Moniteur des 24 et 28 octobre
complice. Si Dufriche-Valazé était le seul qui eût commis le double crime de pousser de toutes ses forces à la condamnation de Louis XVI et de joindre sa voix à celle des ennemis de Marie-Antoinette, plusieurs de ses coaccusés avaient voté comme lui la mort du roi : Vergniaud, Gensonné, Brissot, Carra, Ducos, Boyer-Fontrède, Lasource, Boilleau, Duprat.
Poursuivis à leur tour, il s'en faut bien que Brissot et ses collègues aient réparé leurs faiblesses passées par la fermeté de leur attitude, qu'ils aient racheté leurs fautes par un généreux repentir. Ils ont manqué à la fois d'intelligence et de dignité. Ils se sont défendus comme s'ils avaient eu l'espoir de sauver leur tête. Ils ont invoqué, comme un titre à l'indulgence de leurs juges, l'énergie qu'ils avaient déployée pour renverser Louis XVI et l'envoyer à l'échafaud. Ils ont cherché, au contraire, à effacer le souvenir de leurs luttes contre Marat et contre la Montagne ; les faits qui leur étaient reprochés, ils les ont rejetés sur leurs amis absents ; ils se sont dénoncés les uns les autres.
Le premier témoin entendu, Pache, maire de Paris, leur a reproché d'avoir voulu instituer une garde départementale. Le fait était constant et connu de tous; les procès-verbaux delà Convention ne permettaient pas de les révoquer en doute l ; il n'avait d'ailleurs rien que de très honorable pour la Gironde. Vergniaud, cependant, s'empressa de déclarer qu'il était opposé à cette création. « J'ai voté, dit-il, contre l'établissement de la force départementale 2. » Et à l'une des audiences suivantes, Fouquier-Tinville mettait sous les yeux du tribunal une lettre de Ver-