Souvenirs, par M. Vaultier, p
3. Fragment inédit des Mémoires de Petion, cité par M. Vatel, Charlotte de Corday et les Girondins, t. III, p. 471,
le plus à gémir sur les progrès de l'anarchie, avec trois femmes; je ne les nommerai pas, mais je les désignerai sous trois noms : Anna, Julia et Zélia i. » Le vertueux Petion nous donne sur Zélia les renseignements qui suivent : « Zélia est une ci-devant marquise, mais républicaine; elle demeurait dans un hôtel où nous occupions une chambre, Buzot, Louvet et moi. Souvent, pour charmer nos peines, Louvet nous racontait quelques anecdotes aussi jolies que son Faublas 2. »
Nous savons maintenant comment les députés de la Gironde charmaient leurs peines et occupaient leurs loisirs, et nous ne nous étonnerons pas qu'avec de pareils chefs l'insurrection normande ait eu la fin que l'on sait. Le 13 juillet, une rencontre eut lieu aux portes de Vernon. Elle se termina par la déroute des fédéralistes. Cette bataille pour rire reçut le nom de bataille sans lannes, et jamais nom ne fut mieux mérité. Du côté des Montagnards, un patriote fut légèrement contusionné ; du côté des Girondins, pas un homme ne fut tué ou blessé 3.
« A la nouvelle de cet échec, dit Petion, nous nous réunîmes, et notre premier sentiment, comme notre première pensée, fut d'aller réchauffer le zèle et le courage des bataillons par notre présence, de nous mettre nous-mêmes dans les rangs, d'exciter par notre exemple plus encore que par nos conseils, et de combattre en soldats pour la cause de la liberté. Cette idée était faite pour nous séduire ; elle avait de la grandeur ; elle semblait attirer sur nous cette espèce de considération que donne toujours le courage. Nous
1. Fragment inédit des Mémoires de Barbaroux, cité par M. Vatel, t. III, p. 478.