‹ La légende des GirondinsChapitre 250 sur 274 · Révolutions de Paris, n · texte numérisé non relu

Révolutions de Paris, n

monté sur l'échafaud ; c'était le marquis de Sillery qui, étant de beaucoup le plus âgé, — il avait cinquantesept ans, — devait sans doute à cette circonstance le privilège de mourir le premier. Tel il s'était montré la veille au tribunal, devant Fouquier-Tinville, tel il se montra sur la fatale plate-forme, devant le bourreau. Il salua les spectateurs à droite et à gauche, avec la même aisance que s'il eût été dans un salon. L'exécution dura trente-huit minutes. En attendant leur tour, les condamnés, au pied de la guillotine, chantaient le refrain :

Plutôt la mort que l'esclavage, C'est la devise des Français ' !

La plupart, une fois montés sur l'échafaud, adressaient au peuple quelques paroles qui, en raison du bruit et des clameurs de la foule, ne pouvaient être entendues. On rapporte que Ducos, conservant jusqu'au bout son esprit et sa gaieté, aurait dit, au moment d'être saisi par les exécuteurs : Il est temps que la Convention décrète V inviolabilité des tètes 2. Fauchet, au contraire, était tellement abattu, qu'il fallut le porter sur l'échafaud 3. Lorsque Vergniaud a paru sur la plate-forme, dominant la foule du haut de cette nouvelle tribune, il y a eu un roulement de tambours *. Les bourreaux voulaient-ils étouffer sa voix, comme ils avaient étouffé celle de Louis XVI? On aimerait à croire que Vergniaud, en entendant ce roulement de tambours, écho sinistre

t. Procès de Brissot et de vingt et un députés ses complices, p. 80.

2. Beaulieu, le Diarnal de la Révolution </e France, jeudi 31 octobre. — Vilate, les Mystères de la Mère de Dieu dévoilés, p. 54.

3. Mémoires secrets, par le comte d'Allonville, t. III, p. 375.

4. Le Spectateur nocturne, par Rétif de la Bretonne, t. VIII, p. 504.

du 21 janvier, a vu, dans cette terrible coïncidence et dans le coup qui allait le frapper, un châtiment mérité; qu'il a demandé pardon à l'auguste et sainte victime dont la mort était en grande partie son œuvre, et que ses lèvres, au moment de se fermer pour toujours, ont murmuré une de ces prières que, tout enfant, il avait apprises de la bouche de l'abbé Roby 1, et que jeune homme il répétait encore sous les voûtes du séminaire de la Sorbonne 2.

Suivant certains récits, Vergniaud aurait été exécuté le dernier. « Les rangs s'éclaircissaient au pied de l'échafaud, dit M. de Lamartine ; une seule voix continua la Marseillaise, c'était celle de Vergniaud, supplicié le dernier 3. » n y a là une exactitude. Le Bulletin du tribunal révolutionnaire dit formellement : Viger fut exécuté le dernier ^. « Après l'exécution, ajoute le Bulletin, on agita les chapeaux en l'air, et les cris mille fois répétés de Vive la république ! se firent entendre pendant plus de dix minutes. »

D'autres noms s'ajoutèrent bientôt, sur le martyrologe de la Gironde, à ceux des vingt et un suppliciés du 31 octobre.

1. « Sa première éducation se fit dans la maison paternelle par les soins d'un prêtre nommé Roby, ami de son père, et qui avait fait partie de la corporation des Jésuites du collège de Limoges. » Notice sur Vergniaud, par M. François AUuaud, son neveu, p. 2).

2. « Vergniaud, en sortant du collège du Plessis, entra au séminaire de la Sorbonne et consacra plusieurs années à l'étude de la philosophie et de la théologie. » {Op. cit., p. 3).

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