Vilate, Mystères delà Mère de Dieu dévoilés, ch. xiu
Génsonné demande la parole sur l'application de la loi. Mieux inspiré cette fois, et comprenant enfin que l'heure n'est plus aux plaidoiries et aux longs discours, Vergniaud garde un dédaigneux silence. Soudain, au milieu des cris, des invectives, des interpellations qui se croisent, le mot: Je 'me 'meurs, &q fait entendre sur les bancs des accusés, et si grands sont le tumulte et l'agitation qu'il passe presque inaperçu. Cependant, le président ordonne aux gendarmes de faire sortir les condamnés. A ce moment, le marquis de Sillery, qui a fait à la révolution tant de concessions coupables, les rachète par un mot digne d'un gentilhomme. Malade de la goutte, pouvant à peine se soutenir, il jette au milieu du parquet la béquille sur laquelle il s'appuyait, et d'une voix vibrante, il s'écrie : « La mort prononcée contre moi me rend toutes mes forces l. » Les autres condamnés, au contraire, protestent, pour la plupart, avec fureur, et le tumulte est à son comble. Ici se place un incident sur lequel tous les historiens paraissent s'être mépris. « Quelques-uns des accusés, dit M. Thiers, ont le tort de jeter quelques assignats, comme pour engager la multitude à voler à leur secours 2. » — « Quelquesuns, dit M. de Lamartine, jettent au même instant des poignées d'assignats, non, comme on l'a cru, pour faire appel à la corruption et à l'émeute, mais pour léguer au peuple, comme les Romains, une monnaie désormais inutile 3. » — M. de Barante : « Ils jetèrent des assignats parmi la foule, sans doute par mépris, sachant bien que ceux des spectateurs qui applaudissaient à leur condamnation étaient payés pour ce rôle ^. » — M. Granier de Cassagnac : « Les accusés