Micnelet, Histoire de la Révolution^L VI, p
Luxembourg le 26 juillet, transférés à la Grande Force le 31 et conduits enfin à la Conciergerie le 6 octobre.
Gensonné et Gardien furent écroués au Luxembourg le 26 juillet, transférais à l'Abbaye le 31, et à la Conciergerie le 6 octobre.
Lehardy fut écroué au Luxembourg le 26 juillet et transféré à la Conciergerie le 6 octobre.
Duprat et Mainvielle furent écroués au Luxembourg le 30 juillet, et transférés à la Conciergerie le 6 octobre.
Carra fut écroué à l'Abbaye le 2 août et transféré à la Conciergerie le 6 octobre.
Antiboul fut écroué à la Grande Force le 30 septembre, et transféré à la Conciergerie le 6 octobre.
Lesterpt-Beauvais fut écroué à l'Abbaye le 12 octobre, et transféré à la Conciergerie le 22.
Ces dix-neuf d jtenus ne quittèrent la Conciergerie que pour être conduits à l'échafaud.
Bruslart-Sillery, écroué à l'Abbaye le 3 avril et transféré au Luxembourg le 17, et Lasource, écroué au Luxembourg le 19 avril, s'étant trouvés malades le 6 octobre, au moment du transfèrement général des Girondins à la Conciergerie, qui était une maison de justice, n'y furent point transport3S. Ils restèrent, pendant toute la durée du procès, dans la prison du Luxembourg, d'où ils étaient extraits chaque jour pour être conduits à l'audience du tribunal révolutionnaire.
M. Granier de Cassagnac, après avoir donné les détails que nous venons de reproduire, ajoute ce qui suit : « On voit par ces faits et par ces actes, fidèlement extraits des registres d'écrou et du dépôt des mandats d'arrêt, que les Girondins furent enfermés dans les quatre prisons du Luxembourg, de l'Abbaye, de la Grande Force et de la Conciergerie. Du reste, pas un de ces écrous ou transfèrements ne signale
leur passage à la prison des Carmes, et le registre même de cette prison est muet à leur égard. II faut donc restituer à leurs vrais auteurs les inscriptions de la mansarde de la rue de Yaugirard ; et le plus grand nombre d'entre elles revient au citoyen Destoupnelles, dilivré après le 9 thermidor, et qui d'ailleurs a pris la peine de les signer de son nom, »
Depuis la publication du livre de M. Granier de Cassagnac, un consciencieux érudit, M.Alexandre Sorel, a consacré au couvent des Carmes pendant la Terreur, une monographie excellente. Il s'est arrêté de longues heures dans cette chambre où M. de Lamartine n'avait fait que passer, et qui portait si improprement le nom de Chambre des Girondins. Il a relevé à son tour chacune des inscriptions, que son ouvrage reproduit en fac-similé ; il les a examinées avec le plus grand soin, comparées les unes avec les autres, et il est arrivé aux conclusions suivantes, que des preuves décisives mettent hors de contestation :
Presque toutes les inscriptions attribuées par M. de Lamartine aux députés de la Gironde ont pour auteur Destournelles, ministre des Contributions publiques, qui, bien loin d'être Girondin, déposa contre Brissot et ses collègues devant le tribunal révolutionnaire, avec autant de passion que de perfidie. Destournelles a été incarcéré aux Carmes du 14 floréal an II (3 mai 1794) au 18 thermidor (5 août 1794).
Il ne saurait y avoir de doute, en particulier, pour l'inscription qui parle de Caton : elle est signée par Destournelles.
Le Potiics moriciarini fœdari de Vergniaud« écrit en grosses lettres, avec du sang », a été tracé avec de l'encre, qui a pris une couleur jaunâtre par suite de l'oxydation.
La citation d'un passage de Vlmitation de Jésus- Christ, où M. de Lamartine a reconnu la main de l'abbé Fauchet, est tout simplement une inscription
peinte sur une petite planchette en bois qui était clouée sur l'entablement de la porte. On sait, en effet, que les religieux avaient l'habitude de placer à l'entrée de leurs cellules quelques sentences empruntées aux saints Livres, et qui étaient pour eux de perpétuels mémentos i.
