutale et hideuse réalité. M. Taine est le premier qui ait compris que, pour tracer le tableau de la révolution, il ne fallait pas se renfermer dans Paris, comme l'avaient fait avant lui tous les historiens, et qu'il fallait peindre avec un soin égal, les faits dont les départements ont été le théâtre. Par cette vue originale, et par la rare vigueur avec laquelle il l'a réalisée, l'auteur des Omgiyies de la France contemporaine a véritablement renouvelé l'histoire de la révolution.

2. M. Chatry de Lafosse devint plus tard u.embre du conseil des Anciens, et, sous l'Empire, membre du Corps législatif.

Les choses en étaient là, quand, le dimanche 9 juin, l'insurrection étant décidée et organisée, arrivèrent à Caen deux des députés de la Gironde : Henri Larivière et Gorsas. Après eux vinrent successivement : le 12 juin, Buzot, Salle et Lesage ; le 15, Barbaroux, Bergoeing, Duval et Lahaye ; le 18, Cussy ; le 26, Guadet et Louvet; le 28, Petion; le 2 juillet, Kervélégan ; le 4, MoUevaut ; le 10, Duchatel i .

On le voit, l'insurrection normande n'avait point attendu les députés de la Gironde pour naître et pour s'organiser. « L'insurrection, dit l'auteur des Souve- 7iif -s du fédéralisme, M. Frédéric Vaultier, qui avait joué dans ces événements, malgré sa jeunesse, un rôle important et honorable, l'insurrection était proclamée et organisée plusieurs jours avant l'arrivée des députés ; elle fut l'œuvre de la population et de ses administrations réunies, et il n'y a évidemment point d'autres auteurs à lui attribuer 2. » Les députés, une fois arrivés, ont-ils du moins exercé une haute influence sur le mouvement insurrectionnel ? L'ont-ils soutenu, dirigé? Se sont-ils jetés dans les rangs de ces volontaires qui se dévouaient pour eux et qui, pour eux, jouaient leurs têtes? Les faits vont répondre.

1. Souvenirs de Vinsurrection normande, ^os M. Vaultier, page 298. — Meillan dit dans ses Mémoires, qu'il se rendit à Caen vers la fin de juin ; mais il ne paraît pas qu'il ait jamais assisté aux séances de l'assemblée d'insurrection. Lanjuinais, arrivé à Caen le 30 juin, ne s'y arrêta que quelques heures pour se reposer des fatigues de la route {Notice Idstorique, par M. Victor Lanjuinais, p. 39). Si Lanjuinais se refusait ainsi à prendre part aux ell'orts de ses collègues, ce n'était assurément pas par crainte du danger ; c'était parce qu'il n'était point des leurs et ne voulait pas marcher avec eux, au lendemain surtout de ces journées du 31 mai et du 2 juin où ils lui avaient fourni une nouvelle preuve de leur incurable faiblesse.

Page 1