Histoire de Marseille, par Augustin Fabre
4. Le nom du département de la Gironde fut supprimé par un décret de la Convention, à la demande des bons citoyens de Bordeaux, fâchés d'être confondus sousla dénomination de Girondins (Moniteur àe^ 28 octobre et 3 novembre 1793).
ô. Description et levée des cadavres de Buzot et Petion, Ch. Vatel. op. cit.. t. II, p. 153.
ils avaient suivi l'exemple de Barbaroux et ils s'é-^ talent tiré chacun un coup de pistolet dans la tête l. i Nous avons suivi jusqu'au bout les Girondins, et! nous avons tenu à raconter leur mort avec quelques* détails. La sévérité dont nous avons fait preuve àj leur endroit, dans le cours de notre travail, nous en] faisait un devoir. Après avoir fait sa part à la justice,] il convenait de ne pas refuser la sienne à la pitié. |
Au moment de clore cette étude, il y aurait lieu, l peut-être, de résumer les développements dans lesquels ] nous sommes entré. Mais, après avoir déjà demandé, j à ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu nous sui- 1 vre jusqu'ici, une si longue attention, nous craindrions ; d'abuser de leur bienveillance en leur adressant un j nouvel appel. j
Il nous est cependant impossible df finir sans faire j une distinction que réclament la jusiice et la vérité. 1
Sous le nom de Girondins, les historiens ne se sont ■ pas fait faute de comprendre tous les députés qui se ; sont prononcés contre la Montagne avant le 31 mai, ou l qui, au lendemain du 2 juin, ont protest i contre le \ coup de force qui venait de s'accomplir. C'est là une \ erreur. Parmi ces députés, plusieurs, et non les ] moins courageux, n'appartenaient pas au parti de la i Gironde. Nous l'avons établi en particulier pour Lan- i juinais, qui se tint toujours soigneusement en dehors i des réunions de ce parti, et qui, grâce à Dieu, n'a j pas mérité l'injure qu'on lui a faite de le confondre ; avec les tenants de Brissot et de Mme Roland. Il en ] est d'autres qui, pour avoir eu avec la Gironde quel- j
i. Ch. Vatel, op. cit., t. II, p. 155. ;
ques attaches, ont su pourtant se séparer d'elle en plus d'une rencontre. C'est ainsi, par exemple, que Mazuyer, qui, à l'Assemblée législative, avait eu le malheur d'unir ses votes à ceux des Brissotins, et qui, à la Convention, après avoir voté la mort du roi, avait eu la faiblesse de se joindre à Vergniaud pour repousser le sursis, racheta ses torts, en partie du moins, en demandant, le 19 avril 1793, qu'il ne fût pas procédé à l'exécution d'une malheureuse servante, condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire, « pour avoir tenu des propos anticiviques » ; motion d'humanité qui demandait, il faut le croire, quelque courage, puisqu'il ne se trouva pas, sur les bancs de la Gironde, un député pour l'appuyer.
Comme Mazuyer, Le Goazre de Kervélégan doit également être mis à part. Sénéchal et maire de Quimper, déput j aux Etats de Bretagne, il avait fait partie de l'Assemblée constituante comme député de la sénéchaussée de Quimper. Il n'avait pu, dès lors, siéger à l'Assemblée législative, et était resté forcément étranger, pendant toute cette législature, aux actes des députés de lai' Gironde. A la Convention, tandis que Vergniaud et- les autres chefs du parti girondiste votaient la mort de Louis XVI, il opina pour la peine la plus douce, c'est-à-dire la détention provisoire et le le bannissement à la paix. Le 9 mars 1793, il aida le ministre de la guerre, Beurnonville, à préserver la Convention du complot organisé par la Commune. Au mois d'avril, il se joignit à Lanjuinais pour dénoncer, du haut de la tribune, la feuille incendiaire de Marat. Membre de la commission des Douze, il y fit preuve du plus rare courage. Plus tard, réintégré à la Convention, après la chute de Robespierre, il eut, une seconde fois, l'occasion de sauver la représentation nationale. C« fut lui qui, le 1" prairial an III (20 mai 1795), l'épée à la main, à la tète de neuf cents Bretons mandés par ses ordi'es, fit lever aux factieux le siège de la Conven-