M. Louis Blanc a évité l'erreur de MM. de Lamartine et Michelet, mais il est tombé dans une autre, que nous devons également relever.
Les Girondins, dit-il, avec cette légèreté qui tenait à leur nature d'artiste, mais que l'exaltation de leur foi politique ennoblissait, employaient, dans leur prison, l'intervalle des audiences à jouer la comédie de leur fin prochaine. C'était ordinairement à minuit que cela commençait, au milieu de ténèbres contre lesquelles luttait facilement la funéraire lueur d'une seule bougie. Montés sur des lits ([ue de hautes planches séparaient, ils y figuraient le jury, tandis que, placé devant eux sur une table, un de leurs compagnons jouait le rôle d'accusé. Accusateur public, juges, grefller, rien ne manquait à la composition de cette parodie lugubre. L'accusé était invariablement condamné ; après quoi, et sans retard, l'horrible appareil se développait. Alors, on saisissait le patient, on lui liait les mains et on l'exécutait fictivement sur la barre d'un lit. Quelquefois, l'accusateur public devenant accusé à son tour, c'est-à-dire étant condamné, puis exécuté, on le faisait revenir des enfers couvert d'un drap blanc, pour qu'il racontât les tortures qu'il endurait dans l'autre moftde et prédit aux jurés qu'ils auraient leur tour *.
Parmi les compagnons de captivité des Girondins, plusieurs ont écrit leurs souvenirs ; pas un seul n'a montré Brissot et ses amis se livrant ainsi aux jeux du tribunal et de la guillotine. M. Louis Blanc, qui se pique, on le sait, d'être exact et de ne rien avancer que sur preuves, renvoie ici à Riouffe et à ses
1. Le Couvent des Carmes et le Séminaire de Saint-Sulpice pendant la Terreur^ par Alexandre Sorel, chapitre XVI. — Voy. aussi Notice historique sur le couvent des Carmes^ par M. l'abbé Lalanne, p. 35.
%. T. IX, p. 440.
Mémoires d'un détenu. On trouve bien, en effet, à la suite de ces Mémoii-es, une note dans laquelle Rioutie raconte que ses compagnons de chambrée et lui s'amusaient quelquefois à parodier l'accusateur public et le bourreau i ; mais du texte même de cette note, rapproché de celui des Mémoires, il ressort, avec la dernière évidence, que ces scènes n'ont eu lieu qu'après la mort des Girondins. Rioufïe n'a passé avec eux que deux jours. « J'arrivai, dit-il, deux jours avant leur condamnation, et comme pour être témoin de leur mort 2. » il les a peints tels qu'ils lui apparurent pendant ces deux jours, ou plutôt pendant ces deux nuits, car les journées appartenaient au tribunal, — au véritable tribunal et non à celui de la parodie. « Ils étaient tous calmes sans ostentation... leurs âmes étaient à une telle hauteur, qu'il était impossible de les aborder avec les lieux communs des consolations ordinaires. Brissot grave et réfléchi... Gensonnô recueilli en lui-même... Vergniaud nous faisait jouir des derniers accents de cette éloquence sublime qui était déjà perdue pour l'univers, puisque les barbares l'empêchaient de parler... Fonfrède et Ducos se détachaient de ce tableau sévère, pour inspirer un intérêt plus tendre et plus vif encore. » Où trouver place, dans ce tableau sévère, pour la scène de comédie dans laquelle il a plu à M. Louis Blanc de leur faire jouer un rôle ? La peinture de Rioufle a d'ailleurs une date. Il désigne parmi ceux qui prenaient part à ces jeux funèbres un nommé Lapagne, maire d'Ingouville. Or, Lapagne n'est entré à la Conciergerie que le 13 frimaire an II (3 décembre 1793), plus d'un mois après l'exécution des Girondins 3.
1. Mémoires d'un détenu. — Eclaircis-sements historiques, note A.