‹ La légende des GirondinsChapitre 206 sur 274 · Souvenirs de l'insurrection normande, p · texte numérisé non relu

Souvenirs de l'insurrection normande, p

Pendant qu'à Paris leurs adversaires, tout à l'action, ne négligent rien pour compléter leur victoire, les députés réfugiés à Caen se réunissent tous les jours à heure fixe, dans l'hôtel de l'Intendance, que la ville a mis à leur disposition. Ils lisent les papiers publics et discutent entre eux, comme s'ils étaient encore à la Convention nationale. « Afin, écrit Petion dans ses Mémoires i, de mettre de l'ordre dans les discussions, d'empêcher les interruptions et le bavardage, on nomma un président et deux secrétaires. Je fus choisi pour président ; Barbaroux et Lesage furent nommés secrétaires. » — Marat et Robespierre régnent à Paris; les départements se lèvent pour marcher contre la capitale ; si l'hôtel de l'Intendance offre à Petion et à ses amis une retraite paisible et des ombrages frais, non loin d'eux se répandent les premières étincelles de la guerre civile : Proximus ar-det Ucalegon... N'importe : les députés de la Gironde s'amusent à jouer au jeu du parlement. Ils se consolent de ne plus être aux Tuileries, dans la salle des séances, en s'efforçant d'en reproduire l'image. Eux aussi, comme les proscrits d'Illion, ils essayent de se donner l'illusion de la patrie perdue, ils bâtissent une petite Convention, image de la grande :

Et parvam Trojam simulataque magnis Pergama...,

Ils donnent à un ruisseau tari le nom glorieux de Xante ; ils montent à une fausse tribune, ils s'assoient au bord d'un faux Simoïs, falsi Svmoentîs ad undmn. Au sortir de ces pseudo-séances, après avoir foudroyé, — de loin, — dans d'éloquents discours, Robespierre et Danton, Barère et Marat, ils prennent la plume, ils entassent brochures sur brochures, comptes ren-

dus sur comptes rendus. Ils disent du mal de leurs adversaires, et surtout ils disent du bien de leurs propres personnes, célébrant leur vertu, leur perspicacité, leur énergie i. Que font-ils encore? Sous les grands arbres de l'hôtel de l'Intendance, dans les salons de l'hôtel d'Harcourt, ils tiennent sous le charme de leur conversation les jeunes gens et les jeunes femmes. Barbaroux récite son ode à Franklin sur V Électricité, ou son épitre à Zélis sur VInconstance :

Zélis, on se lasse de tout.

Et il oublie Robespierre, Saint-Just, Danton et Marat lui-même, pour peu que ses auditeurs applaudissent à la dernière stance, à la peinture de ces deux papillons qui, dans leurs ébats, efteuillent la rose dépositaire de ses serments d'amour, la feuille éphémère sur laquelle il a écrit ces mots : Zélis je Vaimerai toujours :

Et dans leurs ébats ingénus Les fripons efteuillent la rose, Et mes serments sont disparus * I

Hélas ! Zélis était logée avec Barbaroux dans l'hôtel de l'Intendance, presque en face de la maison habitée par Charlotte Corday. « Une femme, dit Petion dans ses Mémoires, accompagnait Barbaroux ; elle nous compromettait et donnait lieu à des propos désagréables 3. > — « Je ne me rappelle pas, écritdeson côté Barbaroux lui-même, quel concours de circonstances me mit en relation, dans le temps où j'avais

1. Voy. dans les Souvenirs de V insurrection normande, par M. Vaultier, la liste des nombreux écrits publiés par les Girondins pendant leur séjour à Caen.

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