‹ La légende des GirondinsChapitre 260 sur 274 · Moniteur du 21 mars · texte numérisé non relu

Moniteur du 21 mars

3. Biographie des Députés de V Anjou, par M. Bougler, t. II. p. 224.

écarter jamais, la voie étroite du devoir. Ne jugeons pas avec trop de rigueur ces députés de pronnce venus à la Convention avec la pensée d'aflranchir les départements du joug de Paris i. et qui, sentant bien que Ton ne peut rien si l'on n'a pas de chefs, se rangèrent derrière les membres de la députation de Bordeaux. Sans doute, il eût été préférable qu'ils eussent choisi pour guide un homme tel que Lanjuinais, dont le passé était sans tache et qui n'avait d'autre ambition que celle de lutter pour le droit et pour la justice, sans arrière-pensée personnelle. Mais, outre que Lanjuinais n'aspirait aucunement au rôle de chef de parti et ne cherchait d'autre satisfaction que celle de faire son devoir, son nom, au moment de l'ouverture de la Convention nationale, était loin d'être entouré de l'éclat qu'avaient valu à Brissot, à Vergniaud. à Guadet, à Gensonn i, leurs succès à l'Assemblée législative et leur incontestable éloquence. Lanjuinais d'ailleurs n'avait point approuvé la révolution du 10 août, à laquelle avaient applaudi au contraire la plupart des députés nouvellement élus. 11 arriva donc naturellement que ces déput'S acceptèrent la direction de Brissot et de ses amis, en qui ils voyaient

1. Voy. d&ns les Révolutions de Paris, n. 167, le récit de la première séance de la Convention tenue, le jeudi 20 septembre 1792, i\u château des Tuileries, dans la salle des Cent-Suisses : « Personne ne put assister à cette première séance, le local n'ayant pu être encore disposé pour cela, ce qui donna lieu à si, Dubois de Craucé de dire qu'il ne convenait pas que le premier acte de la Convention, le choix de son président, se fît à huis-clos, en l'absence du peuple de Paris. Ces derniers mots furent relevés très vivement par plusieurs députés, à qui il échappa de dire, avec une naïveté qui fut saisie, qu'ils n'étaient point envoyés de leurs provinces pour capter les suifrages du peuple de Paris. — Nous faisons remarquer ce petit incident, ajoute le journal de Prudhom:i.e, parce qu'il semble présager déjà que plusieurs députés à la Convention, venus des départements, arrivent avec une prévention contre les citoyens de Paris. »

les défenseurs de la révolution, en même temps que les soutiens des départements contre la députation de Paris. Ainsi se forma dans le sein de la Convention cette majorité de la Gironde, à laquelle ses chefs ne demandèrent que trop souvent des votes déplorables, qu'elle eut la faiblesse de leur accorder. Cotte faiblesse, il importe de la condamner ; mais il convient en même temps de reconnaître que les hommes qui s'en rendirent coupables et qui composaient le gros de l'armée girondine, jouèrent en réalité un rôle assez eflacé, prenant peu de part à la lutte, ne montant presque jamais à la tribune, demeurant étrangers aux réunions du parti, lesquelles ne comptaient guère plus d'une quarantaine de membres l. Encore qu'il n'y ait pas lieu de les tenir quittes de la responsabilité qu'ils ont justement encourue pour n'avoir pas refusé leur silence à plus d'un décret de proscription, à plus d'une loi de mort, peut-être doit-on passer auprès d'eux sans s'arrêter, comme firent Dante et son guide, lorsqu'ils rencontrèrent les âmes de ceux qui vécurent sans vice et sans vertu. « Le monde n'a gardé aucun souvenir de leur existence ; la miséricorde et la justice les dédaignent. Ne parlons plus d'eux; mais regarde et passe » :

Non regionam di lor, ma guarde e passa 2.

Mais cet oubli, comment serait-il possible de l'accorder aux vrais Girondins, à ceux que nous avons eu si souvent occasion de nommer au cours de ces études, aux Brissot, aux Roland, aux Vergniaud, aux Guadet, aux Gensonnâ, aux Petion, aux Louvet, aux Barbaroux, aux Condorcet, à tous ceux-là précisément dont

i. Discours de Valazé, séance du 23 mai 1793. — Moniteur du 25 mai.

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