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LES GIRONDINS ET LES MASSACRES DE SEPTEMBRE

Les Girondins laissent faire les massacres : L'Assemblée législative et la Commission des vingt-et-un. —Conduite particulière de quelques-uns des membres de la Gironde. — Roland, ministre de l'intérieur. Le dîner de Mme Roland. — Petion, maire de Paris. Le dîner de Petion. — Les Girondins approuvent les massacres : Roland, Louvet, Gorsas. Le Moniteur. La Feuille villageoise. Le Thermomètre de Dulaure. Brissot et Condorcet.

Nous voici arrivés aux massacres de septembre. Ces massacres ont été l'œuvre de la Commune, et les Girondins n'y ont pas pi4s part. Mais quelle a été leur attitude en face de ces horribles égorgements, qui ont dm^é cinq jours, du dimanche 2 au jeudi 6 septembre? Quel a été, pendant ces cinq journées, le rôle de l' Assemblée législative, où siègent les chefs de la Gironde? Quel a été le rôle du Conseil exécutif, et en particulier du ministre de l'intérieur, le Girondin Roland ? quel a été le rôle du maire de Paris, le Girondin Petion ?

Dans la soirée du 2 septembre, l'Assemblée législative discute tranquillement son ordre du jour. Les massacres sont depuis longtemps commencés, elle n'en p 'end pas souci. A huit heures du soir, — six heures a])rès les premiers meurtres de l'Abbaye, — survient u ae députation de la Commune ; elle annonce « qu'il s('. fait des rassemblements autour des prisons et que

le peuple veut en forcer les portes», et elle invite les députés à délibérer sur cet objet, en leur faisant observer « que le peuple est à la porte et attend leur décision. » L'Assemblée va-t-elle se lever en masse et se précipiter aux prisons? Elle se borne à décider, sur la proposition de Basire — un des membres de la Montagne — qu'elle enverra des commissaires « pour parler au peuple et rétablir le calme. » Les commissaires, au nombre de douze, quittent la salle, où ils rentrent après une absence de deux heures environ. L'un d'eux, M. Dusaulx, député de Paris, prend la parole au nom de ses collègues : « Les députés, dit-il, ont reçu sur leur passage et aux environs de l'Abbaye les témoignages de la confiance populaire ; mais, arrivés sur le seuil de la prison, ils ont vainement essayé de se faire entendre. Notre collègue Audrein a même été grandement exposé à cause du costume ecclésiastique qu'il portait i. Les Commissaires ont dû se retirer ; ils ne peuvent rassurer l'Assemblée sur les suites de ce malheureux événement 2. » Et Dusaulx ajoute : Les ténèbres ne nous ont pas permis de voir ce qui se passait. Maillard et sa bande y voyaient assez pour accomplir leur sanglante besogne ; les députés n'ont rien vu !

L'Assemblée écoute en silence cet étrange rapport et reprend son ordre du jour. A onze heures du soir, elle suspend la séance, laissant dans la salle une commission de quelques représentants pour maintenir la permanence qui n'a pas cessé depuis le 10 août.

Vers deux heures et demie du matin, les députés, restés dans la salle du Manège, voient arriver quatre délégués de la Commune : les citoyens, Truchon, Tallien, Duval-Destaing et Guiraud.

1. Audrein, député du Morbihan, était premier vicaire de l'évêque constitutionnel de Vannes.

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