‹ La légende des GirondinsChapitre 225 sur 274 · Registre d'écrou de la Conciergerie. Archives delà Pré · texte numérisé non relu

Registre d'écrou de la Conciergerie. Archives delà Pré

C'est le 24 octobre 1793, nous l'avons dit, que s'ouvrit devant le tribunal révolutionnaire i, présidé par Herman, le procès des Girondins. Fouquier-Tinville remplissait les fonctions d'accusateur public. Les débats durèrent sept jours, du 24 au 30 octobre 2, et ils eurent lieu dans la salle de V Egalité, l'ancienne grand'chambre du Parlement.

■ Nous ne saurions, sans sortir du cadre que nous nous sommes tracé, reproduire, dans tous leurs détails, ces longues et dramatiques audiences. Une seule chose doit nous préoccuper : l'attitude des accusés en face des accusateurs. Certes, la conduite de ces derniers a été infâme. Comment n'être pas révolté de la lâcheté des témoins, de l'indignité des jurés, de l'impudence des juges ? Mais, en même temps, comment oublier que, dans le procès de Louis XVI, les principaux d'entre les vingt et un ont été, eux aussi, impudents, indignes et lâches ? L'acte d'accusation dressé contre eux par André Amar, et

fecture de police. — Ch. Vatel, Charlotte de Corday et les Girondins, t. I, p. 15.

1. C'est au cours du procès des Girondins que le tribunal criminel extraordinaire reçut officiellement le nom de tribunal révolutionnaire. Décret du 29 octobre 1793. M. Thiers dit à cette occasion : « Robespierre, pour rendre le titre plus conforme à la chose, fit décider que le nom de tribunal extraordinaire serait changé en celui de tribunal révolutionnaire. » Ce changement fut fait sur la motion de Billaud- Varenne et non de Robespierre. — Moniteur du 30 octobre 1793.

2. C'est par erreur que M. Ch. Berriat Saint-Prix, dans son livre, d'ailleurs excellent et qu'on ne saurait trop louer, sur la Justice révolutionnaire, dit, à la page 39, que, « les débats occupèrent s lo; audiences, du 3 au 8 brumaire. >

présenté par lui au nom du Comité de sûreté générale, dans la séance du 3 octobre 1793, est un tissu de calomnies et de mensonges. Et n'était-ce pas aussi un tissu de mensonges et de calomnies que cet acte d'accusation dressé contre le roi par Dufriche-Yalaz3, et présenté par lui, au nom de la Commission extraordinaire des vingt-quatre, dans la séance du 6 novembre 1792 ? On ressent une légitime indignation lorsqu'on lit dans le rapport d'Amar : « Pitt voulait avilir et dissoudre la Convention ; Brissot et ses complices ont mis tout en œuvre pour l'avilir et la dissoudre. Pitt voulait assassiner le< fidèles représentants du peuple; ils ont tenté plusieurs fois de faire égorger une partie de leurs collègues ; ils ont assassiné Marat et Lepeletier. » Ces accusations sont abominables. N'étaient-elles pas plus abominables encore celles dontDufriche-Valazé se faisait l'organe dans son rapport, lorsqu'il s'écriait : « De quoi n'était-il pas capable, le monstre ! Vous allez le voir aux prises avec la race humaine tout entière ! Je vous le dénonce comme accapareur de blé, de sucre et de café l ! » Peu de jours avant le procès des Girondins, avait eu lieu le procès de la reine Marie- Antoinette 2. Du friche- Valazé avait été appelé à déposer comme témoin, en même temps que Bailly et Manuel; mais, tandis que l'ancien maire de Paris, tandis que l'ancien procureur de la commune luimême s'inclinaient devant cette grande infortune, le député de la Gironde avait fait une déclaration dont l'accusateur public et le président s'étaient armés contre la reine 3; à la veille d'être la victime d'Herman et de Fouquier-Tinville, il se faisait leur com-

1. Rapport sur les crimes du ci-devant roi, par Dufriche- Valazé, député du département de l'Orne.

2. Le procès de l\ reine commença le 14 octobre 1793 et se termina le 16, à quatre heures et demie du matin.

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