Histoire des Girondins, t. VII, p
Girondins *'
Bailleiil, et dans des pages de l'érudition la plus piquante, il a démontré que « ce banquet, ces vins, ces fleurs, ces bougies, ces discours, tout cela n'était purement et simplement qu'une table i. » C'est là un excellent chapitre de critique historique. Une erreur pourtant s'y est glissée. « Sillery et Lasource, deux des orateurs dont la légende raconte les prouesses durant le banquet, ne sont pas sortis de la prison du Luxembourg, et, en tout cas, ne sont pas entrés à la Conciergerie 2 », et, à l'appui de son dire, M. Granier de Cassagnac rappelle que Sillery et Lasource, en i-aison de leur état de nialadie, n'avaient pas été transférés à la Conciergerie le G octobre et avaient été laissés au Luxembourg, d'où ils étaient conduits chaque jour à l'audience du tribunal3. Cela est vrai, mais ce qui l'est également, c'est que la condamnation des vingt et un ayant été prononcée à une heure avancée de la soirée, — il était onze heures et quelques minutes du soir, dit le Bulletin du tribunal révolutionnaire, — Fouquier-Tinville jugea sans doute inutile de renvoyer Sillery et Lasource au Luxembourg ; toujours est-il qu'ils passèrent à la Conciergerie les heures qui s'écoulèrent entre l'arrêt et l'exécution. La présence de Sillery en cette prison dans la nuit du 31 octobre est établie par la lettre de l'abbé Lothringer, que nous reproduirons tout à l'heure. En second lieu, tous les récits montrent les condamnés montant tous ensemble en charrette dans la cour de la Conciergerie; enfin les levées d'écrou de Sillery et de Lasource, invoquées par M. Granier de Cassagnac, vont précisément à l'encontre de sa version. Elles portent bien, en effet, la date du 10 brumaire, — 31 octobre, — mais il y est dit que les deux prisonniers
1. Histoire des Girondins et des massacres de Septembre, A. Granier de Cassagnac, t. I, p. 47.