‹ La légende des GirondinsChapitre 36 sur 274 · Le Patriote français · texte numérisé non relu

Le Patriote français

3. Vergniaud fut président de la Société des Jacobins, du 2 lu 17 avril 1792.

duite, et annonce la prochaine arrivée des martyrs (le la liberté. Au discours de Goujon, président de la députation versaillaise, qui siégera sur les bancs de la Convention et qui sera l'un des prescripteurs de la Gironde, Vergniaud répond en ces termes :

Frères et amis, nous l'avons pensé comme vous, c'est un grand jour pour l'humanité et la liberté : aussi tous les amis de la liberté se sont-ils empressés de se porter dans cette enceinte pour le fêter ; votre cœur vous y conduit, le nôtre vous y accueille.

Les soldats suisses entrent dans la salle, conduits par deux députés extraordinaires de la ville de Brest, les citoyens Rabit et Vignon. Vergniaud les salue par ces paroles :

Citoyens, recevez l'hommage de notre reconnaissance. Recevez des Amis de la liberté toutes leurs acclamations, comme le symbole de l'amour que nous vous jurons aujourd'hui. Nous possédons Châteauvieux dans notre sein. Partagez notre allégresse et ajoutez par votre présence à la pompe de la fête.

CoUot d'Herbois monte à la tribune et signale la belle conduite du citoyen Vignon, qui a prodigué des secours aux soldats 'inartyr-s pendant leur captivité. Vergniaud joint ses éloges à ceux de Collet d'Herbois. « Frère et ami », dit-il au citoyen Vignon, qui vient de prononcer à son tour quelques paroles, « je ne vous répondrai pas, car il faudrait peindre le sentiment dont nous pénètre votre vertu. Ce sentiment serait trop faible, s'il était possible de l'exprimer ».

On demande, ajoute le procès-verbal de cette mémorable séance, que M. le président embrasse, au nom de la Société, MM. Rabit et Vignon. Ces trois citoyens se donnent l'accolade civique au milieu des acclamations de tous les spectateurs l.

1. Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, à

Les Girondins ne se bornent pas à une glorification platonique de la révolte ; ils se chargent de fournir des armes à l'émeute.

Le patriote Dusaulx qui, après avoir été, en 1789, représentant de la Commune de Paris, s'est retrouvé à la Convention sur les mêmes bancs que les hommes de la Gironde, a raconté, dans sa Notice sur la prise de la Bastille, comment ses collègues de la Commune et lui avaient, dans les premiers jours de juillet 1789, fait fabriquer cinquante mille piques.

Ce que nous fîmes de mieux, dit-il, et de plus décisif, ce fut d'autoriser les districts à faire fabriquer, aux dépens de la ville, des piques, des hallebardes et toutes sortes d'autres armes subalternes, mais que la valeur et le désespoir savent employer dans les grandes occasions.

Cinquante mille piques furent fabriquées en moins de trente-six heures; et l'on peut les regarder comme les principaux insti-uments de notre naissante liberté. Je vote donc pour que ces piques soient déposées en faisceaux dans l'intérieur et autour du palais national que l'on se propose d'élever incessamment. Ces mâles et rustiques ornements apprendraient à nos derniers neveux que l'on ne doit pas plus compter sur des flatteurs à gages que sur les fausses ressources d'un luxe corrupteur 1.

Il ne parait pas que le vœu du naïf et benoît Dusaulx ait jamais reçu son accomplissement. Les piques ne furent point déposées en faisceaux dam l'intérieur du palais national ; et le 6 octobre, à Versailles, on aurait pu retrouver quelques-uns de ces mâles et rustiques ornements dans les mains des bandits qui égorgèrent Deshuttes et Varicourt à la

Paris, n» 175. — Voy. aussi Vergniaiid, par Charles Vatel, t. II, p. 100.

1. L'Œuvre des Sept jours, ou Notice tirée de mon Journal, de plusieurs autres journaux, et surtout des procèsverbaux de MM. les Électeurs de la ville de Paris, depuis le 12 juillet 1789 jusqu'au 18 du même mois inclusivement.

porte (le l'antichambre de la reine. Peu à peu cependant, elles cessèrent d'être en usage, et lorsqu'à l'Assemblée constituante succéda l'Assemblée législative, il n'en était plus guère question. Ce sont les Girondins, ce sont leurs journaux, le Patriote français et les Annales patriotiques, qui, dès le mois de déceml)re 1791, poussent à la fabrication des piques, avec une ardeur extrême. Elle recommença au mois de janvier 1792, et Brissot, dans un article qui fut répété par toutes les feuilles du parti, ne craignit pas de faire connaître à quel usage ces piques étaient destinées.

Tandis que les ennemis du peuple, écrivait-il le 13 février 1792, se préparent contre lui, le peuple fait aussi ses préparatifs ; mais il les fait franchement, ouvertement. Les piques ont commencé la révolution, les piques l'achèveront. Ce beau mouvement d'un peuple, prêt à se lever dans toute sa force, pour anéantir la diversion fatale qui devait précéder et accompagner la guerre extérieure, ce réveil du lion épouvante ceux qui comptaient sur son sommeil. — Où se porteront ces piques ? disent-ils. — Partout où vous serez, ennemis du peuple I — On les promène sur la terrasse des Feuillants, comme pour menacer le château des Tuileries; oseraient-elles se porter là ? — Oui, sans doute, si vous y êtes, là I — Mais qui commande ces piques ? — La nécessité. — Qui en fera la distribution? —Le patriotisme. — A qui seront-elles livrées? — Au courage. — Quel sera l'effet de cette armature nouvelle ? L'anéantissement des ennemis du peuple '.

Quelques jours auparavant, Gorsas, un des journalistes de la Gironde, avait inséré, dans son Courrier des quatre-vingt-trois départements, une lettre d'une citoyenne patriote et mère de famille, qui, après avoir recommandé d'armer avec des piques les citoyens patriotes et bien connus, ajoutait : « Parce moyen, je suis certaine que Paris serait armé en huit jours. Ces nouveaux soldats de la patrie passe-

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