‹ La légende des GirondinsChapitre 238 sur 274 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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té reçut immédiatement sa récompense dans ces paroles du président : « Il est précieux qu'un homme traduit devant la loi comme conspirateur, dise qu'il est persuadé qu'il a existé tine conspiration contre l'unité de la république "•. »

Il y en eut un cependant, parmi les accusés, qui ne renia pas ses actes et qui ne dénonça pas ses amis : c'était le plus jeune de tous, « Gaspard Duchatel, âgé de vingt-sept ans, cultivateur, député du département des Deux-Sèvres. » Dans ses iSouvenirs du fédéralisme, M. Frédéric Vaultier nous en a laissé ce portrait : « C'était un beau jeune homme, grand, mince, pâle, d'une figure intéressante, d'un esprit solide et du commerce le plus aimable, ne ressemblant en rien à nos hommes de faction 2. » il appartenait, en eftet, aussi peu que possible à la Gironde, ainsi que nous l'établirons tout à l'heure.

Le président lui demanda : « Quels étaient les passagers qui étaient avec vous dans le bâtiment sur lequel vous avez été arrêté ? — Ils avaient des noms différents des leurs, répondit Duchatel ; l'un s'appelait Mera n. l'autre Dubois, etc. » Herman ne put en obtenir davantage. Il lui posa alors cette autre question : « rs'est-ce pas vous qui, en bonnet de nuit, êtes venu voter contre la mort du tyran ? — Comme je n'ai à rougir d'aucune de mes actions, dit l'acctisé, je déclare que c'est moi 3. »

i. Procès de Brissot, p. 68,

2, Souvenirs de Vinsurrection normande, dite du Fédé- •alismeen 1793, par M, F. Vaultier, p, 68.

3, Procès deBrissot, p, 68,

408 LA LÉGK.NDK DKS GIRONDINS

Le procès des vingt et un durait depuis cinq jours, lorsque la Convention, dans sa séance du 8 brumaire an II (29 octobre 1793), sur la proposition de Robespierre, adopta le décret suivant :

Article 1*', Si un procès pendant au tribunal révolutionnaire a duré plus de trois jours, le président du tribunal est tenu de commencer la séance suivante en demandant au jury si sa conscience est suffisamment éclairée. . .

Art. 3. Si le jury répond qu'il est suffisamment instruit, il sera procédé sur-le-champ au jugement ..

Art. 6. La Convention décrète que le présent décret sera à l'instant expédié et envoyé au président du tribunal criminel extraordinaire *.

En vertu de cette loi, dans la soirée du 9 brumaire (30 octobre), Antonelle, président du jury, déclara que sa conscience et celle de ses collègues étaient suffisamment éclairées. Aussitôt, sans que l'accusateur public ait prononcé de réquisitoire, sans que les accusas ou leurs défenseurs 2 aient pu faire entendre une parole, sans même que le président ait fait de résumé, les jurés se sont retirés dans la chambre du conseil. A dix heures et demie du soir, ils sont remontés sur leur siège et ils ont été unanimes à rendre un verdict de

1. Procès-verbal delà séance delà Convention du 8 brumaire an IL — On a trouvé dans les papiers de Robespierre le brouillon de ce décret, écrit de sa main : il en a recommencé quatre fois la rédaction. Ce brouillon a été reproduit, avec les ratures, en tête du second volume des Papiers inédits trouvés chez Robespierre.

2. Les défenseurs officieux des vingt et un étaient au nombre de sept : Chauveau-Lagarde, Guillot, Lafleuterie Tronson-Ducoudray, Julienne, Guinier et Lasalle {Archives nationales, carton W 292, dossier 204).

culpabiliti contre Brissot et ses vingt collègues. Les accus >s ont alors été ramenés à l'audience; Hernian leur a fait lecture de la déclaration du jury, et Fouquier a requis que Brissot et ses complices fussent condamnés à la peine de mort, conformément à la loi du 16 décembre 1792, portant : « Tous ceux qui tenteront de détruire l'unité et l'indivisibilité de la république seront punis de mort, et leurs biens seront acquis et confisqués au profit de la république. » Il a requis, en outre, que le jugement à intervenir fût, à sa requête et diligence, exécuté sur la place de la Révolution i.

La loi du 16 décembre 1792, au nom de laquelle les Girondins étaient envoyés à l'échafaud, était l'oeuvre des Girondins. La proposition en avait été faite par un membre de la Montagne, Thuriot, mais elle avait été votée à Vmumimité et au milieu des transports d'enthousiasme de l'Assemblée entière 2, et cela en un moment où les Girondins disposaient à la Ck)nvention d'une majorité considérable.

Les réquisitions de Fouquier-Tinville sont accueillies par quelques-uns des accusés avec une morne stupeur, par les autres avec des cris violents. Brissot laisse tomber ses bras et courbe la tête comme une victime résignée. L'abbé Fauchet lève les yeux au ciel ; ses lèvres s'agitent, demandant peut-être à Dieu le pardon que lui refusaient les hommes. Lasource paraissait anéanti. Duprat, au contraire, semblait défier ses juges. Boilleau, élevant son chapeau en l'air, criait : Je suis innocent, et interpellait le peuple avec véhémence. Boyer-Fonfrède se jette dans les bras de Ducos : « Mon ami, s'écrie-t-il, c'est moi qui te donne la mort. » Ducos le presse contre son cœur et répond : « Mon ami, console-toi, nous mourrons ensemble 3. »

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