‹ La légende des GirondinsChapitre 248 sur 274 · Voyez plus haut, page · texte numérisé non relu

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ont été extraits de la maison d'arrêt du Luxembourg le joar d'hier, c'est-à-dire le 30 octobre, jour de la dernière audience. Les Archives de la préfecture de police, dont M. Granier de Cassagnac a tiré en maint endroit si bon parti, l'ont mal ser\'i cette fois ; ce qui prouve bien qu'il ne faut pas abuser des meilleures choses, même des registi^es d'écrou.

L'auteur de V Histoire des Girondins et des niassact-es de Septembre s'est également trompé lorsqu'il a écrit : « La tradition relative au banquet des Giron lins est tout à fait moderne. Nous n'avons rien trouvé qui lut antérieur au récit de M. Thiers. Les journaux ou les Mémoires contemporains n'y font pas la moindre allusion '. » C'est une erreur. On lit dans les Mémoires de Buzot, publi 'S en 1823 : « Mes amis firent ensen ble leur dernier repas; il fut aimable ; la gaîté nême n'y iranqua point ; un domestique de Duprat. . . les servait *. » Ces lignes de Buzot ont d'ailleurs une médiocre autorité. Leur auteur, en eiiét, au mois d'octobre 1793, était loin (te Paris, dans le d 'parteraent de la Gironde, réduit à se cacher, sans communication avec ses amis. Honoré Rioutie, au contraire, l'auteur des Mémoires d'un détenu, était enferm* avec Vergniaud, Brissot, Ducos, Boyer-Fonfrède et leurs cjI lègues. Il a laissé sur leurs derniers moments les détails les plus circonstanciés. Or, il n'y a pas un mot, dans ses Mémoires, sur le prétendu Banquet des Girondins. Il n'y en a pas trace non plus dans les journaux du temps, ni dans les Réwlutions de Paris, ni dans l'Antifédéraliste, ni dans le Père Duchés ne, qui ne se seraient point fait faute, si les Girondins avaient passé à table leur dernière nuit, de montrer les aristocrates de la Gironde insultant, dans une monstrueuse orgie, à la justice de la révolution et à la misère du peuple.

1. Granier de Cassagnac, t. 1er, p. 69. 2. Mémoires de Buzot, édition Guadet, 1823, p. 173,

En résumé, il est possible que les Girondins, au sortir du tribunal révolutionnaire, aient pris ensemble quelques aliments ; mais il est certain que ce dernier repas, si on veut lui donner ce nom, n'a rien eu de remarquable; car, alors, comment s'expliquer que Riouffe n'en ait pas parlé? Ce que M. Thiers a dit de la physionomie de ce repas et en particulier des discours de Vergniaud ; ce qu'ont écrit à leur tour sur ce souper funéraire Charles Nodier et M. de Lamartine, tout cela est donc du domaine de l'imagination et du roman.

Grâce à Dieu, plusieurs, parmi les condamnés du 30 octobre, firent mieux, pendant ces heures suprêmes, que de respirer le parfum des fleurs et de boire des vins exquis. Deux prêtres assermentés, l'abbé Lothringer, alors aumônier de l'Hotel-Dieu de Paris, et l'abbé Lambert, qui était particulièrement lié avec Brissot, furent autorisés à voir les condamnés. Le premier a raconté leurs derniers moments dans une lettre publiée par le Républicain français du 6 fructidor, an V (23 août 1797) ; le second, qui ne devait pas tarder à se repentir d'un serment contraire aux lois de l'Église, et qui est mort, longues années après, curé de Bessancourt, dans la vallée de Montmorency, a confié à un des plus honorables écrivains de notre temps, M. Poujoulat, les détails de la dernière nuit des Girondins.

Dans le nombre des vingt et un députés, dit l'abbé Lothringer dans la lettre du 6 fructidor an V, il y en a sept qui se sont confessés à moi, savoir : Duperret, Gardien, Fauchet, Beauvais, Lehardy et Viger ; je ne me souviens pas du nom du septième... L'abbé Fauchet, après s'être confessé, a entendu lui-même Sillery à confesse.

Brissot, que je connaissais, ne s'est pas confessé, et je me souviens cependant que les autres lui ayant demandé s'il croyait qu'il y eût une vie éternelle dans l'autre monde et une récompense, il leur a répondu que oui.

Quatre autres se confessèrent à rabb3 Lambert, et parmi eux Gensonné qui, après sa confession, coupa une mèche de ses cheveux et dit au prêtre : « Mon père, vous venez de me rendre un immense service ; je vous demande encore une grâce, c'est de porter de ma part cette mèche de cheveux à ma femme ; vous aurez son adresse par Mme Brissot, qui est à Versailles, et vous direz à ma femme tout ce qu'on peut dire dans une aussi terrible situation l. »

L'heure marquée par Fouquier-Tinville pour le départ de la Conciergerie était sonn >e. Les condamnés furent placés dans trois charrettes, la tète nue, les mains li 'es, les bras en manches de chemise, leur habit attachi à leur cou et se balançant sur leurs épaules ; dans une quatrième charrette, plus petite, qui suivait les autres, était le cadavre de Yalazé, étendu sur le dos et la figure découverte 2. Malgré la pluie qui tombait 3, une foule énorme et telle qu'on n'en avait point encore vu de pareille à aucune exécution, couvrait les quais, les ponts, les places et les rues. Les fenêtres regorgeaient de monde ^. Les

1. Poujoulat, Histoire de la Révolution française, t. II, p. 94. — Voy. aussi Vie de M Emery, t. I, p. 365.

2. M. de Lamartine, M Louis Blanc et M. Michelet disent que les condamnés furent conduits dans cinq charrettes. Une gravure, publiée par ^e^ Révolutions de Paris, représente les condamnés entassés dans trois charrettes, suivies par une quatrième, dans laquelle on avait placé le cadavre de Valazé. M. de Lamartine a donc commis une inexactitude, entre mille autres, lorsqu'il a écrit : « Le cadavre de Valazé était couché .«ur la dernière banquette de la cinquième charrette. Sa tête découverte, cahotée par les secousses du pavé, ballottait sous les regards et sur les genoux de ses amis. » — Consulter sur ce point les Mémoires du comte d'Allonville, t. III, p. 275.

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