Moniteur, n» du 27 octobre
3. Histoire de la Convention nationale, par Durand de Maillane, p. 100.
Angleterre et en France, à nous cléMn^asser absolument des prêtres l. De son côté, et en attendant que fût créée cette grande confédération, Bancal des Issarts publiait divers écrits, où il réclamait l'exclusion absolue du clergé en matière d'enseignement, — la suppression de la publicité des cérémonies religieuses, — le refus par l'Etat « de reconnaître d'autre clergé et d'autre culte public que celui de la loi », — la défense d'enseigner dans les écoles « aucune des connaissances ayant trait à l'autre vie 2. »
Que ce programme fût aussi celui de Mme Roland, il n'est guère permis d'en douter. On sait, en eflet, comment elle parle, dans ses Mémoires, de la religion et de l'Eglise, « ce lieu où le peuple imbécile vient saluer sans réflexion un morceau de pain. » Aussi son premier passage au ministère, si rapide qu'il ait été, — du 23 mars au 13 juin 1792, — fùi-il marqué par une recrudescence de persécution contre les prêtres. « Le ministre Roland sut avec un art habile entretenir et accroître l'irritation de l'Assemblée contre le clergé réiractaire. » Ainsi s'exprime M. Edmond de Pressensé, dans son ouvrage sur l'Eglise et la Résolution française, publié en 1804. Nous ne serions pas surpris que l'auteur, qui appartient, en religion, à l'Eglise réformée, et qui, en politique, appartenait alors à l'école libérale, eût commencé son livre avec des préjugés favorables à la Gironde ; mais à mesure qu'il pénétrait plus avant dans l'étude des faits, il a senti les préjugés tomber, les illusions s'évanouir, et il s'est trouvé que son jugement définitif sur les Girondins a été des plus sévères.
1. Sainte-Beuve, introduction aux Lettres inédites de Mme Roland.
2. Du nouvel ordre social. Projet de décret sur Véducation nationale (1792), par Bancal des Issarts.
fît LA LÉGENDE DES GIRONDINS
Dans la lutte religieuse, écrivait M. de Pressensé, les Girondins ont montre autant de violence et d'injustice que les Montagnards ; et, s'ils n'ont pas élevé do leurs mains l'échafaud politique, ils en ont du moins préparé les premiers degrés par les mesures de proscription qu'ils ont votées. Il est certain qu'ils ont sacrifié le droit et la. liberté à la raison d'Etat. Or, c'est là le point fondamental du catéchisme politique de la Montagne... Disciples dociles et passionnés d'un siècle incrédule, ils ont porté, dans la répression des résistances cléricales, tous les préjugés d'une philosophie matérialiste, incapable de respecter Dieu dans la conscience humaine. Ils donnèrent au monde ce honteux spectacle de voltairiens persécuteurs *.
Moins de quinze jours après l'entrée des Girondins au ministère, l'Assemblée législative prononçait la suppression de toutes les congrégations enseignantes et de toutes celles qui étaient vouées au service des hôpitaux, des sœurs de Saint- Vincent-de-Paul comme des frères des Écoles chrétiennes. Et ce vote était précédé d'une discussion dans laquelle un membre traitait de 'oermincs les sœurs qui se consacraient dans les campagnes au soulagement des malades ! L'Assemblée prohibait en même temps d'une manière absolue le port du costume ecclésiastique. Par un à-propos bien digne des auteurs de ce décret odieux, le jour choisi pour porter un coup si sensible à la religion, à l'éducation de la jeunesse et à la charité, était le vendredi saint, 6 avril 1792.
Le 5 avril, Roland avait écrit aux présidents, juges et commissaires du roi près les tribunaux criminels de départements et de districts, pour stimuler leur zèle contre les prêtres séditieux, prédicateurs publics ou secrets de la rébellion. « Que la main de la justice », disait-il, « s'appesantisse sur eux, et que tous les moyens que la loi et la constitution indiquent soient mis en usage pour réprimer leurs odieux complots 2».
1. UÈglise et la Révolution française, par Edmond de Pressensé, p. 191.