‹ La légende des GirondinsChapitre 75 sur 274 · Ibid., n · texte numérisé non relu

Ibid., n

3. Les rédacteurs de la Gazette nationale ou le Moniteur universel étaient payés sur les fonds secrets du ministère des affaires étrangères, alors aux mains d'un Girondin, le ci-devant abbé Lebrun-Tondu (Le département des affaires étrangères pendant la Révolution, par Frédéric Masson, p. 262). 14. L'article dans lequel le Moniteur fait l'apologie desmas- Bcres a été reproduit in extenso par M. Mortimer-Ternaux, mistoire de la Terreur, t. IV, p. 419-421.

Lô même jour, on lisait dans un autre organe de la Gironde, la Feuille villageoise i :

Les prisons sont comblées de machinations contre-révolutionnaires, àe prêtres fanatiques et altérés de vengeance, de faussaires, de criminels prêts à tout entreprendre pour se soustraire au supplice, de traîtres et de coupables, prêts à se répandre par la ville le fer et la flamme à la main,,. Bientôt le bruit se répand que le complot existe ; en ellet, les scélérats, entassés dans les prisons, sont destinés à saccager la ville. On cite plusieurs faits certains qui forment des indices très forts do cette conjuration. Ces découvertes irritent le peuple ; la résolution est prise à l'instant. On court aux prisons. On choisit des citoyens chargés d'interroger et déjuger à l'instant les prisonniers... Plusieurs innocents ontété sauvés. On a vu même, au milieu du carnage, des meurtriers se distinguer par des mouvements humains et par des actes d'une rare générosité... Le nombre des victimes est très grand, m,ais on V exagère,

« J'ai pris et répandu, » dit Roland dans le compte rendu que nous avons déjà cité, « divers numéros du Tliennoinetre du jour du citoyen Dulaure... » Voici quelques extraits de l'article publié dans le Thermomètre du jour, sous la date du 4 septembre :

Nous avons annoncé comment, au bruit de la générale, les citoyens se sont précipités dans les sections... Dans le même temps, le peuple exerçait unejtistice terrible sur les criminels de lèse-nation et sur cette foule de brigands, dont V entassement dans les prisons a déjà failli plusieurs fois opérer la ruine de la capitale,,. Pour ne pas confondre les criminels avec les prisonniers renfermés pour de légers délits, des commissaires ont été chargés de vérifier les causes de détention sur les registres d'écrou, et d'interroger chaque prisonnier. Le résultat de cette espèce de procédure a été l'élargissement de tous les détenus pour dettes, mois de nourrice, querelles particulières, et le massacre de tous les assassins,

1. La Feuille villageoise figure sur la liste des journaux subventionnés par Roland (Hatin, t. IV, p. 141). Elle émargeait également au ministère des affaires étrangères (Frédéric Masson, p. 276).

voleurs, escrocs, filous et coupables de lèse-n:ition. Depuis dimanche à trois heures après midi, jusqu'à la fin du lundi, le massacre de toutes les prisons n'a pas discontinué...

Le peuple ne se porte point à de tels actes de vengeance sans de puissants motifs...

Les amis de l'humanité pleurent sur de tels fléaux. Mais qui faut-il en accuser encore une fois, si ce n'est une cour scélérate, qui n'a laissé subsister dans le cœur de tous les citoyens que de l'indignation, que le sentiment de ses perfidies ?

Les ministres girondins subventionnaient encore d'autres feuilles, les Annales patriotique.s de Carra i, la Chronique de Paris de Condorcet 2, le Patriote français ûe Brissot '^.

Nous ne nous appesantirons pas, écrivait le rédacteur des Annales patriotiques, sur les détails des sanglantes journées des 2 et 3 septembre ;... nous ajouterons seulement que toutes les prisons sont vides; les coupables ont péri, les innocents ont été épargnés. Tous ceux qui ont été égorgés ont donné des preuves d'incivisme ; et peut-être est-ce un crime digne de mort, dans un temp^ où il s'agit de sauver la patrie... Il est fâcheux que le glaive de la loi n'ait pas fait justice de tous ces conspirateurs; mais il ne pouvait le faire qu'avec lenteur, et les circonstances exigeaient la plus grande célérité.

Condorcet a signé de son nom les lignes suivantes, publiées le 4 septembre dans la Chronique de Paris :

1. Les Annales patriotiques figurent sur la liste des fonds secrets du ministère des artaire s étrangères, pour une première souscription à 5,000 exemplaires ; puis, pour une seconde à 3,400 exemplaires (Frédéric Masson, p. 276).

2. « Au citoyen Régnier, imprimeur, pour plusieurs trimestres de la Chronique, deux lettres de Thomas Paine, lettres de Brissot, affiche de Gonchon, etc.. 3.683 livres (Compterendu par Jean-Marie Roland, ministre de l'intérieur).

3. Au citoyen Lepige, pour 600 exe nplaires du no 1167 du Patriote français ; pour 500 exemplaires du no 1196; pour 500 exemplaires du n» 1215... 1,280 livres» {Compte-rendu par J. -M. Roland).

Nous tirons le rideau sur les événements dont il serait trop difficile, en ce moment, d'apprécier le nombre et de calculer les suites. Malheureuse et terrible situation que celle où le caractère d'un peuple, naturellement bon et généreux, est CONTRAINT de se livrer à de pareilles vengeances I

Si le Patriote français, le journal de Brissot, a déployé moins de zèle que les autres journaux girondins dans la défense des citoyens ouvriers du 2 septembre, cela tient sans doute à ce que, ce jour-là même, le comité de surveillance de la Commune avait lancé contre Brissot un mandat d'arrêt : son domicile avait été envahi par une bande d'hommes armés, et ses papiers avaient été examinés avec soin pendant plusieurs heures par le citoyen Guermeur, membre du comité i. Brissot, d'ailleurs, n'a garde de blâmer les massacres ; il se borne à les enregistrer et à expliquer, à sa manière, l'impassibilité de l'Assemblée législative en face des massacres : « Des commissaires de la Commune, dit le Patriote français du 4 septembre, annoncent qu'un grand nombre d'hommes armés et sans armes se portent aux prisons. La Commune demande que l'Assemblée vienne à son secours. Que pouvait faire r Assemblée nationale si la Commune avait épuisé tous ses moyem? Et si elle ne les avait pas épuisés, que venait-elle demander à l'Assemblée nationale ? »

Plusieurs semaines se passent, et Brissot écrit à son ami Bonneville une lettre sur les événements qui se sont accomplis depuis le 10 août. Dans cette lettre, publiée par la Chronique du Mois 2, il laisse déborder son enthousiasme : « Nous l'avons donc emporté, mon cher républicain, le trône est en poussière, la république triomphe ! » Le souvenir brû-

i J.-P. Brissot, député, à ses concitoyens (Moniteur n. 251).

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