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tion, au poril de sa vie (car son sang rougit ce jour-là le parquet du Corps législatif). « Mes eniants, disait-il plus tard, en rappelant ce fait d'armes, le courage militaire est plus facile que le courage civil i. »
Parmi ceux qui furent compris dans le procès des vingt et un, qui prirent place, à côté de Brissot, sur les gradins du tribunal révolutionnaire, et qui périrent sur l'échafaud du 31 octobre, il en est aussi quelquesuns qu'il serait injuste d'associer à la responsabilité terrible qui doit peser sur la mémoire des chefs de la Gironde. Comment, en effet, confondre avec les Brissot, les Vergniaud, les Gensonné, comment confondre Duchatel, Lehardy et Viger ? Duchatel n'avait pas fait partie de l'Assemblée législative ; il était donc resté étranger aux actes de violence, de perfidie et de lâcheté qui signalèrent la conduite des Girondins pendant cette désastreuse période qui va du l»"" octobre 1791 au 20 septembre 1792, de la fin de l'Assemblée constituante à l'ouverture de la Convention. Pendant le procès du roi, il avait fait preuve d'un véritable héroïsme ; gravement malade, il s'était fait porter, sur un brancard, à la salle du Manège, le 16 janvier, pour déposer un vote favorable à Louis XVI. Dans la séance du 28 mai 1793, comme il venait d'être nommé commissaire près l'armée du Nord, de \4olents murmures s'élevèrent sur les bancs de la Montagne: Danton demanda la parole ; Collot d'Herbois s'écria : « Je réclame l'impression du procès-verbal de la sJance
1. Après la dissolution de la Convention, Kervélégan entra au Conseil des Anciens et ne cessa de représenter le département du Finistère aux diverses assemblées législatives qui se succédèrent jusqu'au 20 mars 1815. Il refusa de servir Napoléon pendant les Cent-jours et revint habiter le manoir de Toulgouët, près Quimper. Louis XVIII l'avait nommé chevalier de la Légion d'honneur, le 2 novembre 1814 (René Kerviler, Recherches et notices sur les Députés de la Bretagne aux Etats Généraux et à V Assemblée constituante de 1789, Tome II, p. 157-173).
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OÙ Duchatel est venu en bonnet de nuit pour sauver Capet. C'est un scélérat. » Sans s'émouvoir, Duchatel répondit: «Je déclare qu'ayant prononcé mon opinion contre la mort de Louis Capet, et l'aj-ant envoyée au président, qui ne put la lire, je me rendis, quoique malade, à l'Assemblée, pour voter. Au surplus, i3uisque je n'ai pas la confiance de ces Messieurs, je n'accepte point la commission 1. » Aussi, les écrivains contemporains n'ont-ils pas hésité à voir en lui, non un Girondin, mais un royaliste. L'auteur de la Vie politique de tous les députés à la Convention nationale, pendant et après la i?éro/«^iO;2,parM.R..., en parle e n ces termes :
Duchatel. Cultivateur, député des Deux-Sèvres à la Convention, se montra toujours royaliste. Il était malade lors des appels nominaux dans le procès du roi. Robert, avocat (l'auteur même de la Vie politique de tous les députés à la Convention nationale), Qi Nicolas, libraire, propriétaires, chacun, de journaux royalistes, allèrent le trouver et l'apportèrent sur un brancard à l'Assemblée, en lui disant que sa voix sauverait le roi. Il vint en bonnet de nuit, vota le bannissement, au milieu des cris furieux de la Montagne.
De même que Duchatel, Lehardy n'avait pas fait partie de l'Assemblée législative. Le procès-verbal de son élection à la Convention nationale porte qu'il fut choisi à l'unanimité et par acclamation, comme le plus lioinrne de bien 2, Dans le procès du roi, nous le trouvons, non à côté des Girondins, mais à côté de Lanjuinais, avec lequel il rivalise d'énergie. Tous les deux, le député du Morbihan et le député d'IUe-et- Vilaine, déploient une si admirable fermeté, un si noble mépris de la mort, qu'à eux deux, certes, ils ont sauvé dans cet horrible pi'ocès l'honneur de la Bretagne. Lehardy ne s'en est pas tenu là. Dans la séance