Moniteur du 27 octobre
de la députation de la Gironde, Guadet, s'éleva avec énergie contre le projet de Robespierre, et en demanda le renvoi à des commissaires. « J'ai entendu souvent dans cette adresse, s'écrait-il, répéter le mot de Providence ; je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous. J'avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais cru qu'un homme qui a travaillé avec tant de courage pendant trois ans pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme, pût contribuer à le remettre ensuite sous l'esclavage de la superstition i ».
Vergniaud partageait entièrement sur ce sujet les idées de son collègue Guadet, et, le 25 octobre, précédent, il avait terminé un long et très violent discours sur la question de l'émigration par cette parole toute païenne : « Dans tous les événements, le succès est l'affaire du destin 2, » Un membre de la Plaine, qui a bien connu les Girondins et qui les juge d'ailleurs avec indulgence, Durand de Maillane, député des Bouchesdu-Rhône à la Convention, n'a donc rien exagéré, quand il a dit : « Le parti girondin était plus impie même que le parti de Robespierre 3. »
Nulle part l'impiété n'était plus grande que dans l'entourage de Mme Roland. Ses deux plus intimes amis, à l'époque de l'Assemblée législative, étaient Bancal des Issarts et Lanthenas, qui seront tous les deux membres de la Convention nationale. Or nous voyons l'honnête et digne Lanthenas proposer à Bancal de faire une grande confédération pour travailler dans quelques années, en même temps en
1. Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, à Paris, no 167. — Ernest Hamel, Histoire de Robespierre, tome II, p. 190.