Métnoires de Mme Roland
3. Grouvelle qui, après avoir été secrétaire des commandements du prince de Condé, devint en 1793 un ardent républicain et fut envoyé comme ministre de France en Danemark, d( vra de passera la postérité à Joseph de Maistre et à André Cliénier : à Joseph de Maistre, qui l'a voué à l'immortalité du rilicule dans son étioeelant écrit : Observations critiques
La mairie de Paris était, comme l'Assemblée nati(> nale et comme le Conseil exécutif, aux mains de la Gironde ; le maire Petion était passé, depuis quelque temps déjà, du camp de Robespierre dans celui de Brissot.
Le conseil général de la Commune, il est vrai, échappait à l'influence de Brissot et de la députation de Bordeaux ; mais cette réunion d'hommes perdus de dettes et de cHmes, dénués de talents non moins que de vertus, à ce point que, bien qu'ils aient pendant deux ans commandé à Paris et à la France,' aucun d'eux, sauf Robespierre, n'a pu imposer son nom à l'histoire ; cette assemblée sans pouvoirs légaux, sans autre investiture que celle de l'émeute, ne pouvait être maîtresse qu'autant que les Girondins, qui avaient pour eux non seulement l'Assemblée nationale, la Commission des vingt-et-un, le Conseil exécutif et la Mairie de Paris, mais encore le talent et l'éloquence, ne sauraient ni tirer parti des positions qu'ils occu^ paient, ni se servir de leurs armes. '■
Maintenant que les Girondins ont pour adversaires, non plus la Cour et les P'euillants, mais une poignée de démagogues, l'écume et la lie de la population parisienne ; maintenant que, devenus maîtres du pouvoir, ils n'ont plus à détruire , mais à conserver, il semble qu'ils vont revenir, dans leur intérêt même, à des idées de modération ; qu'ils vont s'efforcer de faire prévaloir les idées d'humanité et de justice, et qu'après
sur une édition des Lettres de Mme de Sévigné, publiées en 1806 chez Bossange, par M. Ph.-A. Grouvelle, ancien ministre plénipotentiaire {Lettres et Opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, i. II) ; — à André Chénier, qui a dit dans une de ses plus belles pièces :
Pour chanter à ces saints de dignes litanies, ■
L'un demande Anachans Clots; L'autre veut Cabanis, ou d'autres grands génies ;
Et qui Grouvelle, et qui Laclos. ;
avoii* été des hommes de combat et de révolution, ils vont se montrer des hommes de résistance et d'autorité. C'est bien ainsi, en effet, que la plupart des historiens nous les représentent, au lendemain du 10 août, mais c'est là encore une légende, qui ne saurait tenir contre les faits ; les faits, les voici.
La journée du 10 août a été souillée par les plus horribles massacres, par les plus lâches assassinats. Un témoin oculaire, Sébastien Mercier, l'auteur du Nouveau Paris, en a tracé un tableau, dont nous reproduirons seulement quelques traits :
Les Suisses, partout dispersés, sont partout poursuivis, partout ils sont atteints. En vain ces misérables rendent les armes, demandent la vie à deux genoux; le vainqueur ivre est sourd à leur prière ; ils sont impitoyablement assommés, massacrés, transpercés de baïonnettes et de poignards. Leurs membres, en chaque endroit dispersés, semblent renaître pour de nouveaux supplices. Que dis-je ? Ma plume tremble, pourrai-elle l'écrire ? Des femmes, véritables furies, purent les voir rôtir sur les brasiers de l'incendie, et contemplèrent d'un œil sec leurs entrailles fumantes. Un bourreau jouait du violon à côté des cadavres... *.
Les héros du 10 août ne se bornèrent pas à massacrer les Suisses, alors que le combat était fini ; dès qu'ils furent maîtres du château, ils égoi^èrent les iiuissiers de la chambre, les garçons, les suisses des portes, jusqu'aux hommes de peine et aux aides de (îuisine 2. « O comble de barbarie ! dit encore Sébaslien Mercier, un malheureux aide, qui n'avait pas eu le temps de se sauver, fut, par ces tigres, enfoncé, péi,ri dans une chaudière et, dans cet état, exposé au feu ardent des fourneaux 3. »
En dehors même des Tuileries et du théâtre de la