‹ La légende des GirondinsChapitre 80 sur 274 · Journal de Paris, 2Q décembre · texte numérisé non relu

Journal de Paris, 2Q décembre

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pas encore député, écrivait de Paris à la municipalité de Marseille : « Le ministre de Lessart a été mis en état d'accusation ; nous étions dans les tribunes avec quelques jeunes Jacobins, observant tous les mouvements de l'Assemblée, lorsque nous vîmes une quantité considérable de patriotes se déplacer du côté droit, pour se placer au côté gauclie, afin d'en imposer aux ministériels i. »

Rien ne fut changé à cet état de choses jusqu'à la fin de l'Assemblée législative, ni même pendant les premiers mois de la Convention, ainsi que nous le voyons par un très curieux article publié dans le Thermomètre du jour, numéro du l'^'" janvier 1793, sous ce titre : Physionomie de ta Convention nationale. On lit dans cet article, qui avait pour auteur un membre même de la Convention, Dulaure, député du Puy-de-Dôme : « C'est à l'extrémité de la partie droite du président que se trouve ce qu'on appelle la Montagne. Ce coté était nommé le côté gauche ; mais depuis que la place du président a été changée, il se trouve être à sa droite. Le côté opposé, qu'occupaient les aristocrates de l'Assemblée constituante et législative, était le côté droit : il est aujourd'hui le côte gauche. Il a aussi à son extrémité une montagne qui s'élève comme celle qui est en face, mais qui ne porte pas son nom. Le côté gauche du président est ordinairement le 'moins orageux. »

Il est donc constant qu'en 1792 « les Jaucourt, les Girardin, les Mathieu Dumas, les Beugnot » occupaient les bancs placés à la gauche du fauteuil présidentiel. C'était par conséquent vers la gauche, et non vers la droite, comme le dit à tort M. Mortimer- Ternaux, que les partisans de Brissot et de Vergniaud auraient dû se diriger, le 21 septembre, s'ils avaient

1. Mémoires inédits de Petion, et Mémoires de Buzot et de Barbaroux, édition Dauban, p. 416.

voulu occuper les places où si^eaient quelques jours auparavant les feuillants et les constitutionnels. Mais est-il vi^ai qu'ils aient été aussi empressés qu'on veut bien le dire de s'asseoir où s'étaient assis les derniers défenseurs de la constitution de 1791 et de marquer ainsi « le changement qui allait s'opérer dans leur politique ? » C'est le contraire qui est vrai, et nous avons à cet égard un témoignage formel, celui du conventionnel Dulaure :

Lorsque la Convention tint ses premières séances, aucun membre ne voulut se placer de ce côté {celui qu'avaient occupé les feuillants à l'Assemblée législative) ; mais, comme tous les membres ne pouvaient tenir du même côté, on fut obligé de se porter de l'autre. Bientôt cette répugnance cessa entièrement, et on se plaça indistinctement d'un côté ou de l'autre. On vit changer cet ordre de choses lorsque Robespierre fut dénoncé comme aspirant à la dictature ; lorsque Marat fut dénoncé comme y aspirant lui-même, et comme excitateur du peuple contre la Convention ; lorsqu'on parla de la force départementale ; lorsqu'on parla plus distinctement des Rolandistes et des Robespierrots. Chacun, suivant son iiumeur, suivant son opinion, se plaça du côté où cette humeur, cette opinion étaient les plus favorisées et les moins (îontrariées, parce qu'on est mal à son aise du côté des hommes qui ne partagent pas vos idées et votre manière de voir. Insensiblement tous les membres maratistesse placèrent vers la Montagne ou dans les environs. Ceux qu'on appelle Brissottins, et ceux qui ne sont d'aucun parti, mais qui n'aiment l»as le bruit, lurent du côté opposé, ou bien restèrent à la jilace où l'habitude les avait retenus *.

Ce récit d'un témoin, publié sous les yeux mêmes ces acteurs, ne laisse rien subsister du tableau tracé par M. Mortiiner-Ternaux, et les déductions qu'il a tirées du prétendu empressement des Girondins à Eiarquer leur place au côté droit tombent avec le fait lui-même. Aussi bien, leur conduite, depuis le 10

1. Physionomie de la Convention nationale, par J.-A. Dulaure, député, 1" janvier 1793.

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août jusqu'au 20 septembre, avait assez clairement montré que, s'ils ne voulaient pas céder le pouvoir à Robespierre et à la Commune, ils n'entendaient point pour cela changer de politique, et que, bien loin d'avoir dessein de résister âu peuple, ils étaient toujours ces mêmes hommes, dont Brissot, leur chef, avait dévoilé la pensée secrète et l'irrémédiable lâcheté, lorsqu'il avait dit, à propos de la mise en accusation de M. de Lessart : « Nous n'avons pas de preuves : mais que nous importe ? Nous avons besoin de gagner de vitesse sur les Jacobins, et cet acte d'accusation nous donne le mérite d'avoir fait ce qu'ils feraient eux-mêmes ; c'est autant que nous leur ôtons l. »

Après avoir représenté les députés de la Gironde escaladant en hâte les bancs du côté droit, et tenant à honneur d'y planter sans retard le drapeau de la résistance, la légende nous les montre, dans le procès de Louis XVI. émus de pitié à la vue de cette grande infortune, un peu faibles peut-être, mais animés pourtant du désir de sauver le roi, essayant de le défendre, et s'indignant de la violence commise à son égard. M. Mignet répète par trois fois (tome P"", pages 338, 352 et 362) que « les Girondins désiraient sauver Louis XVI. » M. Thiers parle, à quatre reprises, de « la pitié des Girondins pDur Louis XVI, » de leur « émotion en présence d'une si grande infortune, »du « profond attendrissement » qu'ils éprouvent envoyant le roi à la barre de la Convention 2. Suivant lui,

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