Histoire de Robespierre, par Ernest Hamel, t. I, p
Sur les quarante-trois députés renvoyés par le décret du 3 octobre devant le tribunal révolutionnaire, il n'y en avait que quinze sous les verrous au moment où le décret fut rendu : Philippe-Egalité, arrêté depuis le 6 avril ; Brissot, Vergniaud, Gensonné, Lasource, Carra, Duperret, Gardien, Duprat, Siliery, Fauchet, Mainvielle, Du friche- Valazé, Antiboul et Lehardy.
Ducos, Boyer-Fonfrède, Boilleau, Lacaze et Yiger furent arrêt >s à la suite de la séance du 3 octobre.
Lesterpt-Beauvais ne fut arrêté que le 12.
Duchatel, arrêté à Bordeaux le 4, fut conduit à Paris, où il arriva le 10. Le nombre des Girondins détenus se trouva ainsi porté à vingt et un.
Aucune autre arrestation n'ayant eu lieu jusqu'au 24, jour où commença le procès de Brissot et de ses complices, il n'y avait ce jour-là que vingt et un accusés à la barre du tribunal, encore bien que ce procès soit désigné, dans tous les documents du temps et dans la plupart des historiens de la Révolution, sous le nom de Procès des ciii'jt-deH.c.
Le procès des Girondins est encadré entre deux légendes. — la légende de la prison des «Zarmes et la légende du dernier banquet des Girondins. Voyons d'abord s'il y a quelque chose de vrai dans la première.
M. de Lamartine a consacré plusieurs pages i>. la ., mise en scène de cette légende, qui revêt sous sa plu-
Quand leur procès fut décidé, dit-il, on resserra encore cette
aptivité. On les enferma, pour quelques jours, dans l'im-
mense maison des Carmes de la rue de Vaugiiard, monastère
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converti en prison et rendu sinistre par les souvenirs et par les traces du sang des massacres de Septembre...
Les murailles et le plafond de ces chambres, recouverts d'un ciment grossier, oll'raient aux détenus, au lieu du papier dont on venait de les priver depuis leur translation, des pages lapidaires sur lesquelles ils pouvaient graver leurs dernières pensées à la pointe de leurs couteaux, ou les écrire avec le pinceau...
Presque toutes écrites avec du sang, elles en conservent encore la couleur. Elles semblent imprimer ainsi dans les regards qui les déchidrent quelque chose de l'homme lui-même qui les a écrites avec sa substance et sa vie.
Aucune n'atteste un regret ou une faiblesse. Le gémissement du malheur n'y amollit pas la conviction. Presque toutes sont un hymne à la constance, un déii à la mort, un appel à l'immortalité. Quelques noms de leurs persécuteurs se trouvent mêlés aux noms des Girondins. Ici on lit :
Quand il n'a pu sauver la liberté de Rome, Caton est libre encore et sait mourir en homme.
Plus haut :
Cui virtus non deest
nie
Nunquam otnnino miser,
A côté, une inscription religieuse, où l'on croît reconnaître la main de Fauchet :
Souvenez-vous que vous êtes appelés non pour causer et pour être oisifs, mais pour souffrir et pour travailler {Imitation de Jésus-Christ).
En grosses lettres, avec du sang, de la main de Vergniaud : Potius mort quam, fœdari.
Enfin une indéchiffrable multitude d'inscriptions, d'initiales, de strophes, de pensées non achevées, attestent toutes l'intrépidité d'hommes stoïques, nourris de la moelle de l'antiquité et cherchant leur consolation, non dans l'espérance de la vie, mais dans la contemplation de la mort. Ces murailles, comme les victimes qu'elles ont renfermées, saignent mais ne pleurent pas*.